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Montluçon: Sans le diplôme requis, la cardiologue camerounaise Raïnatou M’Bacha devra quitter la France

À Montluçon, les soutiens pour Raïnatou M'Bacha se sont multipliés ces derniers jours dont une marche ce jeudi La Camerounaise…

À Montluçon, les soutiens pour Raïnatou M’Bacha se sont multipliés ces derniers jours dont une marche ce jeudi

La Camerounaise Raïnatou M’Bacha travaille au sein du centre hospitalier depuis deux ans maintenant, mais pourrait se voir signifier de quitter le territoire français, suite à l’expiration de son titre de séjour étudiant. Bien connue et appréciée du personnel et des patients, Raïnatou M’Bacha, 32 ans, a obtenu son diplôme de médecine générale en 2005 et sa spécialité cardio en Russie. Elle a ensuite aussi travaillé au CHU de Clermont-Ferrand. Son diplôme extra-européen ne lui permet pas de passer l’examen national de cardiologie et elle a échoué de peu, à deux reprises, au concours annuel. Le directeur de l’hôpital de Montluçon, Stéphane Massard, souhaiterait qu’elle repasse une dernière fois ce concours. L’élan de solidarité s’est accentué cette semaine autour de la jeune femme.

Mais du côté de la préfecture, on invoque un problème qui résulte du droit du travail. « Ce n’est pas un problème de droit de séjour. C’est un problème de droit du travail, insiste Pierre Monzani, préfet de l’Allier. Si je décide de régulariser cette personne, j’aurai régularisé un médecin». En clair, en régularisant la jeune femme, elle serait passée automatiquement d’interne à médecin hospitalier, sans pour autant en avoir les diplômes. Plaidant sa bonne foi, le préfet assure que sur un dossier classique de droit du séjour, la question ne se serait pas posée. « Quand on a une personne qui est bien intégrée comme c’est le cas ici, je ne me serais pas opposé à une régularisation. Sauf que dans ce cas précis, cela reviendrait à la régulariser du point de vue du travail ».

« Je ne remets pas en cause ses compétences. Mais s’il y a un problème un jour, car nul n’ignore que cela arrive qu’un patient puisse mourir dans un hôpital, contre qui vont se retourner les familles ? Contre les associations qui ont défendu cette jeune femme ? Contre les élus qui ont poussé leurs cris d’orfraie ? Non, ce sera contre moi, parce que j’aurai permis à quelqu’un qui n’a pas ses diplômes d’exercer librement. Je ne veux pas prendre ce risque-là ». À Montluçon, les soutiens pour Raïnatou M’Bacha se sont multipliés ces derniers jours, venant de tous les bords politiques. Daniel Dugléry, maire de Montluçon et président du conseil de surveillance de l’hôpital est intervenu auprès du préfet et du cabinet de Brice Hortefeux, pour tenter de faire machine arrière. Le député Bernard Lesterlin et la sénatrice Mireille Schurch ont eux aussi pris fait et cause pour la jeune étudiante. Luc Bourduge, vice-président du conseil régional d’Auvergne et conseiller municipal de Montluçon évoque une situation inacceptable. « Pour des raisons humaines tout d’abord. Laisser cette femme dans l’attente et l’incertitude, est d’une violence morale extrême ». Et d’accuser : « Ne nous méprenons pas sur l’objectif de cette opération. Tout est mis en oeuvre par le maire de Montluçon, président du conseil de surveillance de l’hôpital pour transférer l’activité cardiologie à la clinique privée, comme grand nombre d’autres activités d’ailleurs. Le départ de Mme M’Bacha fragilisera ce service un peu plus, c’est évident ».

Plusieurs opérations de soutien seront menées dans les jours à venir, dont un rassemblement en sous-Préfecture de Montluçon ce jeudi 27 janvier, à 17 h 30. L’avenir de Raïnatou M’Bacha reste encore flou.
« Il n’est pas question de la reconduire à la frontière entre deux gendarmes, il faut arrêter de fantasmer, a assuré le préfet de l’Allier. Plutôt que de lui faire croire qu’elle pourrait être régularisée, ceux qui prétendent vouloir la défendre devraient lui conseiller de rentrer au Cameroun, où elle pourrait repasser le concours». Autre solution évoquée par le préfet : elle pourrait s’inscrire dans une ville où il y a une faculté de médecine. « Je suis prêt à l’aider. Je n’ai rien, bien au contraire contre elle, je ne vais pas lui faire payer la malhonnêté de ceux qui la défendent ».

Raïnatou M’Bacha appréciée dans son hôpital
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