Derrière les murs feutrés de l’institution catholique, des doctorants dénoncent un système opaque, des diplômes sans valeur et des millions engloutis. Malgré les interpellations, le silence de l’archidiocèse de Yaoundé intrigue et indigne.
À Yaoundé, l’affaire INUCASTY n’est plus une simple querelle administrative. Elle prend les allures d’un scandale majeur, mêlant opacité institutionnelle, promesses académiques douteuses et silence assourdissant des autorités ecclésiastiques. Au centre de la tourmente : l’archidiocèse de Yaoundé, accusé de couvrir ou à tout le moins de tolérer un système qui a plongé des dizaines de doctorants dans une impasse académique et financière.
Une école doctorale sans base légale
Les faits sont pourtant accablants. Des doctorants inscrits à l’Institut Universitaire Catholique Sainte-Thérèse de Yaoundé (INUCASTY), deuxième promotion, affirment avoir été enrôlés dans un programme doctoral dépourvu d’autorisation légale.
Au cœur du dispositif, une convention signée le 31 mai 2023 à Paris entre INUCASTY et un partenaire dénommé Institut Sorbonne International (ISI). Selon les documents consultés, cette convention est frappée de nullité absolue : aucune des deux entités ne disposait des habilitations requises, ni en France ni au Cameroun, pour délivrer des diplômes de doctorat qu’ils soient de recherche ou professionnels.
Plus grave encore, le doctorat professionnel, présenté implicitement aux étudiants, est formellement interdit au Cameroun par la loi du 25 juillet 2023 sur l’enseignement supérieur.
Les étudiants dénoncent une stratégie délibérée de dissimulation. Dans la brochure officielle remise aux doctorants, aucune mention claire ne précisait la nature exacte du diplôme proposé.
« Si nous avions su qu’il s’agissait d’un doctorat professionnel donc sans reconnaissance légale nous ne nous serions jamais inscrits », confie un membre du collectif.
Cette ambiguïté, loin d’être anodine, aurait permis à l’établissement de lancer deux années académiques consécutives (2023-2024 et 2024-2025), attirant des étudiants prêts à investir plusieurs millions de francs CFA.
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Des millions engloutis
Le préjudice est colossal. Certains doctorants déclarent avoir déboursé jusqu’à 3 millions de FCFA pour leur première année. À ce jour, seule une minorité aurait été remboursée souvent sous condition de fournir des justificatifs stricts.
Pourtant, une note officielle du Ministre d’État, Ministre de l’Enseignement supérieur, datée du 31 juillet 2025, est sans équivoque : le programme de doctorat professionnel est suspendu et les frais doivent être intégralement remboursés aux étudiants qui en font la demande.
Dans les faits, les plaignants dénoncent un non-respect manifeste de cette instruction. Pire, certains évoquent des arguments « fallacieux » avancés par l’administration pour retarder ou refuser les remboursements, notamment l’existence d’une prétendue date limite de réclamation.
Un transfert imposé et inéquitable
Face à la crise, une solution partielle a été proposée : le transfert des étudiants vers l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC). Mais là encore, les difficultés s’accumulent.
Seule la faculté de sciences de gestion est ouverte aux doctorants concernés, excluant de facto ceux issus d’autres disciplines comme le droit, les sciences politiques ou l’économie. Résultat : une partie des étudiants se retrouve sans solution académique viable, malgré les sommes déjà engagées.
Au-delà des aspects juridiques, cette affaire soulève une question fondamentale : celle de la responsabilité morale de l’institution ecclésiastique.
Comment une structure se réclamant de l’éthique chrétienne a-t-elle pu laisser prospérer un tel dispositif ? Pourquoi les engagements pris devant les étudiants, notamment lors des réunions de juillet 2025, n’ont-ils pas été respectés ?
Le collectif des doctorants évoque une « escroquerie aggravée » et un « abus de confiance », des termes lourds de sens qui traduisent l’ampleur du malaise.
Le silence comme stratégie ?
Face à ces accusations, l’archidiocèse de Yaoundé se mure dans le silence. Une posture qui interroge, voire inquiète. Car dans une affaire de cette gravité, l’absence de réaction peut être perçue comme une forme de déni ou pire, de complicité passive.
Les étudiants, eux, ne comptent pas en rester là. Ils exigent l’application stricte des instructions ministérielles, le remboursement intégral des frais engagés, et la reconnaissance du préjudice subi.
Une crise révélatrice
L’affaire INUCASTY dépasse le cadre d’un simple litige académique. Elle met en lumière les dérives possibles dans un environnement où la confiance accordée à des institutions religieuses peut être instrumentalisée.
À Yaoundé, une chose est désormais certaine : la crédibilité de l’enseignement supérieur confessionnel est sérieusement ébranlée. Et sans réponse rapide et transparente des autorités concernées, le scandale pourrait bien laisser des traces durables.
Nos différentes tentatives pour joindre les responsables de l’archidiocèse de Yaoundé sont restées infructueuses.



