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Crise du cacao : transformer pour survivre

Après une envolée historique suivie d’un effondrement brutal des prix, la filière cacao se retrouve à la croisée des chemins.…

Après une envolée historique suivie d’un effondrement brutal des prix, la filière cacao se retrouve à la croisée des chemins. Pour Lisette Claudia Tame Njambe, dirigeante industrielle, la réponse ne peut plus être conjoncturelle : elle doit être structurelle, ancrée dans la transformation locale et une meilleure redistribution de la valeur.

Par-delà les cycles bien connus des matières premières, la récente crise du cacao illustre une réalité implacable : sans maîtrise de la chaîne de valeur, les économies productrices restent exposées à des chocs qu’elles ne contrôlent pas. En l’espace de quelques mois, le prix du kilogramme de fèves est passé de 4 800 à 800 FCFA, effaçant brutalement l’embellie qui avait nourri l’espoir de milliers de producteurs.
Ce retournement n’a rien d’une surprise. « La hausse historique des prix se fondait sur des causes connues, notamment la baisse de la production en Afrique de l’Ouest », rappelle Lisette Claudia Tame Njambe, CEO d’Africa Processing Company SA, citée dans son intervention lors de l’inauguration de son unité industrielle à Mbankomo. Une tension sur l’offre qui, une fois résorbée, ne pouvait que ramener les cours à des niveaux plus bas.
Mais derrière cette volatilité, c’est toute la fragilité du modèle économique de la filière qui apparaît au grand jour. Les producteurs, premiers maillons de la chaîne, en demeurent aussi les plus vulnérables.

Dans ce contexte, une première piste de réforme concerne la politique fiscale. L’augmentation récente de certaines taxes à l’exportation droits de douane ou prélèvements sectoriels risque, selon les industriels, d’accentuer la pression sur les producteurs.
« Si rien n’est fait, ce sont nos cacaoculteurs qui paieront la note, avec à la clé une production en baisse », alerte Lisette Claudia Tame Njambe. Une dynamique qui pourrait, à terme, fragiliser encore davantage la position des pays producteurs sur le marché international.
L’enjeu est clair : préserver la compétitivité de l’origine tout en évitant d’éroder les revenus agricoles.
Imposer un prix plancher aux industriels
Autre levier, plus structurant encore : la redistribution de la valeur au sein de la filière. Alors que les industries de transformation absorbent une part croissante de la production nationale, la question du prix payé aux planteurs reste centrale.
Pour la dirigeante, il est impératif que ces acteurs capables de broyer jusqu’à 80 % du volume national consentent à un prix minimum garantissant une rémunération décente. « Les planteurs restent les parents pauvres de la filière », insiste-t-elle.
Si certaines entreprises, à l’instar d’Africa Processing Company, revendiquent déjà des pratiques d’achat plus favorables, leur poids demeure encore insuffisant pour infléchir l’ensemble du marché. D’où l’appel à une intervention plus affirmée des pouvoirs publics.

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Au cœur de la réflexion se trouve toutefois une conviction forte : la transformation locale constitue la véritable clé de sortie de crise.
Exporter des fèves brutes, c’est renoncer à l’essentiel de la valeur ajoutée. À l’inverse, développer des unités de transformation même à petite échelle permettrait de stabiliser les revenus et de mieux amortir les fluctuations des cours internationaux.
« Il ne doit plus être systématiquement question de vendre les fèves brutes », plaide Lisette Claudia Tame Njambe. Elle propose la mise en place d’unités accessibles aux coopératives et aux producteurs, capables de produire des dérivés semi-finis destinés ensuite aux industriels.
Une approche qui, au-delà de la seule filière cacao, renvoie à un défi plus large : celui de l’industrialisation des économies africaines.
Une crise révélatrice d’un choix stratégique
La crise actuelle agit ainsi comme un révélateur. Elle met en lumière les limites d’un modèle extraverti, dépendant des marchés internationaux et peu créateur de valeur locale.
« L’industrie reste la clé. Et c’est à chaque pays de penser son modèle industriel », conclut la dirigeante.
Au moment où les cours se replient, l’urgence n’est plus seulement de soutenir les prix, mais de repenser en profondeur la structure même de la filière. Car, dans l’économie du cacao comme ailleurs, la richesse ne se décrète pas : elle se transforme.

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