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Cameroun : pour Wilfried Ekanga le fédéralisme communautaire de Cabral Libii est une solution à problèmes

Ce camerounais résidant en Europe trouve des limites à la forme de l’Etat que propose le Parti camerounais pour la…

Cameroun : pour Wilfried Ekanga le fédéralisme communautaire de Cabral Libii est une solution à problèmes

Ce camerounais résidant en Europe trouve des limites à la forme de l’Etat que propose le Parti camerounais pour la réconciliation nationale. Ekanga Ekanga Claude Wilfried exprime ses réserves dans cette tribune publiée sur les  réseaux sociaux.

Du fédéralisme communautaire, des solutions qui ont des problèmes

Peut-on espérer éteindre un feu en y ajoutant du bois et du charbon ? Ou peut-on arrêter les pleurs d’un nouveau-né en le frappant encore plus fort ?

Dans un contexte incandescent où, au nom du village, de la tribu, de la langue, certains Camerounais osent dire à d’autres Camerounais : « Rentrez chez vous ! », dans un contexte où, par affinité clanique (et donc communautaire), ils justifient leur cynisme par le fait qu’une région donnée est le « socle granitique » de leur chef, comment imaginer que la solution, (parmi mille possibilités), soit une autre forme de catalogue identitaire, qui plus est, institutionnalisé ?

Car c’est cela le fédéralisme communautaire. Il consiste à rappeler aux Eton, Bulu, Ewondo, Essele, Mvele etc… qu’ils sont avant tout des Ekang, et qu’ils doivent constituer un État Ekang dans l’Etat du Cameroun. Aux « autochtones » de Douala, du Fako et de la Mémé qu’ils sont des Sawa et qu’il leur faut un État Sawa, ou encore aux Dschang, Bafoussam, Bafang, Baham et autres qu’ils sont des Bamiléké, et donc que la nouvelle république fédérale aura un BamilLand qui les regroupe tous.  Et ainsi de suite. 

Selon le promoteur du projet, ce nouveau découpage aboutira à un nouveau paradigme qu’il appelle la « conscience communautaire », qui permettra à chacun de connaître l’histoire de son clan, de ses ascendants et de sa langue. Ce n’est que par la suite que seraient mis en place des cours d’intégration nationale, permettant aux ressortissants de ces nouveaux États de s’imprégner d’une conscience républicaine. 

Or c’est justement là que le bât blesse : comment comprendre le choix de communautariser d’abord un melting-pot, c’est-à-dire de compartimenter un mélange, c’est-à-dire de recommencer à zéro ce qui a déjà commencer à s’allier, pour ensuite enseigner aux concernés la pertinence du vivre ensemble ? C’est comme chasser un jumeau de la maison pour ensuite lui prodiguer les vertus familiales loin de son frère. On pourrait se demander : pourquoi ne pas l’avoir fait d’emblée, vu que précisément, il vivait déjà dans la maison ?

La question est donc posée et elle est nette :

À quoi ça sert ?

Depuis un siècle, les Africains font preuve d’une sensibilité ethnique et d’une rapidité à se charcuter bestialement pour des questions tribales jamais vues ailleurs. On ne saurait s’amuser à alimenter légalement ce qui cause déjà beaucoup de sang dans le cadre informel.  Car si des Bulu ont pu chasser des gens à Sangmelima (alors que le Sud appartient en théorie à tout le monde) ; si des Bassa ont pu traquer du Bamiléké en pleine capitale économique l’année dernière, comment peut-on pousser la naïveté jusqu’à penser que c’est en créant des républiquettes communautaires qu’on résoudra le problème ? 

Au contraire on va juste le consacrer, voire le béatifier. 

Citer des exemples de fédérations communautaires telles que l’Espagne (Catalogne, Galice, Andalousie, pays basque…) ne répond donc à aucun problème. Encore que la première puissance européenne (l’Allemagne) n’a pas fixé ses 16 Länder sur des bases strictement communautaro-linguistiques. De même que la Suisse (plus haut revenu par habitant du continent) possède non pas quatre cantons (pour ses quatre langues nationales), mais 26. Car le fédéralisme là-bas répond à des aspirations de vision, plutôt que de strict narcissisme identitaire. 

Il faut noter que le morcellement en soi est dangereux ; c’est pourquoi nous sommes hautement favorables au fédéralisme. C’est aussi pour ça que l’ancien député suisse Jean-Claude Rennwald affirmait en 2015 dans le journal <L’Hebdo> : « Dans un monde formé de très grands ensembles, on ne peut plus se comporter comme des nains ». Sauf que si ces grands ensembles ont pour pierre angulaire le regroupement des « proximités sociologiques », je m’y oppose fortement. 

Car le mot « communautaire » n’est qu’un jeu de dupes ; deux communautés qui se déchirent équivalent à deux tribus qui se déchirent. Dans ce contexte, les relents communautaristes ne sont donc qu’une forme ouatée des relents tribalistes. Du moins ils s’en rapprochent. 

La porte de sortie :

Dans un souci d’autodétermination, les fondements historiques coloniaux de la guerre du NOSO sont une plaie qui retarde notre libération mentale et culturelle. Mais ce n’est pas forcément meilleur de s’accrocher à nos groupes éthiques en risquant tout autant de se tirer dessus. En 2018, le regretté Bernard Njonga présentait une ébauche de fédéralisme fondé sur 5 régions agro-écologiques dont je souscris mieux à la pertinence, tant elle se rapproche de la vision du MRC qui préconise dans son organisation socio-économique un partage du Cameroun en sept (07) zones d’activité :

Une zone financière (autour de Douala), une zone du textile et du semencier national (le septentrion), une zone des NTIC (dans l’actuel NOSO), une zone culturelle (autour de Yaoundé), une zone industrielle forestière (actuel est), une zone industrielle (autour d’Edea), et une zone d’agriculture de chaîne (actuel ouest). Avec bien sur les améliorations et aménagements que va entraîner la matérialisation du projet de telle envergure. Et avec bien sûr l’éventualité que le dialogue national (le vrai) aboutisse sur une tout autre forme de fédéralisme, mais qui intègre ces éléments.

Ces dispositions sont infiniment plus pertinentes que la perpétuelle obsession des Identités, sous couvert d’une volonté de préservation culturelle finalement pas très bien réfléchie, même si l’intention de départ paraît somme toute bonne. À l’ère du néo-panafricanisme et de la nécessité de fédérer nos pays les uns aux autres pour contrer l’interventionnisme occidental, des idées d’organisation communautaire interne apparaissent comme de véritables anachronismes politiques, à l’opposé de cet idéal.

Ekanga Ekanga Claude Wilfried 

(Par ailleurs, utiliser l’argument selon lequel certains postes ministériels et certains arcanes gouvernementaux sont de toute façon attribués à des ethnies précises pour soutenir cette idée de fédéralisme communautaire, c’est quelque peu avouer que l’on ne cherche pas à résoudre le problème, mais à en bénéficier )

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