A l’aube, dans le quartier de Mbende, à Limbe, ville balnéaire de la région du Sud-Ouest du Cameroun, Vivian Njie, 89 ans, a allumé son feu de bois. Ce matin-là, la marmite posée dessus n’était pas vide.
A l’intérieur, du riz blanc à grains longs, offert par la Chine quelques semaines plus tôt, mijotait doucement. « Avant, nous faisions cuire une petite quantité de riz et la répartissions dans cinq assiettes », a raconté cette grand-mère de 15 petits-enfants en remuant une grande marmite destinée aux 19 personnes de son foyer. « Aujourd’hui, mes petits-enfants mangeront jusqu’à ce qu’ils disent : ‘Je suis rassasié’. Rien que cela, c’est déjà une tranquillité ».
Depuis près d’une décennie, les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun sont confrontées à un conflit armé séparatiste. Des exploitations agricoles ont été abandonnées, l’accès aux marchés est devenu dangereux et les superficies cultivées ont diminué de 20 à 40% dans les zones les plus touchées, entraînant une hausse des prix des denrées alimentaires.
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Début 2026, les agences humanitaires estimaient que 2,9 millions de personnes au Cameroun, dont 1,5 million d’enfants, avaient besoin d’aide.
C’est dans ce contexte que l’aide de la Chine est arrivée. En juin, le Cameroun a reçu de la Chine un don qui comprenait 1.630 tonnes de riz et 880 tonnes de blé destinées aux régions touchées par le conflit.
A ce jour, 9.000 sacs de riz ont été acheminés à Buea, chef-lieu de la région du Sud-Ouest, où leur distribution a déjà commencé. Quelque 10.700 autres sacs ont été envoyés à Bamenda pour être distribués dans la région du Nord-Ouest.
A Limbe, le maire, Paul Efome Ngalle, a supervisé la remise du riz aux responsables communautaires. Il a déclaré que cette aide arrivait à un moment où la ville était « poussée à ses limites ».
« Ce don de riz de la Chine n’est pas seulement de la nourriture. C’est de la solidarité. De nombreux groupes vulnérables de notre commune ont réellement bénéficié de cette aide », a-t-il ajouté.
Dans un point de distribution à Buea, des familles faisaient la queue avec leurs cartes de rationnement. Chaque ménage a reçu du riz.
James Nkemasong, 48 ans, a fui son village dans le département de la Lebialem il y a deux ans avec sa femme et leurs cinq enfants. Il loue aujourd’hui une seule pièce à Buea.
« Ce riz nous nourrira pendant des semaines », dit-il en chargeant un sac de 25 kilos sur son épaule. « La situation a été vraiment difficile pour moi et ma famille. Nous avons à peine trois repas par jour. Mais ce riz nous a apporté un soulagement ».
Un sentiment partagé à Muyuka, une autre ville du Sud-Ouest, où Judith Mbah, 38 ans, cuisine pour 12 déplacés. « Le riz de Chine est tendre et ne consomme pas beaucoup de bois de chauffage », a-t-elle expliqué. « Nous le mélangeons avec des haricots et un peu d’huile. Les enfants l’appellent ‘le riz délicieux’ et en demandent tous les jours ».
A son arrivée à Limbe, le riz n’était pas destiné uniquement aux personnes déplacées par le conflit. Il devait aussi bénéficier à tous ceux qui n’avaient plus rien.
Début août, de fortes pluies se sont abattues sur cette ville côtière située au pied du mont Cameroun. Les eaux de ruissellement ont dévalé les pentes sans pouvoir s’évacuer. Des quartiers ont été inondés et des glissements de terrain ont détruit des habitations. Trois personnes ont perdu la vie.
Pour une communauté déjà éprouvée par les déplacements liés au conflit séparatiste, les inondations ont constitué une nouvelle crise : elles ont entraîné non seulement des pertes de logements, mais aussi des pertes de nourriture.
John Molua a perdu une grande partie de ses biens dans les inondations. « La pluie continue de tomber. Mais ce riz nous a apporté de la stabilité et de l’espoir pour plusieurs semaines. La plupart des victimes en ont reçu et nous étions très soulagés. Il est arrivé au moment où nous en avions besoin », a-t-il témoigné.
Le conseiller économique et commercial de l’ambassade de Chine au Cameroun, Xiao Guofeng, a indiqué que ce don faisait partie des dix actions concrètes annoncées lors du sommet du Forum sur la coopération sino-africaine à Beijing en 2024.
« Ce don de denrées alimentaires est un exemple concret de l’amitié entre la Chine et le Cameroun. Il incarne la politique de la Chine à l’égard de l’Afrique, fondée sur les principes de sincérité, de solidarité, d’amitié et de franchise, ainsi que sur une bonne compréhension de l’amitié et des intérêts communs », a-t-il déclaré.
Le maire de Limbe, M. Ngalle, a souligné que ce geste témoignait de plus de 55 ans de coopération entre le Cameroun et la Chine. « Ce geste approfondit non seulement les relations entre les nations, mais aussi les relations entre les citoyens, les relations entre les peuples », a-t-il déclaré.
A Buea et Limbe, où les conflits et les inondations ont durement éprouvé les familles, ces sacs de riz remplissent ainsi leur vocation première : aider les populations à tenir bon.
De retour à Mbende, Njie a servi le riz. Ses petits-enfants ont mangé rapidement avant de sortir jouer. Elle les a regardés en souriant. Dans une région qui a connu tant de souffrances, une assiette de riz fumante ravive l’espoir, bol après bol.




