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Cameroun/Dette publique : 926,5 milliards FCFA d’arriérés hors des chiffres officiels

Alors que le gouvernement affiche un taux d’endettement inférieur au plafond communautaire de la CEMAC, la Cour des Comptes met…

Alors que le gouvernement affiche un taux d’endettement inférieur au plafond communautaire de la CEMAC, la Cour des Comptes met en lumière une réalité bien plus complexe.

Derrière les statistiques rassurantes se cache une accumulation d’arriérés, d’engagements hors bilan et de dettes mal recensées qui jettent un doute sérieux sur le niveau réel de la dette publique camerounaise.

Selon le Rapport sur l’exécution de la loi de finances 2024, entériné par la Cour des Comptes du Cameroun en septembre 2025, la dette directe de l’administration centrale s’élève à 13 600 milliards FCFA. Ce montant est en hausse de 15,4 % par rapport à 2023, porté principalement par l’endettement extérieur qui représente désormais près des deux tiers de l’encours.
En élargissant le périmètre à l’ensemble du secteur public, la dette atteint 14 649 milliards FCFA, soit 45,6 % du PIB. Un ratio en nette progression, mais toujours en dessous du seuil communautaire de 70 % fixé par la CEMAC. Officiellement donc, le Cameroun reste dans les clous.
Mais cette lecture rassurante est largement nuancée par les observations de la Cour.

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Premier angle mort pointé par les magistrats financiers : les Restes à Payer (RAP). Il s’agit de dépenses engagées par l’État, parfois depuis plusieurs années, mais non encore réglées.
Au 31 décembre 2024, ces RAP atteignent 926,5 milliards FCFA, presque le double de leur niveau de 2023. Plus préoccupant encore, 739,4 milliards FCFA proviennent d’exercices antérieurs, certains remontant à 2020.
Problème majeur : ces montants ne sont pas intégrés dans la dette publique officielle. Ils sont classés comme dettes non financières, ce qui, selon la Cour des Comptes, masque une part substantielle de l’endettement réel de l’État. L’institution recommande clairement leur reclassement en dettes financières et leur intégration dans la loi de finances.

Autre source d’incertitude : la dette des entreprises et établissements publics, ainsi que celle des collectivités territoriales décentralisées (CTD).
Un audit des dettes non structurées sur la période 2000–2019, publié en août 2024, a permis d’identifier 671,7 milliards FCFA d’arriérés (salariaux, commerciaux, fiscaux). Mais cet exercice ne couvre pas les années 2020 à 2024, ni l’ensemble des CTD.
Pour la Cour, le constat est sans appel : « la situation de la dette du secteur public au 31 décembre 2024 reste partielle ».

Au-delà de la dette visible, l’État camerounais porte également des passifs conditionnels importants, notamment liés aux partenariats public-privé (PPP).
Leur montant est estimé à 4 895 milliards FCFA, soit environ 14,2 % du PIB. Tant que les projets se déroulent normalement, ces engagements restent hors du calcul de la dette. Mais en cas de défaillance, ils peuvent se transformer rapidement en dette ferme, avec un impact brutal sur les finances publiques.

À cela s’ajoutent les Soldes Engagés Non Décaissés (SEND’s) : 4 102 milliards FCFA d’emprunts, principalement extérieurs, déjà contractés mais encore non tirés.
Même s’ils ne financent pas encore de dépenses, ces montants génèrent des commissions d’engagement et annoncent une pression future sur l’endettement et le service de la dette.

Sur le plan régional, le Cameroun respecte le critère de dette/PIB de la CEMAC. Mais il viole celui de la non-accumulation des arriérés, en raison du volume élevé des RAP.
Selon le Cadre de viabilité de la dette du FMI, la situation est tout aussi préoccupante :
en 2024, un seul ratio sur cinq est respecté. Le ratio service de la dette / recettes propres, à 18,7 %, dépasse le seuil d’alerte de 18 %, traduisant une charge déjà lourde sur le budget de l’État.

Pire, l’exécution du service de la dette n’a atteint que 58,4 %, avec un taux très faible pour la dette intérieure. Ce sous-paiement alimente mécaniquement l’accumulation d’arriérés.

Au final, si la dette officielle du Cameroun est annoncée à 45,6 % du PIB, la Cour des Comptes met clairement en garde contre une sous-estimation significative de l’endettement réel.
La non-consolidation de près de 1 000 milliards FCFA de Restes à Payer, le recensement incomplet des dettes des entités publiques et l’ampleur des engagements hors bilan brouillent la lecture des finances publiques.

Derrière les chiffres maîtrisés, la dette camerounaise apparaît plus lourde, plus diffuse et plus risquée qu’il n’y paraît. Un constat qui relance le débat sur la transparence budgétaire et la soutenabilité réelle de la trajectoire d’endettement du pays.

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