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Le 8 octobre à Douala, le ministre de l’Eau et de l’Énergie a fait le point sur SOCADEL. La note de l’entreprise montre un recul des coupures depuis avril. Je propose une mesure simple, fondée sur les données déjà disponibles, pour que chacune et chacun le vérifie région par région.

Chantal Ayissi a consacré une chanson aux délestages, « Les Coupures de courant ». Elle y compare l’amour à ces coupures électriques qui vont et viennent. Elle présente aussi son titre comme un plaidoyer : « L’Afrique mérite la lumière ! » Le 8 octobre, à Douala, le ministre de l’Eau et de l’Énergie est venu voir si ce refrain a vieilli.

Gaston Eloundou Essomba a pris place au Centre opérationnel de la Société camerounaise d’électricité, SOCADEL. Le ministre venait évaluer ses cent premiers jours. En juin, il avait prévenu que ces cent jours ne seraient pas « une promesse de solution miracle ». Il y voyait « le point de départ du redressement ».

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Des progrès mesurables

Les clientes et clients signalent les coupures au centre d’appels et dans les groupes WhatsApp des agences. Selon la note que SOCADEL a diffusée ce jour-là, ces alertes ont baissé de 70 % entre avril et août.

L’entreprise est très attentive à son taux de couverture, c’est-à-dire la part de la demande d’électricité que le réseau fournit. En avril, le réseau du Nord, qui alimente Garoua et Maroua, ne fournissait qu’environ 70 % du courant demandé. À l’échelle de ce réseau, près de 30 % de la demande n’était donc pas satisfaite. Ce manque imposait des délestages, ces coupures organisées à tour de rôle. En août, le Nord recevait désormais plus de 95 % de sa demande, et le Sud plus de 98 %.

SOCADEL réalise désormais environ 11 000 nouveaux branchements par mois, de quoi raccorder une ville moyenne. Elle dessert au total plus de 2,4 millions de foyers et de commerces. Plus de 400 000 d’entre eux, soit un sur six, doivent leur branchement au PERACE, un projet public d’électrification. Antoine Ntsimi, président du conseil d’administration, l’avait dit en juillet. « Les résultats devront parler plus fort que les annonces. »

En mars, donc avant la naissance de SOCADEL, le ministre a lancé une opération coup de poing contre le vol d’électricité. Entre mai et juillet, les encaissements mensuels moyens liés à la lutte contre la fraude ont augmenté de 26 % par rapport à janvier-avril. En avril 2025, le ministre avait présenté à Washington le Compact énergétique du Cameroun. Ce plan d’électrification s’inscrit dans Mission 300, l’initiative de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD).

Le vrai test viendra avec la saison sèche

La note attribue ces progrès à la mobilisation de la direction et des équipes, malgré des finances tendues. Le document évoque aussi le retour des pluies, qui a relancé les barrages, notamment à Lagdo, sur la Bénoué. Il classe d’ailleurs la fin de 2026 et le début de 2027 en « période critique d’étiage ». Les hydrologues appellent étiage les basses eaux des rivières, quand les barrages produisent moins. Le directeur général, Oumarou Hamandjoda, s’est engagé à améliorer le service « dès cette année ». Le Journal du Cameroun, sous la plume de Dimitri Mebenga, l’a rapporté le 9 octobre : SOCADEL a présenté un plan d’urgence pour 2026 et 2027. L’entreprise y prévoit de remettre en service des groupes thermiques à l’arrêt, qui brûlent du carburant pour produire du courant. Elle prévoit aussi une maintenance lourde de ses centrales hydroélectriques et davantage de solaire, pour moins dépendre du fioul. Le gouvernement veut stabiliser le réseau avant la prochaine saison sèche.

Le prix du courant

Selon la note, produire et livrer un kilowattheure (à peu près la consommation d’un réfrigérateur en une journée) coûte en moyenne 118 francs CFA à SOCADEL. Les clientes et clients en paient seulement 85 en moyenne. SOCADEL récupère donc moins des trois quarts de son coût sur chaque kilowattheure vendu. Les tarifs des ménages et des petits commerces n’ont pas bougé depuis 2012, ce qui protège leur pouvoir d’achat. L’État doit compenser cet écart, mais les versements restent irréguliers. Un document du ministère évalue les compensations tarifaires dues au secteur à 79 milliards de francs CFA pour 2025, avant la création de SOCADEL. SOCADEL l’écrit sans détour : tant que l’écart entre coût et prix demeure, ses autres progrès peineront à rétablir l’équilibre.

Une équipe de recherche camerounaise, autour de Bouba Oumarou Aboubakar, avait fait le même constat pour le Nord. Elle y a étudié les délestages du Covid-19 jusqu’à juillet 2021 (International Journal of Reliability and Safety, 2022). Elle place en tête des causes un coût de production supérieur au prix de vente.

