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Cameroun-Richard Makon : « la pénurie actuelle est la conséquence de nos défaillances»

L’enseignant chercheur et expert/consultant en droit des investissements, donne trois raisons pour expliquer cette affirmation. Il se prononce sur la…

La crise économique s’aggrave au Cameroun

L’enseignant chercheur et expert/consultant en droit des investissements, donne trois raisons pour expliquer cette affirmation. Il se prononce sur la crise économique qui sévit au Cameroun depuis au moins deux ans et qui s’aggrave.

 

La pénurie des carburants signe progressivement l’arrêt de l’activité économique, et l’aggravation de la crise économique que notre pays traverse depuis deux (02) ans maintenant, et qui a occasionné le retour en force des institutions de Bretton Woods dans l’élaboration et la mise en œuvre de notre politique économique.

Les dégâts de cette pénurie sur la vie des ménages, le fonctionnement des administrations et le déploiement des opérateurs économiques se chiffrent déjà en milliards de Francs CFA. Et ce n’est que le début !

Au-delà de l’impact réel de la pandémie de la COVID-19 et aujourd’hui de la guerre en Ukraine sur l’économie mondiale, il reste constant et implacable que la pénurie actuelle est avant tout la conséquence de nos défaillances stratégiques et managériales.

Trois (03) éléments au moins permettent de l’attester :

– Premièrement le choix inconséquent de nos dirigeants de ne pas pouvoir raffiner notre propre pétrole, plus de soixante (60) ans après les indépendances, alors que de centaines de milliards sont détournés tous les jours dans une impunité généralisée, et que les projets d’investissement tout aussi inopportuns se multiplient au mépris du bon sens et de la logique.

Le projet de construction d’une seconde raffinerie à la SONARA est devenue un véritable serpent de mer depuis près de deux (02) décennies maintenant, et aura coûté au Peuple camerounais de centaines de milliards de Francs CFA en études d’opportunité, en analyses de faisabilité et en prospection d’opérateurs pour la réalisation du projet.

– Deuxièmement la sévère crise de devises actuelle, engendrée par l’absence d’une politique industrielle, l’approximation de notre politique commerciale, l’effondrement de notre système productif qui ne produit quasiment rien pour l’exportation, et l’importation de la quasi-totalité des denrées alimentaires, biens et services commercialisés sur le marché intérieur.

Cette violente crise de devises augmente le risque d’inconvertibilité et le risque d’intransférabilité (pourtant garantis par l’Etat, en plus des risques de dépossession des investissements et du risque de conflit interne) auxquels font face les investisseurs domestiques et surtout étrangers depuis trois (03) ans maintenant, limitant ainsi leur capacité de déploiement et de projection, et plombant sévèrement bon nombre de leurs initiatives d’extension d’une part, de production, de distribution et de commercialisation d’autre part.

Risques pour lesquels, à titre de rappel, les investisseurs sont fondés à attraire l’Etat en justice et à demander réparation !!!

– Troisièmement les graves défaillances managériales de notre secteur pétrolier, d’une part incompétent pour anticiper des pénuries, en connaissance du volume (nombre de barils jours) de consommation journalier des usagers, des ménages, des administrations et des entreprises, d’autre part incapable de constituer, comme dans tout pays à peu près normal, des stocks de sécurité pouvant permettre au pays de survivre et de tenir au moins un trimestre entier en cas de pénurie ou même de conflit.

De quoi se demander à quoi nous sert finalement la SCDP, si notre pays ne peut pas disposer d’un stock de sécurité de produits pétroliers pour résister un trimestre entier au moins à une crise d’approvisionnement ou à un conflit international.

Cette pénurie qui est partie pour durer va à court terme engendrer une explosion de l’inflation, la fermeture de nombreux commerces, la multiplication des pénuries de produits de première nécessité, l’accroissement du nombre de pauvres, et dans le moyen terme une aggravation de la crise économique. C’est mathématique !!!

Faisons donc des réserves et serrons la ceinture ! Anti ou pro-régime, nous allons tous la trinquer jusqu’à la lie, cette nouvelle crise économique !!!

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