Ma réponse au rapport de VIGINUM, service français rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qui met en cause ma personne et For You Média Africa.
Il est décidément difficile, pour certains cercles politiques et stratégiques français, d’accepter que l’Afrique change, que les Africains pensent par eux-mêmes, nouent de nouveaux partenariats et choisissent librement leurs interlocuteurs.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Un rapport français vient de consacrer plusieurs pages à ma personne, Serge Espoir Matomba, ainsi qu’au groupe médiatique For You Média Africa, dont je suis le promoteur. On y analyse mes engagements politiques, mes relations, mes prises de position, les partenariats de notre média et jusqu’à notre ligne éditoriale. On va même jusqu’à nous attribuer des intentions et des objectifs qui relèvent davantage de l’interprétation que de faits établis.
Je voudrais rappeler une chose fondamentale à ceux qui semblent encore avoir du mal à l’admettre : l’Afrique ne leur appartient pas !
Le Cameroun n’est pas une propriété française. L’Afrique n’est pas une zone d’influence réservée à une ancienne puissance coloniale. Les Africains sont des peuples libres, souverains et capables de décider avec qui ils souhaitent coopérer.
Nous sommes libres de travailler avec la Russie, la Chine, les États-Unis, l’Inde, la Turquie, les pays arabes, les pays européens ou toute autre nation avec laquelle nous avons des intérêts communs. Nous sommes libres de signer des accords, de développer des partenariats, de recevoir des délégations, de participer à des rencontres internationales et de diversifier nos relations. Cette liberté ne nécessite ni autorisation ni validation de Paris.
Depuis quand la France est-elle devenue l’arbitre des relations internationales des Africains ?
Depuis quand faudrait-il obtenir l’approbation de la France pour qu’un média camerounais collabore avec un média russe, chinois ou d’une autre nationalité ?
Et surtout, depuis quand le fait de donner la parole à des interlocuteurs qui ne partagent pas la vision de Paris constitue-t-il automatiquement une opération d’ingérence ?
Insulter l’intelligence africaine est certainement l’une des dernières choses qu’il faut faire.
Nous savons distinguer un partenariat d’une soumission, une coopération d’une manipulation et un échange d’une opération d’influence. Les Africains ne sont pas des enfants qu’il faudrait protéger contre leurs propres choix. Nous avons des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des chercheurs, des responsables politiques et des citoyens parfaitement capables d’analyser le monde et de se faire leur propre opinion.
À For You Média Africa, nous n’avons reçu de la France aucun mandat pour définir notre ligne éditoriale. Nous ne recevons pas nos orientations journalistiques de Paris et nous n’avons pas vocation à devenir le relais des intérêts d’une puissance étrangère, quelle qu’elle soit.
Notre ligne éditoriale ne sera pas choisie à Paris. Elle ne sera pas davantage dictée à Moscou, Washington, Pékin ou ailleurs. Elle relève de notre responsabilité éditoriale, de notre vision et de notre liberté.
Nous assumons notre engagement panafricaniste. Nous assumons notre attachement à la souveraineté des États africains. Nous assumons notre volonté de voir les Africains reprendre le contrôle de leurs ressources, de leurs économies, de leurs choix politiques, de leur sécurité et de leur destin.
Si défendre la souveraineté africaine, dénoncer les rapports de domination, questionner les accords déséquilibrés et réclamer une coopération internationale fondée sur le respect mutuel suffit à nous faire cataloguer comme des adversaires, alors le problème ne se trouve pas chez ceux qui réclament leur liberté. Il se trouve chez ceux qui refusent de voir l’Afrique s’émanciper.
Il y a également une question de cohérence et de réciprocité.
La France entretient elle-même des relations avec des médias africains, accompagne des initiatives de communication, développe des programmes de coopération et soutient différents acteurs de l’espace numérique africain. Des médias, des journalistes, des influenceurs et des blogueurs bénéficient de partenariats et de dispositifs de soutien portés par des institutions françaises.
Nous ne contestons pas, par principe, le droit de la France à défendre ses intérêts, à communiquer ou à développer des partenariats médiatiques. C’est son droit.
Mais alors, pourquoi ce qui serait légitime lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts français deviendrait-il suspect, condamnable ou assimilé à de la propagande lorsqu’un média africain noue des partenariats avec d’autres pays ?
La liberté de coopération ne peut pas être à géométrie variable. La liberté d’expression ne peut pas être réservée aux médias qui défendent les intérêts de ceux qui prétendent nous donner des leçons.
Si certains financements ou partenariats sont considérés comme légitimes, les mêmes principes de transparence, d’indépendance et de responsabilité doivent s’appliquer à tous, sans distinction de nationalité ni d’orientation géopolitique.
Nous n’avons aucune difficulté à débattre de nos partenariats, à répondre aux interrogations légitimes et à défendre nos choix. Mais nous refusons que des rapports administratifs étrangers deviennent des instruments de disqualification politique ou des tentatives d’intimidation à l’égard de citoyens africains qui expriment des convictions souverainistes.
À ceux qui pensent pouvoir nous faire taire par des étiquettes, des rapports, des classifications ou des campagnes de suspicion, je voudrais dire ceci : vous vous trompez profondément sur l’Afrique d’aujourd’hui.
Vous ne choisirez pas les invités de nos plateaux. Vous ne déciderez pas des sujets que nous devons traiter. Vous ne fixerez pas les limites de nos débats. Vous ne choisirez pas les partenaires avec lesquels nos médias doivent travailler. Et vous ne déciderez certainement pas de ce que les Africains ont le droit de penser.
La France ferait d’ailleurs mieux de consacrer davantage d’énergie à ses propres défis politiques, économiques et sociaux, ainsi qu’à la redéfinition de ses relations avec le continent africain. L’époque où l’on pouvait considérer les choix africains comme une simple variable de la politique étrangère française doit définitivement appartenir au passé.
Nous ne demandons à personne de penser comme nous. Nous ne demandons à aucune puissance de renoncer à ses intérêts. Nous demandons simplement que l’on reconnaisse aux Africains le même droit à la liberté, à la dignité, au choix et à la souveraineté que celui que chaque nation revendique pour elle-même.
L’émancipation africaine est en marche. Elle est irréversible.
Nous continuerons à parler. Nous continuerons à informer. Nous continuerons à questionner les rapports de domination. Nous continuerons à défendre nos convictions, à construire des partenariats et à porter notre vision d’une Afrique libre et souveraine.
Ni les pressions, ni les intimidations, ni les tentatives de disqualification ne feront reculer notre engagement.
Nous ne nous battons pas contre le peuple français. Nous n’avons aucune hostilité envers les citoyens français avec lesquels nous souhaitons entretenir des relations de respect et de coopération. Nous nous opposons à toute forme de paternalisme, de domination et d’ingérence dans les choix souverains des peuples africains.
L’Afrique n’est pas à prendre. L’Afrique n’est pas à surveiller. L’Afrique n’est pas à commander. L’Afrique est à respecter.
Et nous réussirons notre émancipation, parce que la souveraineté n’est pas une faveur que l’on nous accorde : c’est un droit que nous entendons exercer pleinement.
Serge Espoir Matomba



