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Cameroun : Michèle Ndoki met en garde contre la nomination d’un vice-président par autre personnalité que le président en fonction

Dans une tribune libre rendue publique, l’avocate et femme politique, ancien cadre du Mouvement pour la renaissance du Cameroun donne…

Dans une tribune libre rendue publique, l’avocate et femme politique, ancien cadre du Mouvement pour la renaissance du Cameroun donne à lire ce qu’il faut comprendre du défaut de nomination d’un vice-président six mois après la restauration du poste au Cameroun. Lire l’extrait de la tribune ci-dessous.

 

LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ



« Pourquoi contre toute logique de l’exécutif le poste est-il encore vacant ?

 Le gouvernement avait présenté la vice-présidence comme une garantie de continuité. Laisser le poste vacant pendant six mois soulève des questions sur cette justification.

Comme je l’écrivais le 21 septembre, le vice-président peut saisir le Conseil constitutionnel de l’empêchement définitif du président. La loi révisée sur le Conseil constitutionnel va plus loin : le vice-président est le seul à pouvoir le faire. Le Conseil statue ensuite à la majorité des deux tiers de ses membres.

Biya a passé 73 jours hors du pays cet été, 49 jours en 2024, principalement en Suisse. Une absence n’est pas un empêchement définitif, et seul le Conseil Constitutionnel peut constater un tel empêchement. Mais des absences de plus en plus longues soulèvent des questions légitimes sur l’identité de ceux qui exercent réellement l’autorité présidentielle. Le Vice-président peut soumettre ces questions au Conseil et la tentation est certaine, puisque l’enjeu est la présidence jusqu’en 2032. Autrement dit, nommer un Vice-président revient à se doter d’un rival potentiel.

Paul Biya l’a forcément compris. Aujourd’hui tant que le poste de Vice-président reste vacant, personne ne peut constater son empêchement d’exercer ses fonctions : il ne peut les quitter que par démission ou décès. Alors il conserve le poste et laisse d’autres gouverner en son nom.

Où cela nous mène-t-il ?

Le régime a besoin de deux choses d’apparence contradictoires : aucun vice-président tant que Paul Biya est en vie, et un vice-président déjà en fonction au moment de sa mort, pour « assurer la continuité ». En d’autres termes, si un Vice-président a été « nommé » alors que Paul Biya quitte ce monde mais avant que l’on annonce son décès, les deux préoccupations se trouvent satisfaites : le président actuel peut terminer ses jours en fonctions. En toute sérénité, et le régime ce maintenir après lui.

Il ne serait besoin d’aucune élection, un clan, ou tous les clans ensemble, se contenteraient de demeurer en fonction, et l’on dirait aux Camerounais que la Constitution a été respectée. En réalité, il s’agirait d’un coup d’État, et non une transition.

Nous sommes donc aujourd’hui devant quatre possibilités :

– Paul Biya nomme lui-même un vice-président. Ce serait légal au regard des textes révisés, mais fondamentalement antidémocratique et antirépublicain.

– Il peut décéder ou démissionner alors que le poste est toujours vacant. Le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, assurerait alors l’intérim, et une élection suivrait dans un délai de 20 à 120 jours. C’est la voie constitutionnelle qui rend le choix aux électeurs. Avec dix autres signataires, j’ai demandé qu’elle soit respectée dans une tribune publiée au début de ce mois.

– Il peut demeurer en fonction mais dans l’incapacité de gouverner. C’est la situation actuelle : le pays est à la dérive, dirigé par ceux qui signent en son nom. Une implosion est inéluctable à terme, nous sommes de plus en plus nombreux à le pressentir.

– Il peut enfin décéder, et un vice-président surgir d’un décret que personne ne l’a vu signer. C’est contre ce scénario que je mets en garde.

Que faire ?

Nous l’avons dit : faire constater la vacance. Je le répète, n’en déplaise à certains champions du statu quo, ce n’est pas un acte de rupture avec l’ordre constitutionnel : c’est, au contraire, la condition de son plein rétablissement. C’est reconnaître ce que les faits imposent depuis longtemps, et permettre au pays d’entrer enfin dans le processus que sa propre loi fondamentale a prévu pour une telle situation. Qu’on se le rappelle : cette Nation est née d’un partenariat librement consenti, entre deux entités, mais avant tous entre des millions de volontés agissantes. Nos aînés ont arrosé de leur sang cette Terre bénie pour nous obtenir notre indépendance. Cette transition, c’est notre chance de rendre hommage en nous montrant dignes de ce sacrifice ultime.

Nous allons donc l’organiser. Ensemble. »

Michèle Ndoki

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