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« Pouvoir et Tribalisme » : Mila Assoute répond au Pr. Moukoko Priso

Mila Assoute répond au Pr. Moukoko Priso Après avoir lu attentivement le brillant article à la posture à la fois…

Mila Assoute répond au Pr. Moukoko Priso

Après avoir lu attentivement le brillant article à la posture à la fois politico-intellectuelle et partisane du Professeur Mouko Priso, acteur politique à l’UPC, je n’ai pu m’abstenir, en tant qu’intellectuel et chef de parti notamment, de croiser mon regard sur un sujet préoccupant… Vu la profondeur de l’analyse et le cliché que présente le décorum qui introduit le dit sujet, « le tribalisme et la politique », je suggère une autre lecture comparée du rapport du Camerounais lamda et de l’élite au tribalisme. Je me permets donc d »analyser le « tribalisme et l’élite » comme contredit… Le diagnostic du Pr Moukoko est partiellement (politiquement notamment) contestable. il le fait d’ailleurs sans aucune haine perceptible. Il nous sort, ce faisant, des joutes oratoires fougueuses et parfois plus ou moins peu vertueuses et politiciennes. Il traite, à partir de sa propre perception, d’une pathologie, en réalité humaine, aux causes lointaines, que vivent notre pays et bien d’autres, et n’y trouve lui, au principal, qu’une connotation des vestiges d’une obsession dogmatique upéciste que je qualifierais affectueusement de vieux jeu : le néocolonialisme politique… En croisant mon regard sur la perception du tribalisme qu’a cet analyste-politique partisan, brillant à souhait, et qui livre généreusement à l’opinion les éruditions de sa connaissance d’une situation politique gangréneuse qui travaille nos pays, je veux démontrer par d’autres paradigmes comment pour moi, curieusement, ce fléau atrophie les capacités managériales de l’intellectuel des tropiques, pris à son propre piège tribal. La politique au Cameroun et dans de nombreux de nos pays exposés aux affres du fléau qu’est le tribalisme ou qui l’ont vécu, est tenue par l’élite, il faut le dire d’emblée. Le tribalisme quant à lui, cette pratique insondable, son essence est basique. Il est au village et en ville parmi les populations qui se différencient les unes des autres dans des regroupements tribaux qui portent les noms de villages d’origine, ceci pour bien marquer les différences entre elles et pour affirmer ainsi, de manière distinctive, leurs identités propres. [b On peut souligner ici que ce fait là, n’est pas politique au départ, qu’il le devient, puisant sa source d’une obsession identitaire et culturelle de ses membres.Les élites, toutes les élites devrai-je préciser, ressortissants des communautés villageoises concernées, y prennent d’ailleurs une part active, souvent pas toujours pour les mêmes raisons. Celles des raisons sous-jacentes et portantes sur la stratégie de domination politique ne sont jamais avouées bien qu’elles exploitent les instincts primaires qui motivent la fermentation de ces milieux… L’on pourrait en déduire, par sa participation à la structuration, la promotion de ces lieux du culte tribal, que c’est l’élite, toutes idéologies confondues, que se soit celle qui fait de la politique ou de l’analyse, qui, par stratégie, fertilise son « pêché originel » d’appartenir solidairement à un groupe de filiation naturelle.