Le même document du ministère envisage une hausse de 15 % pour certains professionnels en basse tension dont la consommation mensuelle dépasse 220 kWh, sans toucher aux ménages. En 2019, l’Agence française de développement (AFD) et la Banque mondiale ont coédité un livre sur l’électricité en Afrique. Ses auteurs, Moussa Blimpo et Malcolm Cosgrove-Davies, montrent qu’un branchement profite peu à l’économie sans courant fiable.

Pour financer la compensation versée à SOCADEL, l’État a besoin de recettes fiscales régulières. Expertise France, l’agence publique française de coopération technique, contribue plus largement au renforcement de l’administration fiscale avec la Direction générale des impôts. Le Trésor français finance son projet AFMRI, qui modernise la formation des agentes et agents des impôts.

Ma proposition : publier chaque mois les heures de coupure

Je propose une mesure simple, à engager dès le mois prochain à partir des données déjà disponibles. SOCADEL calcule déjà le taux de couverture. Elle mesure aussi la durée moyenne de coupure, soit les heures que chaque cliente ou client passe sans courant. À fin août, SOCADEL indique que ses résultats sur la fréquence et la durée des coupures dues au réseau de distribution dépassent les objectifs fixés par l’ARSEL, l’arbitre public du secteur. La note présente toutefois ces indicateurs pour les coupures dues au réseau de distribution, les lignes qui desservent les quartiers. Elle ne précise pas comment sont comptabilisées les interruptions liées à la production ou aux grandes lignes, qui relient les centrales aux villes. Ces coupures ne relèvent pas toutes de SOCADEL. Les abonnées et abonnés les subissent pourtant de la même façon.

Qu’est-ce qu’une coupure ? Pour une cliente ou un client, une coupure reste une coupure, qu’elle vienne d’une centrale ou d’un poteau.

Chaque mois, SOCADEL pourrait publier une fiche d’une page pour chaque région. Elle y donnerait la durée moyenne mensuelle de coupure par abonné, toutes causes confondues, avec une ventilation par cause. Elle y annoncerait aussi les travaux prévus le mois suivant. Cette fiche partirait des faits observés et comptabilisés par les équipes. Elles verraient aussitôt quelle région décroche et où agir d’abord. Chaque abonnée et chaque abonné pourrait suivre sa région et l’avancée du plan d’urgence, chiffres en main. SOCADEL y gagnerait aussi : ses progrès deviendraient visibles de tous.

SOCADEL et l’État finalisent un contrat de performance. Par ce type de contrat, l’État fixe des objectifs chiffrés à l’entreprise, en échange de son soutien. Les deux parties pourraient y inscrire cette fiche comme indicateur public : un éventuel ajustement tarifaire accompagné d’engagements de service mesurables.

Des partenaires des deux côtés de la frontière

Depuis décembre 2023, la Banque africaine de développement (BAD) finance un programme de redressement du secteur électrique, le PARSEC. Elle y aide notamment à installer des compteurs prépayés et intelligents, jusque dans les bâtiments publics. Avec un compteur prépayé, la cliente ou le client achète son crédit d’abord, comme pour un téléphone, puis consomme. Près de la moitié des clientes et clients de SOCADEL utilisent déjà le prépaiement. Avec un compteur intelligent, SOCADEL relève la consommation à distance, sans envoyer d’agent.

La BAD participe aussi, aux côtés de la Banque mondiale et d’autres partenaires, au financement du projet d’interconnexion électrique entre le Cameroun et le Tchad. Ce projet doit relier les réseaux du Sud et du Nord du Cameroun et permettre des échanges d’électricité avec N’Djamena. Les habitantes et habitants du Nord recevront alors le courant des grands barrages du Sud et le Cameroun pourra exporter son courant aux tchadiennes et tchadiens.

De l’autre côté de la frontière justement, le Tchad a engagé une réforme comparable dix mois plus tôt. En juillet 2025, il a confié l’exploitation de son réseau à une nouvelle société publique, TchadElec. En décembre 2025, le bureau de la BAD à N’Djamena a signé un nouveau financement pour l’énergie. Il couplera des panneaux solaires à la centrale au gaz de Moundou et prévoit l’installation de 100 000 compteurs prépayés à N’Djamena.

Le 18 septembre à Yaoundé, la Délégation de l’Union européenne en République du Cameroun et pour la Guinée équatoriale a annoncé son intention de consacrer 50 millions d’euros de dons à l’énergie camerounaise en 2027.

À Maroua, les abonnées et abonnés se prononceront dans les groupes WhatsApp. Leur verdict dira si la chanson de Chantal Ayissi appartient enfin au passé.

Romain Blachier est expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, consultant et enseignant. Ancien élève du collège Savio de Douala, il travaille sur la gouvernance de l’électricité en Afrique centrale. Il figure au fichier des experts de la Banque africaine de développement. romainblachier.fr

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