Burundi: La perpétuité requise contre le journaliste Jean-Claude Kavumbagu accusé de trahison

A 45 ans, M. Kavumbagu est emprisonné pour la cinquième fois dans l'exercice de sa profession Pour avoir douté de…

A 45 ans, M. Kavumbagu est emprisonné pour la cinquième fois dans l’exercice de sa profession

Pour avoir douté de la capacité des forces de sécurité du pays à prévenir un attentat des insurgés islamistes somaliens, la prison à perpétuité a été requise contre le journaliste burundais Jean-Claude Kavumbagu, accusé de «trahison». Le ministère public poursuit Jean-Claude Kavumbagu pour imputation dommageable, pour trahison et pour des écrits diffamatoires (…) nous requérons à son encontre une peine de servitude pénale à perpétuité, a déclaré Marc Ndabakeshimana, un des substituts du procureur à Bujumbura, au cours d’un réquisitoire de moins de deux minutes. M. Kavumbagu, directeur du journal en ligne Netpress, avait été arrêté le 17 juillet 2010, quelques jours après le double attentat du 11 juillet à Kampala en Ouganda, revendiqué par les insurgés somaliens shebab et qui avait fait 76 morts. Dans l’article incriminé, Netpress écrivait le lendemain du double attentat que si les miliciens shebab voulaient tenter quelque chose dans notre pays, ils y réussiraient avec une facilité déconcertante tellement nos forces de défense et de sécurité brillent par leur capacité à piller et à tuer leurs compatriotes, plutôt que de défendre leur pays.

Selon un des avocats de la défense, Me Gabriel Sinarinzi, l’article sur lequel l’accusation s’est appuyé dit clairement que le crime de trahison n’est valable qu’en temps de guerre au Burundi, ce qui n’était pas le cas au moment où Kavumbagu a écrit son article et même aujourd’hui. Je pense que nous sommes dans une triste et malheureuse chronique d’une infraction pénale introuvable et le ministère public veut le faire condamner à perpétuité sur cette base, a déploré un autre de ses défenseurs, l’avocat belge Bernard Maingain. Les shebab ont menacé à plusieurs reprises l’Ouganda et le Burundi de représailles pour leur participation à la force de l’Union africaine en Somalie, l’Amisom, qui assure la survie du gouvernement fédéral de transition somalien et a récemment gagné du terrain sur les insurgés à Mogadiscio.

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé à New York a adressé une correspondance au gouvernement burundais pour demander aux autorités de ce pays d’arrêter les poursuites sans fondement contre un journaliste emprisonné suite à des critiques formulées contre les forces de sécurité burundaises. Dans une lettre publique adressée aux autorités avant une audience, le CPJ a invité le ministre burundais de la Justice à intervenir et à mettre un terme à l’utilisation d’une accusation réservée exclusivement aux délits commis en temps de guerre dans le cadre du code pénal burundais. En plus, plusieurs pays et organisations internationales ont condamné l’arrestation et la détention de M. Kavumbagu et des représentants de pays occidentaux et de l’ONU ont assisté à l’audience. A 45 ans, M. Kavumbagu est emprisonné pour la cinquième fois dans l’exercice de sa profession. La dernière fois, il avait été arrêté le 11 septembre 2008 pour diffamation, avant d’être acquitté en mars 2009. La cour doit rendre son verdict dans un délai de 60 jours.

Le journaliste Jean-Claude Kavumbagu accusé de trahison
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