Cette élite a mal, par calcul cynique, à l’impératif de la transcendance subliminale de la question nombriliste et égocentrique, liée qu’elle est par son appartenance tribale et plus largement ethnique, qui sommeille par essence dans les masses rurales et même en milieux urbains en marge de tout intérêt politique… Notre rapport au tribalisme et à la politique en tant qu’élites, c’est-à-dire notre rapport à nos origines primitives et à celui de la gestion de l’intérêt général tant au niveau local qu’à celui national, deux variantes qui, mises ensemble, provoquent des ravages en vies humaines sur notre Continent est problématique. Le tribalisme a des strates chez nous,elles sont dissimulées, et les retrouve au fur et à mesure que l’on progresse au sommet de sa pyramide villageoise. Il commence dans les familles, les villages qui se discriminent entre eux, s’étend dans les groupements traditionnels où la solidarité se reconstitue en face d’autres groupes organisés avant de se déporter au plan ethnique sur un champ national plus large pour tout type d’intérêts et par solidarité instinctive… Ce tribalisme intermédiaire, personne ne veut en parler, il existe pourtant et n’est pas politique forcément. Tout le monde semble d’accord de se discriminer en famille pourvu que contre d’autres groupes l’on se mette ensemble…
Ce rapport de l’élite à la tribu est mauvais, il faut se le dire sans fioritures ni défossements politiciens. Je prends assurément un risque politique d’exposer ma perception profonde de ce mal en offrant à la dénaturation partisane, ma vision. La construction de la haine subjective, celle du délit de faciès et d’appartenance se fermente d’abord en ces lieux de cultes tribaux basiques où les êtres se différencient par leurs origines primitives et qui se prolongent dans le village, en ville et dans la politique. Nous ne sommes pas responsables, de vouloir toujours justifier notre rapport à ces deux variables, par la question historique coloniale et c’est sans doute le plus facile à faire, se défausser… Or, il m’apparaît comme un risque majeur d’occulter notre propre responsabilité d’élites nationales sur la question de la gestion postcoloniale de ce phénomène tribal que l’État jugule depuis 1960 et qui a repris du poil de la bête avec l’avènement de la démocratie, obligeant un virtuose intellectuel du Cameroun, le Pr Roger Gabriel Nlep ( paix à son âme) à invoquer la notion du « village électoral », eu égard au vote sentimental ou affectif qui irrigue les consultations électorales sur la base tribale. On ne vote pas les projets, on vote le cousin à un bas niveau, la tribu à un autre, le frère à la présidence de la république et que sais-je! L’argument selon lequel des agents néocoloniaux seraient au pouvoir et avilissent nos compatriotes pour le compte de maîtres occidentaux tient sur un fil de rasoir concernant ce sujet précis: le tribalisme. Le glissement facile vers des postures de politiques politiciennes populistes et xénophobiques ne règle pas les problématiques de fond qui nourrissent les réticences internes, les peurs et les doutes qui submergent ceux des nôtres qui redoutent le brassage ou l’assimilation, la perte de leur identité primitive ou de les voir noyés par des cultures nouvelles dans leur propre environnement de base. L’élite, qu’elle soit au pouvoir depuis 1960 ou dans l’opposition, ne s’en est jamais démarquée de manière lisible. Sur ce sujet tribal d’ailleurs, le consensus est souvent vite trouvé entre élites de bords politiques différents quand il s’agit de défendre la même ethnie ou ses terres… La manifestation de ces peurs parmi les plus visibles s’observe dans la protection de nombreux vastes territoires, notamment par la protection foncière.

