OpinionsTribune



Jean Lambert Nang dans un texte intitulé « Mieux vaut un âne qu’un agrégé » a laissé entendre que les universitaires camerounais sont inutiles pour le Cameroun. Faisant référence à ce texte que je trouve confus et hyperbolique, je présente ici quelques problèmes concernant les universitaires et l’université qui est leur espace d’exercice.

Avant d’en évoquer, il est important de rappeler à toutes fins utiles qu’il faut distinguer à l’université les sciences dures vulgairement appelées les sciences exactes (Mathématiques, Physique, Chimie, Biologie) des sciences molles encore appelées sciences humaines et sociales (littérature, histoire, sociologie, économie, etc.). Dans l’un ou l’autre de ces domaines, on peut être soit enseignant (transmettre uniquement le savoir aux étudiants), soit enseignant-chercheur (transmettre le savoir aux étudiants et effectuer des recherches sur les objets spécifiques dans le but de produire des nouvelles connaissances).

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Les quelques problèmes identifiés concernant les universitaires camerounais et leur milieu d’exercice :

1) L’infiltration de l’université par le favoritisme. Il s’agit des docteurs fabriqués dans les universités camerounaises avec la complicité des personnes censées protéger ce milieu sacré. Népotisme, clientélisme, cooptation, copinage et bien d’autres choses bizarres sont à l’origine de la sélection en thèse de doctorat de certains individus sans niveau et qui par la suite sont recrutés comme enseignants d’université sur la base de ces mêmes choses.

2) La croissance des universitaires administratifs. De plus en plus au Cameroun, les universitaires sont animés par la recherche des nominations et des postes administratifs. L’enseignement et la recherche (production des savoirs, découvertes et inventions) ne sont que secondaires pour eux. Certains parmi ceux-ci brillent souvent par l’exploitation et le plagiat des travaux de mémoire et de thèse de leurs étudiants.

3) La précarité de nos universités : absence des laboratoires de recherche, les revues quasi inexistantes, les amphithéâtres antiques, absence de toilettes, les bibliothèques vides de contenus, les enseignements bidons, etc.

4) L’insuffisance criarde des moyens financiers pour soutenir les travaux de recherche et les centres de recherche comme cela se fait dans les pays soucieux de construire une société exemplaire.

5) Le manque de considération des travaux de recherche ou des savoirs produits par des universitaires camerounais, surtout ceux issus des intellectuels critiques. Les travaux de recherche et les thèses de doctorat sont rangés dans les tiroirs des oubliettes même ceux qui méritent une grande attention des dirigeants en raison de leur pertinence dans la résolution des crises et leur impact dans le progrès humain.

6) L’exode de cerveaux. Il s’agit des brillants esprits camerounais qui préfèrent se mettre à contribution ailleurs où l’universitaire est valorisé à sa juste valeur. Parmi eux, se trouvent les « parias conscients » et des universitaires qui sont en exils en raison de leurs critiques envers le régime en place.

De tous ces problèmes dont la liste est non exhaustive, je pointe un doigt accusateur sur les universitaires camerounais. Ils en sont complices et même acteurs autant que nos dirigeants. Complices par leur mutisme et silence. Ils ont peur de parler, dénoncer et exiger des dirigeants la mise en place des universités sérieuses et dignes de ce nom. Ils ont peur de mal manger ou de ne plus manger pour reprendre le brillant érudit Fabien Eboussi Boulaga. Ils ont peur d’être exclus de la table des minables salaires mensuels que l’État leur verse. Ils préfèrent donc parler sous la table.

Ils sont parfois obligés de mentir à leurs collègues étrangers du traitement qui leur est réservé (salaires et primes de recherche) parce que ces derniers leur vouent un grand respect et une profonde admiration en raison des capitaux culturels qu’ils possèdent. Il faut dire que les universitaires camerounais sont pertinents et brillants, se distinguant souvent par la qualité de leurs travaux dans les grandes revues, les Maisons d’édition de renom et les rendez-vous scientifiques (colloques, conférences, etc.) Leurs collègues étrangers ne peuvent pas s’imaginer à quel point ils les envient en raison du respect que leur État leur accorde.

Bref, les universitaires camerounais sont animés par la peur et l’égoïsme qui les empêchent de voir que l’universitaire est un esprit libre qui travaille pour le progrès humain. Qu’il est un réverbère qui éclaire la société. Qu’il est un égoïste qui ne pense qu’aux autres. Qu’il est la solution dans une société et non le problème. Pour cela, c’est le prince qui doit s’agenouiller devant lui et non le contraire car c’est ce dernier qui a besoin de ses conseils, son savoir et son savoir-faire pour résoudre les problèmes auxquels fait face le peuple qu’il dirige, pour promouvoir un développement durable.

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