Des figures politiques, du monde universitaire, judiciaire, des médias, ont rendu public un document commun pour demander l’application de la Constitution camerounaise en vue d’une transition dans le respect du cadre institué.
La publication ranime le débat autour de la succession à la présidence de la République du Cameroun. Elle parait alors qu’un vent vient de souffler sur la vacance à la présidence, à l’occasion des derniers 74 jours que le président Paul Biya, âgé de 93 ans dont 43 au pouvoir, vient de passer à l’étranger. Cette fois-ci, onze personnalités intervenant dans divers domaines ayant de l’influence au plan international, s’expriment dans une tribune publiée le 06 octobre 2026. Les signataires sont Marie-Roger Biloa, Achille Mbembe, Akere Muna, Jean-Pierre Bekolo, Georges Dougueli, Mimi Mefo, Eric Chinje, Haman Mana, Michele Sonia Ndoki, Eugène Nyambal et Gilbert Oloko.
Dans leur document, ils demandent la constatation de la vacance au sommet de l’Etat. Et l’ouverture d’une transition constitutionnelle au Cameroun. Pour les signataires, il ne s’agit de pas de provoquer la démission du président en fonction. Mais d’appliquer la Constitution qui prévoit des mécanismes de succession en cas de vacance. Constitution du moins révisée en mars/ avril 2026 en créant le poste de vice-président dans une « construction juridique destinée à contourner les mécanismes constitutionnels existants ». Leur contribution vise à préparer la vacance comme une condition du plein rétablissement de l’ordre constitutionnel.
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Le constat qui se dégage dans le document est que la Constitution, avant sa révision, prévoyait un mécanisme mettant en scène l’intérim en cas de vacance. Mais cet ordre est bousculé par la création d’un vice-président, lequel vice-président sera désigné par nomination.
Les onze personnalités dans leur document, voudraient faire éviter au Cameroun, le théâtre déjà vécu ailleurs. En Algérie, Abdelaziz Bouteflika victime d’un AVC en 2013 perd ses capacités. Mais est réélu en 2014. Puis présenté en 2019 pour un cinquième mandat. Il sera contraint à la démission la même année par un mouvement populaire soutenu par l’Armée. En Tunisie, Habib Bourguiba est destitué lorsque des médecins attestent de son incapacité à pouvoir exercer ses fonctions. Au Zimbabwe en 2017, c’est Robert Mugabe qui est démis de ses fonctions par l’Armée alors qu’il est âgé de 93 ans. Plus proche du Cameroun, c’est Ali Bongo du Gabon qui, persistant à rester au pouvoir pour exercer un troisième mandat après un AVC, sera contraint à quitter le pouvoir suite à un coup d’Etat en août 2023.
La tribune liste des propositions pour une transition constitutionnelle. D’abord, elle voudrait que le président du Sénat assure l’intérim. Ensuite qu’une élection soit organisée dans les 120 jours prévus dans le cadre de cet intérim. Puis, que le processus électoral soit géré par un organe indépendant sans interférence de l’administration territoriale. D’autre points concernent le retour des exilés et la libération des prisonniers politiques ; l’application stricte du bilinguisme dans le cadre de la transition ; la neutralité de l’Armée, de la gendarmerie, de la police, de la justice. Et enfin, la création d’une commission de veille et de résolution indépendante, chargée de poser des bases d’une justice transitionnelle.
La publication pourra néanmoins recevoir des critiques en tête desquelles le fait qu’elle arrive après la récente révision de la Constitution qui institue un nouveau cadre et qui rend difficiles les changements proposés.




