Hommes et femmes bien connus de l’opposition camerounaise demandent au Conseil constitutionnel de constater la vacance à la présidence de la République en raison d’une absence prolongée du chef de l’Etat. Le secrétaire à la communication du parti au pouvoir rejette la thèse de la vacance et envoie tout le monde au travail.
44 jours après le départ du président Paul Biya accompagné de son épouse Chantal Biya pour un ‘’court séjour privé’’ en Europe, le débat s’intensifie sur la vacance à la tête de l’État. Il oppose des personnalités politiques appartenant à des partis d’opposition à celles du sérail. Les premières, vu le temps que met le chef de l’État hors du pays, il y a lieu de constater la vacance à la présidence. ‘’Le Conseil constitutionnel doit constater la vacance au sommet de l’État’’, a lancé récemment le député Jean-Michel Nintcheu. Sans toutefois donner par la même occasion les raisons qui fondent sa position.
Cette même semaine, une tribune du Pr jean Calvin Aba’a Oyono, universitaire et opposant au régime, relance le débat sur la question. Son analyse va plus loin que la constatation de la vacance. Elle touche aussi l’ambiguïté de la Constitution au sujet de cette vacance et du rôle du Conseil constitutionnel. Claire pour ce qui est du décès et de la démission, la loi fondamentale est muette pour ce qui est de la durée du chef de l’État à l’étranger pour déclencher le processus de vacance. Une situation qui paralyse le sommet de l’État, bloque les décrets urgents et la nomination d’un vice-président. Le juriste appelle à une réflexion sur le rôle du Conseil constitutionnel face à l’absence prolongée du président de la République.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Fort de ces sorties en série, le secrétaire à la communication du Rassemblement démocratique du peuple camerounais-Rdpc-, parti au pouvoir, rompt le silence mardi. Il est catégorique. ‘’Il n’y a aucune vacance au sommet de l’État’’. Le ministre d’État rappelle que ‘’aucune disposition légale ou règlementaire ne fixe la durée maximale du séjour présidentiel hors du Cameroun’’. Aussi, à propos de l’immobilisme au sommet de l’État, le Pr jacques Fame Ndongo affirme que ‘’le chef de l’exécutif est au travail où qu’il se trouve’’.
Par conséquent ‘’halte aux affabulations et aux gros mensonges’’, insiste-t-il. Pour lui, vacance à la présidence de la République, paralysie dans la gouvernance, il n’y a rien à voir. Il n’y a rien à entendre non plus. Il faut circuler. ‘’Que chacun se mette résolument au travail dans son domaine de compétence’’, invite le ministre de l’Enseignement supérieur.
Sa sortie en date du 21 juillet ne suffit pas pour faire taire l’opposition. Une fois publiée, elle a suscité la réaction du premier vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun. Mamadou Mota dénonce la convocation des philosophes pour ‘’camoufler un vide institutionnel criant’’. Selon l’opposant, prétendre qu’aucune disposition légale ne fixe la durée maximale d’un séjour présidentiel à l’étranger pour balayer le débat relève du sophisme pur’’.
44 jours à l’étranger pour le président n’est plus un séjour, mais ‘’un exil de fait ’’ d’après lui. Et le travail du président de la République ne peut s’exercer qu’au ‘’cœur de la nation’’ et non par ‘’télétravail clandestin’’. Pour la deuxième personnalité du MRC, le chef de l’État ne peut assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics en signant depuis Genève pour qu’on marque à Yaoundé.
Le débat se poursuit tant que le président Paul Biya est à l’étranger. Même après son retour, les zones d’ombre qui entourent l’encadrement de la durée du président à l’étranger nécessitent un éclaircissement. A l’heure des réformes institutionnelles, le législateur gagnerait à s’y pencher pour mettre définitivement in au débat.




