Le souverain pontife Léon XIV arrive dans les prochains jours (du 15 au 18 avril) au Cameroun sous invitation du gouvernement camerounais. Du coup certains compatriotes s’en réjouissent et attendent de la visite du Pape un espoir et un moyen de délivrance de notre pays soumis aux conflits à l’intérieur du territoire, aux crises, aux tensions sociales, aux assassinats (des femmes et des enfants surtout), aux viols, à la délinquance juvénile, à la corruption et la mal gouvernance et bien d’autres maux qui minent le Cameroun. Ils espèrent que les prières que le Pape élèvera en terre camerounaise contribueront à sauver notre pays de tous ces maux. Certains vont même jusqu’à penser que la visite prochaine du Pape s’inscrit dans le sens d’une délivrance politique exprimée à travers la mise à l’écart des dirigeants de notre pays ou leur rappel à l’ordre dans la mal gouvernance du pays.
D’abord, il faut rappeler à ces compatriotes qui font de la visite du Pape un signe d’espoir et de délivrance que la visite de ce dernier en Allemagne par exemple, ne saurait être perçue de la même manière. Elle ne saurait susciter un grand engouement comme c’est le cas chez nous. Pourquoi ? Parce que depuis la Renaissance – mettant fin à l’ère chrétienne du Moyen-âge – l’Allemagne et l’Occident en général ont replacé l’homme au centre de ses préoccupations comme ce fut le cas dans la Grèce Antique. C’est à l’homme de trouver les solutions aux problèmes qu’il rencontre et non à Dieu qu’il ne voit pas. Avec l’avènement de la société de consommation et la montée en puissance du nouveau dieu sur terre « l’argent », l’homme plus que jamais travaille pour vivre. L’homme est donc au centre de l’amélioration de ses conditions de vie et du progrès humain. C’est d’ailleurs ce qui justifie les inventions et les découvertes qui se multiplient depuis les temps modernes. En Occident, on n’attend donc pas du Pape qu’il vienne résoudre les problèmes qu’on rencontre dans la société ou qu’il vienne procéder à la rotation ou circulation des élites.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Ensuite, il faut dire que la visite du Pape au Cameroun s’inscrit dans le cadre de la coopération bilatérale qui lie notre pays au Vatican. C’est une coopération qui se perçoit par les représentations diplomatiques dans les deux États. Il y a un ambassadeur du Cameroun au Vatican et un nonce apostolique du Saint Siège au Cameroun. Nous sommes donc là dans le cadre de la diplomatie et des relations internationales qui ont des codes, un langage, des canaux et des modes opératoires. Dans les relations qui lient l’État Cameroun à l’État du Vatican, le Pape a toujours effectué les visites au Cameroun et le Président Biya au Vatican. Dans le cadre de cette coopération bilatérale donc, les deux États n’ont que les intérêts à défendre comme le dit un principe phare des relations internationales.
Enfin, il faut que les Camerounais qui espèrent que la venue du Pape dans notre pays sera une délivrance sache qu’il ne faut pas se leurrer. Personne ne viendra sauver le Cameroun que les Camerounais eux-mêmes. Personne ne viendra construire le Cameroun que les Camerounais eux-mêmes. Personne ne viendra délivrer le Cameroun des guerres, des crises, des tensions sociales, des crimes, des assassinats, des viols, de la délinquance juvénile et de la mal gouvernance que les Camerounais eux-mêmes en plaçant à la tête de leur pays des véritables dirigeants. Martin Luther King disait : « aucune nation ne naît grande ; les grandes nations sont l’œuvre de leurs citoyens ». C’est donc à nous les Camerounais de construire ce pays.
Bref, il ne faut rien attendre de la visite prochaine du Pape au Cameroun. Elle ne mettra fin à aucun des problèmes ci-dessus cités. Sa visite s’inscrit dans l’ordre normal de coopération bilatérale qui lie deux États. Il faut que nous sachions faire la part de choses et choisir ce que nous voulons réellement pour notre pays. Dieu a sa place dans la vie d’une nation parce que comme je le dis souvent : « si Dieu n’existait pas il aurait fallu que nous le créions ». Mais il ne saurait être le constructeur de la société ou celui qui viendra nous délivrer de la domination coloniale et néo-coloniale. Les Chinois l’ont compris et beaucoup d’autres pays commencent également à le comprendre. Il faut sortir de la léthargie. Il faut cesser de croire au miracle et penser notre société pour panser les maux dont elle souffre.
Séverin Hyacinthe BATSOK, enseignant chercheur




