Soudan: Omar El Béchir s’oppose à l’ONU

Le gouvernement de Khartoum a rejeté l'appel du Conseil de sécurité qui exige que l'armée du Nord se retire d'Abyei…

Le gouvernement de Khartoum a rejeté l’appel du Conseil de sécurité qui exige que l’armée du Nord se retire d’Abyei

Omar El Béchir veut défier les Nations Unies. Le gouvernement de Khartoum a rejeté l’appel du Conseil de sécurité qui exige que l’armée du Nord se retire d’Abyei. Cette ville située à la frontière entre le nord et le sud est occupée depuis le 21 mai par les forces d’Omar el Béchir. Le ministre des Affaires étrangères a affirmé que les troupes se trouvaient en territoire soudanais et qu’elles y resteraient jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé. Cette escalade intervient alors que le Sud-Soudan s’apprête à déclarer «officiellement» son indépendance le 9 juillet prochain. Le régime de Khartoum souffle, comme souvent, le chaud et le froid. Le 4 juin dernier, le numéro un soudanais tenait des propos conciliants, laissant entendre qu’il était disposé à négocier avec les autorités sudistes mais dans le même temps, il défie la communauté internationale en refusant de retirer ses troupes d’Abyei comme le lui demandent les 15 Etats membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Pour l’heure, les discussions entre Khartoum et Juba sous l’égide de l’Union africaine n’ont rien donné. L’occupation d’Abyei par les Nordistes et l’afflux des misseryas, tribus d’éleveurs arabes, dans la ville ravive les craintes d’une nouvelle guerre civile après l’indépendance du Sud en juillet prochain. Pour certains observateurs, Khartoum affiche une position très dure vis à vis du Sud pour démontrer qu’après la partition le Soudan du Nord restera le partenaire le plus puissant. Cela expliquerait la stratégie de la tension maintenue par Kkhartoum dans les champs pétroliers du Sud. Le Nord est soupçonné d’encourager les milices basées dans l’Etat du Nil bleu, l’Etat de l’Unité et le Sud-Kordofan où les violences se poursuivent depuis plusieurs mois. Khartoum, qui va perdre une région qui recèle 75% des revenus pétroliers, veut réaffirmer qu’il contrôle la situation et prouver que la vulnérabilité des Sudistes les oblige à se montrer très accommodants dans le partage des ressources.

Les Nations Unies enquêtent sur l’attitude de casques bleus zambiens chargés d’effectuer des patrouilles et de protéger les civils dans la région pétrolifère d’Abyei, à cheval entre le Nord et le Sud-Soudan, ont indiqué ces diplomates sous le sceau de l’anonymat. Ils se sont enfermés pendant deux jours. Ils ont ensuite reçu l’ordre de sortir de leur caserne et de faire des patrouilles, mais ils avaient déjà perdu 48 heures cruciales, a expliqué un diplomate. Selon un responsable du Sud-Soudan, près de 100 civils ont été tués ces dernières semaines dans la région d’Abyei. Un diplomate a qualifié de «pathétique» et un autre de «terrible» l’absence des casques bleus sur le terrain lors d’une période de conflit aigu, alors que leur présence était cruciale selon eux pour décourager les attaques. Michel Bonnardeaux, porte-parole du Département des opérations de maintien de la paix des Nations unies (DOMP) a déclaré qu’un haut responsable militaire se rendait dans la région d’Abyei pour y évaluer les performances du contingent de l’ONU.

Des diplomates ont rapporté que les responsables de l’ONU à New York avaient blêmi en apprenant que les soldats zambiens s’étaient enfermés dans leur caserne lorsque les violences se sont amplifiées. La mission zambienne à l’ONU s’est refusée à tout commentaire. Un responsable du ministère soudanais de l’Information, Rabie Abdelati, a déclaré à Khartoum que le conflit actuel ne pouvait être réglé que par des négociations entre le Nord et le Sud, non par des pressions du Conseil de sécurité de l’ONU. Je ne vois vraiment aucune raison pour que le Conseil de sécurité des Nations Unies soit impliqué dans cette affaire, a-t-il dit. Dans les années 1990, le comportement de casques bleus avait déjà été critiqué lors des conflits au Rwanda et dans les Balkans. Les opérations de maintien de la paix sont souvent assurées par des soldats provenant de pays en développement. Les Américains et les Européens ne veulent pas envoyer de troupes sur le terrain, et pourtant, ils réclament toujours une application solide des mandants, a déploré un ambassadeur.

Abyei, située à la frontière entre le nord et le sud est occupée depuis le 21 mai par les forces d’Omar el Béchir
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