Nous ne pouvons mettre sur le dos du néocolonialisme les réticences à la pénétration et l’occupation des terres par des éléments considérés comme perturbateurs dans certains milieux traditionnels encore fermés. L’on ne se pose pas les bonnes questions à savoir, ce qui justifie ces peurs, quels comportements sociaux les nourrissent davantage au lieu de favoriser l’intégration… En refusant de se délester du poids de l’histoire et de penser aux stratégies et voies nouvelles de notre progrès, on se maintient en situation abyssale de suspicion parfois justifiée certes, mais surtout on crée de confrontation apocalyptique inconsidérée sans lien entre les rapports de force entre le nord et le sud. Les peurs de transfiguration de leur environnement de vie, qui submergent encore nos populations villageoises partout dans le pays qui pourtant souhaitent un standard de vie élevé et le progrès ne sont pas des fictions politiques… La question de fond, celle qui porte sur la responsabilité de gestion postcoloniale qui est la nôtre est questionnable et mérite d’être vidée pour bien faire la part des choses. En paraphrasant Saint Augustin, dans les écritures bibliques, me semblerait-il, pour ceux qui croient en Dieu, Moukoko Priso ne révèle que cette absence de responsabilité interne qu’il attribue malicieusement de manière partisane à ceux qui ont eu le pouvoir à la fin de la colonisation. Tant que cette source fondamentale du tribalisme est survolée, à mon avis, les problématiques tribales ne seront pas surmontées sereinement, lucidement dans de nombreux milieux traditionnels de notre pays. Le maquis a collé à la peau des seules populations bamilékés au départ des colons et l’accession à l’indépendance que d’aucuns disent « frelatée »… Il a accentué après 1960, un tribalisme primaire de faciès qui sommeillait déjà, sans portée politique majeur parmi nos populations. Or, les Bassa comme les Bamilékés ont participé activement aux luttes d’indépendance et au maquis sans pourtant subir la même indexation, simplement parce que le bouc émissaire d’une lutte qui a endeuillé effroyablement le pays a été politiquement tout trouvé, d’autant plus que l’Ouest s’était érigé en siège des violences dites indépendantistes, emportant avec elles des connotations de brigandages matériels, fonciers et autres actes macabres en vies humaines… Les Bamiléké étaient donc par enchantement devenus « mauvais » « criminels » aux yeux des autres ethnies, il fallait s’en méfier… Ce tribalisme s’est importé dans l’administration qui s’implantait, seul employeur initial de notre pays que ceux qui ont combatu l’indépendance frelatée ne pouvaient quand même pas majoritairement investir…le domaine économique était ouvert aux « opposants doués dans cet exercice »… L’axe nord-sud, le camp de vainqueurs, s’est renforcé avec des petis alliés, y compris chez les perdants, pour la mainmise sur la gestion d’un pouvoir obtenu de haute lutte…
Les entrepreneurs politiques, les intellectuels et les acteurs sociaux à la responsabilité frileuse devraient donc s’élever et inventer des solutions justes, celles d’apaisement des tensions, celles de réduction des peurs, par une législation consensuelle tirée d’un débat national franc et ouvert… Nous nous perdrons en conjectures dans des postures manichéennes qui figent la ligne de césure entre l’irresponsabilité nationale et l’anti néocolonialisme qui masqueraient à l’évidence un vernis posé sur le mal tribal… Tant que la politique restera une affaire élitiste et ne sera pas un espace de débat public ouvert avec les milieux traditionnels concernés, sur les raisons des peurs réciproques, le tribalisme a des beaux jours devant nous, son exploitation politicienne variera selon les gouvernements et selon intérêts politiques du moment qui seront en jeu. Le tribalisme de ce point de vue, est donc en effet complexe à aborder, dangereux, car son traitement conduit toujours à une certaine forme d’hypocrisie lacérée en nous. Le tribalisme est abordé avec pudeur, en camouflage permanent, dans des obédiences idéologiques, souvent d’ordre exogène. L’on s’exonère ainsi facilement aux yeux des autres de notre solidarité tribale à nos communautés d’origine… Mon intention en réagissant à l’article du Pr Moukoko Priso, est d’apporter à l’analyse qu’il en fait, et rien qu’à cette analyse d’ailleurs, une grille de lecture additionnelle croisée et argumentée, intellectuellement et politiquement, dénuée de tout a priori, et se rapportant rien qu’ au phénomène qu’est le tribalisme camerounais, notamment sur ses diverses origines, celles apparentes