Entre 2012 et 2023, la production d’hydrocarbures liquides du Cameroun a suivi une trajectoire en trois temps : une phase d’expansion rapide, un retournement marqué, puis une érosion progressive. Derrière ces chiffres, se dessinent des enjeux structurels pour les finances publiques et la stratégie énergétique du pays.
De 22,35 millions de barils en 2012 à un sommet de 34,97 millions en 2015, la production pétrolière camerounaise a d’abord connu une hausse soutenue. Cet élan s’essouffle dès 2016 (33,67 millions), avant une chute plus nette entre 2017 et 2018, où les volumes retombent à 25,13 millions de barils. Une brève phase de stabilisation est observée entre 2019 et 2020, autour de 26 millions de barils, mais elle cède rapidement la place à une baisse continue. En 2023, la production s’établit à 23,88 millions de barils, soit un recul de près de 32 % par rapport au pic de 2015.
Cette évolution traduit d’abord le vieillissement naturel des gisements. À mesure que les champs arrivent à maturité, leur rendement diminue et les contraintes techniques s’accentuent, pesant sur les volumes extraits. À cela s’ajoutent des facteurs conjoncturels : la crise sanitaire de 2020 a perturbé les opérations et entraîné le report de plusieurs investissements, ralentissant le renouvellement des capacités de production.
Au-delà de ces éléments, la trajectoire observée s’apparente à un cycle classique du secteur extractif : après une phase d’expansion, la production atteint un plateau, puis entre dans une phase de déclin. Le léger rebond de 2019–2020 n’a pas suffi à inverser durablement la tendance.
Sur le plan économique, les implications sont significatives. La baisse des volumes réduit mécaniquement le potentiel de recettes et d’entrées de devises, même si l’effet peut être atténué par la hausse des prix internationaux, comme l’ont montré les exportations en 2022. Cette dépendance accrue aux cours mondiaux renforce toutefois la vulnérabilité budgétaire de l’État. Par ailleurs, le recul des exportations en volume peut exercer une pression sur la balance commerciale, à moins d’être compensé par une diversification accrue ou une meilleure valorisation locale des ressources.
À court terme, l’enjeu consiste à freiner le déclin via des investissements ciblés : maintenance, optimisation des installations ou techniques de récupération assistée. À moyen terme, un arbitrage stratégique s’impose entre prolongation de la vie des champs matures et accélération de la diversification économique. Dans ce contexte, la transparence des données, notamment celles issues des rapports ITIE, demeure essentielle pour relier l’évolution des volumes aux choix d’investissement, à la politique fiscale et à la soutenabilité des finances publiques.
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