Santé



Derrière les chiffres officiels, des centaines de milliards de FCFA se dissipent chaque année dans les failles du système sanitaire. Une perte silencieuse qui fragilise autant les finances publiques que la croissance.

Le constat est sans appel : au Cameroun, les défaillances du système de santé engloutissent chaque année entre 280 et 420 milliards de FCFA, soit jusqu’à 1,8 % du PIB. Une saignée budgétaire qui dépasse le simple cadre sanitaire et révèle un déséquilibre profond. Comme le souligne Charles Menye, président du Comité Citoyen de Vigilance Financière CEMAC (CVFC), « le pays dépense davantage pour subir la maladie de son système que pour le soigner ».
L’inefficience s’est installée au cœur du dispositif. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, 20 à 30 % des budgets de santé s’évaporent dans les pays à gouvernance fragile. Transposé au Cameroun, cela représente déjà 50 à 90 milliards de FCFA perdus chaque année, faute de pilotage rigoureux et de mécanismes de reddition des comptes.
À cette hémorragie s’ajoutent des coûts plus discrets mais tout aussi lourds. Les erreurs médicales, même limitées à une fraction des 1,5 million d’hospitalisations annuelles, génèrent des dépenses évitables estimées à plus de 10 milliards de FCFA. Le manque de formation continue du personnel aggrave la situation, entraînant diagnostics tardifs et actes inadaptés, pour un surcoût évalué à près de 30 milliards. Quant aux infrastructures mal entretenues, elles alourdissent la facture de 20 à 30 milliards supplémentaires.
Mais c’est la corruption qui constitue le point le plus critique. Entre surfacturations, marchés fictifs et détournements, 20 à 40 milliards de FCFA disparaissent chaque année. « Ce phénomène est devenu systémique, nourri par l’opacité et l’impunité », alerte Charles Menye.
Au-delà des pertes budgétaires, l’impact réel se mesure sur l’économie nationale. La dégradation du capital humain freine la productivité et pèse sur la croissance. Chaque décès prématuré d’un actif représente des dizaines de millions de FCFA de richesse perdue. À l’échelle du pays, ce manque à gagner se chiffre en centaines de milliards.
Les ménages, eux, absorbent le choc. Avec 70 % des dépenses de santé à leur charge, la maladie devient un facteur d’appauvrissement rapide : ventes d’actifs, endettement, déscolarisation. Une pression qui agit comme une taxe invisible sur l’économie et affaiblit durablement la demande intérieure.
Face à ce constat, le CVFC appelle à une refonte pragmatique du système. « Réformer la santé, ce n’est pas dépenser plus, c’est dépenser mieux », insiste Charles Menye. Audits indépendants, transparence des achats, formation continue et modernisation de la gouvernance figurent parmi les leviers identifiés.
L’enjeu dépasse la seule santé publique. « Le Cameroun doit choisir : perdre encore des milliards dans l’inefficacité ou investir pour libérer son potentiel productif », conclut-il. Car derrière chaque franc gaspillé, c’est une part de croissance qui s’évanouit et, avec elle, les perspectives d’un développement durable

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