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Droit de réponse suite à l’article paru dans le dossier «Frères d’art» de JA

Par Imane Ayissi Je n'ai pas pour habitude de livrer à la presse la vie privée de ma famille, la…

Par Imane Ayissi

Je n’ai pas pour habitude de livrer à la presse la vie privée de ma famille, la famille Ayissi. Je suis jusqu’à présent resté muet au sujet des dissensions, rivalités, et tout ce que j’ai pu subir depuis mon enfance. Mais cette fois j’aimerais rétablir quelques vérités à propos des déclarations d’Ayissi le Duc, mon frère, dans cet article: « La star c’est moi » déclare Ayissi le Duc. Je suis bien content pour lui, tout le plaisir est pour moi. Cela dit, tout le monde dans la famille Ayissi a le droit de s’exprimer, d ‘évoluer dans son domaine, qu’il soit artistique ou non et de réussir le mieux qu’il peut. Cela n’enlève rien au mérite des autres. Les rivalités étalées devant les projecteurs, la course à la réussite médiatique ne devraient pas avoir lieu dans cette famille parce qu’il y de la place pour tout le monde et que le talent y est largement partagé.

Mais quand Ayissi le Duc ajoute « Sans moi mes frères et ma s ur ne seraient rien » on touche à l’absurde. Premièrement ce n’est pas Ayissi le Duc qui m’a mis au monde mais une femme admirable qui est ma mère. Qu’Ayissi Le Duc soit là ou non, moi je suis sur cette terre. Deuxièmement, si c’est Ayissi le Duc qui m’a mis le pied à l’étrier avec la création de la compagnie familiale, on peut lui retourner le compliment : sans mes s urs, mes cousines et moi la compagnie n’aurait pas existé. Par exemple, la plupart du temps c’est moi qui confectionnait les costumes. Ayissi le Duc ne fait pas une compagnie à lui tout seul.

Pendant cette période mon frère a surtout bien profité de nous : en tant que gestionnaire c’est lui qui empochait l’argent sans jamais nous payer. Pendant toutes mes années de danse en Afrique, y compris pendant la tournée Saga Africa avec Yannick Noah, je n’ai jamais perçu un centime. Pour tout salaire j’ai été humilié, insulté, battu et je crois que Chantal a subi la même chose, peut-être pire. Malgré cela, que ce soit Chantal ou moi, nous avons souvent renvoyé l’ascenseur et à chaque fois que cela a été possible nous lui avons fait bénéficier d’opportunités de travail, de contact, d’exposition médiatique.

C’est pourquoi j’ai ensuite suivi mon propre chemin : j’ai arrêté les danses camerounaises pour me tourner vers les danses traditionnelles de l’Afrique de l’Ouest (avec des chorégraphes comme Georges Momboye, Nabou Diop, James Sylla par exemple) ou la danse contemporaine (avec Patrick Dupond notamment). Ces sont des domaines totalement différents où j’ai pu me construire tout seul.

Mes carrières de mannequin et surtout de styliste, je ne les doit pas à Ayissi le Duc, bien au contraire, je les ai construites contre lui. Quand je lui ai demandé de me financer une formation en stylisme, après la tournée Saga Africa (je considérais qu’il me devait bien ça pour avoir encaissé tous les cachets de la tournée), il a catégoriquement refusé, me répondant même « Je ne t ‘ai pas amené à Paris pour faire de la couture ». Mes books, mes photos, mes premières collections je les ai payés tout seul grâce à de nombreux petits boulots que je devais faire en cachette de lui.

Quand il dit que Chantal ne l’a jamais invité dans ses clips, je crois rêver. Tout le monde peut regarder sur youtube le clip de Chantal Ayissi pour sa chanson intitulée « Abeng Nnam ». Si ce n’est pas Ayissi le Duc qui danse avec Chantal, serait-ce son double ?
Quand à moi je ne l’ai jamais fait défiler, mais il lui a sans doute échappé que je ne fais que des collections pour femmes. Il aurait pourtant pu vérifier lors de mes présentations où il était assis au premier rang avec mes invités les plus importants.

Puisqu’Ayissi le Duc prétend jouer le rôle de grand frère dans la famille, on attendrait d’un grand frère de la sagesse, qu’il apaise les conflits, qu’il tente de réconcilier ses membres, au lieu d’attiser les rivalités, tout cela pour pouvoir mettre en avant son ego surdimensionné. Toute cette vieille guerre familiale qui n’en finit pas me rend très triste.

Dossier « les frères d’art » de Jeune Afrique en kiosque actuellement
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