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Cameroun: Mongo Béti, une mémoire oubliée?

Ce vendredi 7 octobre marque les dix ans de la disparition de cet illustre écrivain, que le Cameroun semble déjà…

Ce vendredi 7 octobre marque les dix ans de la disparition de cet illustre écrivain, que le Cameroun semble déjà avoir oublié

Au Cameroun, son pays d’origine, on en entend presque plus parler, si ce n’est dans quelques sphères bien réduites. Pourtant, il était l’un des écrivains les plus réputés de son époque. C’est peut être aussi parce qu’il faisait aussi partie des plus redoutés. Un homme, dont l’histoire a été brutalement interrompue le 7 octobre 2001. C’était un dimanche, peu avant minuit, à Douala. Romancier de renom, essayiste engagé, enseignant, libraire et éditeur, Alexandre Biyidi Awala, originaire d’Akométam, un petit village situé à une dizaine de kilomètres de Mbalmayo, était, comme on dit, un écrivain au sens plein du terme. Avec à son actif une vingtaine d’ouvrages qui lui valu pour la plus part, de vives critiques et même plus.

Parcours
Ses études, il les entame à l’école missionnaire de Mbalmayo, puis entre au lycée Leclerc à Yaoundé, d’où il ressort bachelier en 1951. Il s’installe en France pour y poursuivre des études supérieures de Lettres à Aix-en-Provence, puis à la Sorbonne à Paris. De son premier roman Ville cruelle, qu’il publie en 1954 sous le pseudonyme d’Eza Boto, jusqu’au Branle-bas en noir et blanc, sorti l’année d’avant sa mort, la vie Mongo Béti aura été un périple à rebondissements. En 1956, il fait déjà scandale avec son roman Le pauvre Christ de Bomba, du fait de la description satirique qu’il y fait du monde missionnaire et colonial. Avant d’être censuré en 1972, à la parution de son livre Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation. Après quatre années de bataille judiciaire, Mongo Beti et son éditeur François Maspero obtiennent finalement l’annulation de l’arrêté d’interdiction de Main basse. Entre temps il ne s’arrête pas de dénoncer, critiquer les abus du pouvoir, les maux apportés à l’Afrique par les colonisateurs, à travers les uvres comme La ruine presque cocasse d’un polichinelle (1979), Les deux mères de Guillaume Ismaël Dzewatama futur camionneur (1983), La revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama (1984), Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort de Ruben Um Nyobe (1985) et le Dictionnaire de la négritude (1989). En 1978, il avait déjà crée avec son épouse Odile la revue « Peuples noirs, Peuples Africains », pour fournir aux peuples de la parole un lieu d’expression.

Sur le chemin de la fin
1991, retour sur la terre de ses ancêtres, après 32 années d’exil. Peut être que cette année là, il la sentait déjà venir la mort. Fervent militant des droits de l’homme, il crée, pendant sa retraite de professeur, de nombreuses associations de défense des citoyens et ouvre à Yaoundé la Librairie des Peuples noirs. Quand vint la fatidique année 2011. L’écrivain commence à ressentir des douleurs, suite à une « simple indigestion » disait-il. Des douleurs qui s’accentueront au point où il ambitionnait de se rendre en France le 10 octobre 2011 pour y rencontrer un médecin. Mais la situation est telle qu’il ne faut pas attendre. Des examens médicaux qu’il avait enfin accepté de subir, avaient révélé une tension basse, une insuffisance hépatique aiguë, un état général nécessitant une hospitalisation immédiate le mardi 2 octobre à l’hôpital général de Yaoundé. Ce même jour, le père de son épouse Odile rendait l’âme en France. Ce dernier sera inhumé le samedi 6 octobre. Et Lorsqu’Odile arrive à Douala, son époux y ayant été transféré d’urgence, elle n’a que le temps de lui susurrer quelques mots d’amour et de réconfort. Mongo Béti s’éteindra peu avant minuit le 7 octobre de cette année là.


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