et celles dissimulées, non avouables et non avouées par toutes les ethnies, sur ses manifestations dans le champ social et son exploitation politique congénitale sur le continent qu’il nous faudra bien un jour dépasser pour vivre ensemble et amorcer notre cycle de progrès commun. La tribu au Cameroun ou ailleurs en Afrique, peu importe sa définition scientifique, est une entité humaine séculaire, millénaire, historiquement constituée, généralement autour d’un socle pyramidal des familles nucléaires structurées et ayant en partage les us et coutumes, la particularité de l’usage d’une langue, un même gardien des rituels magico spirituels librement consentis, le Roi ou le Chef, une organisation sociale… Elle (la tribu) précède le tribalisme et en est d’ailleurs son creuset de fécondation et devancière de l’esclavage et de la colonisation qui l’ont aggravée… L’argument selon lequel on ne déteserait donc pas une ethnie que l’on ne connaît pas ne résiste pas à l’analyse des faits, car chacune des ethnies connaît son voisin et chaque région donne d’ailleurs un nom parfois péjoratif aux autres ethnies que ces peuplements sont supposés n’avoir jamais vus…(Nkwa, Nzong, Mveleu, lepou, belobelobe, tchop blook pot, Nglafis, ceux qui marchent avec un timbre dans la poche, ceux qui mangent le savon…). Son exploitation politique et administrative en est une autre chose. Cette exploitation a des conséquences multiples sur le champ social qui débouche au plan politique sur les guerres civiles lorsque la gestion des humeurs politiques et tatillonne. Le concept tribal par essence en lui-même ne souffre pas de circonlocution en situation de divergences pour stigmatiser l’infériorité des valeurs de l’autre… La question politique, donc matérielle, économique ou sociale qui s’exprime de nos jours à l’exception des velléités d’annexion territoriale à l’origine de nombreuses rixes parfois mortelles, pérennise par la gestion qui en est faite, les prédispositions tribales claniques au rejet d’entités étrangères et ne l’affecte que occasionnellement dans son existence propre, dans son organisation et son mode de vie. La question de son rapport à l’autre lui devient superfétatoire lorsque ses rituels protecteurs sont tenus secrets en excluant des éléments perturbateurs. Je dois dire, sans m’ y attarder, qu’au Cameroun, à l’observation, c’est mon avis, il y a des ethnies, en apparence tout au moins, bien que revendiquant l’appartenance au même pays, agissent timorée et à l’opposé de la construction de la nation, ils violent constamment consciemment ou non, ce qui pourrait être considéré comme le seuil de tolérance qu’impose l’idée de construction nationale, celui du partage et du respect de l’autre, dans un pays complexe par sa structure pluriethnique et qu’aucun facteur dominant d’une tribu sur une autre, sans l’intervention de l’Etat comme arbitre , ne peut prospérer. La perception du vivre ensemble en terme exclusif et en position des pôles dominants, quelque soit la tribu qui l’ambitionnerait, est vouée à des heurts, peu importe l’étendue ou la démographie du céan. Une telle ambition ne peut prospérer sans forger alors inexorablement que les multiples formes de frustrations et de manifestations subtiles ou ouvertes du tribalisme ambiant que couve notre nation. Il ne s’agit pas pour moi, en l’affirmant , de valider cette acception conflictuelle du vivre ensemble ni susciter des hystéries stigmatisâtes ou encore moins d’incriminer des postures victimaires dans une ou plusieurs tribus d’excentricité patriotique. Je n’apporte pas non plus de contradiction scientifique ou n’essaye pas de diluer la pertinence d’un travail de recherches dont les éléments de cognition et les paradigmes analytiques puisent leurs approches à la fois, dans la politique, la science, dans l’histoire et le vécu. Je porte un jugement personnel sur la perception que l’auteur a de la pandémie tribale en Afrique en général et singulièrement au Cameroun, pour ce qui nous concerne. Il est question cependant, de mettre en lumière les contradictions et le paradoxe d’un panafricanisme illusoire et démagogique et forcé, confronté aux résistances tribales internes, au rejet de l’autre, sans lien objectif avec les formes multiples des idéologies darwienne que fécondent nos populistes sociaux- démocrates de circonstance, loin des préoccupoations de survie des Peuples, dans un milieu où le capital est rare, les financements de projets de développement soumis aux controsions internationales.

Mila Assoute
njanguipress.com)/n

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