Faudrait mieux parler de l’esclavage que du travail dans le Cameroun de Paul Biya. Que d’abus de la part des employeurs. Des salaires impayés (5,8,10 mois de salaires impayés), des licenciements abusifs, voilà les calvaires que traversent grand nombre de travailleurs du secteur privé dans notre pays. Tu pars au travail à 7h00 pour terminer à 21h00, de lundi à samedi, pour un salaire misérable. Un travail sans vacances, ni permission ; et lorsque celle-ci est accordée, votre salaire est coupée en nombre de jours d’absence ne correspondant pas à ce que vous aurez perçu si vous étiez présents.
Face à un État qui ne protège pas, les travailleurs ne peuvent que vivre de tels abus. Face à un État complice, les travailleurs sont abandonnés à eux-mêmes. La corruption a détourné l’État de sa fonction de protéger les employés dans les entreprises. Il y a un code de travail que beaucoup de structures ne respectent pas. Ce non respect du code de travail est profitable aux inspecteurs de travail qui prennent des « gombo » auprès des employeurs véreux chez qui ils sont plus connus que chez les employés. Or ces inspecteurs doivent être présents auprès des employés pour connaître des conditions de leur travail, pour se rassurer du respect du code du travail par les employeurs. Ils s’en foutent des abus dont sont victimes les employés, les mauvaises conditions dans lesquelles ils travaillent.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Le ministère de travail, qu’est-ce qu’il fait ? Rien du tout. Ce ministère n’est connu des Camerounais qu’en ce jour. Ce jour où au lieu d’évoquer les problèmes de l’emploi comme ça se fait dans les pays sérieux, on nous parle de la fête du travail. À se demander ce qu’on fête, le travail ou l’esclavage ? Les syndicats, que font-ils ? En dehors de quelques-uns qui se battent là face à la dictature des dirigeants, grand nombre (les leaders surtout) sont complices de la misère des travailleurs, complices également du passage de « journée internationale du travail » à « fête du travail ».
Que dire des compatriotes qui tiennent des petites structures ou qui font dans les petits métiers. Faut-il qu’on évoque leur misère face aux agents de l’État véreux ? Faut-il qu’on évoque les tracasseries dont ils sont régulièrement victimes ? Impôt par-ci, taxe par-là, toujours pour le call-box ou le salon de coiffure ? Or entre temps on n’arrive pas à travailler à cause des coupures d’électricité à répétition.
Entre temps dans le secteur public et parapublic, on a des personnes qui bénéficient des salaires sans travailler, des individus qui ont deux, trois, quatre, dix emplois tous très bien rémunérés, des emplois fictifs. Parfois il s’agit des gens qui n’ont pour travail quotidien que le jeu de cartes dans les ordinateurs de bureau, des individus médiocres, incompétents et avec les faux diplômes qui se retrouvent être des fonctionnaires au détriment des compétents. Comment ils y arrivent, par le biais du népotisme ou du favoritisme. À se dire qu’il y a une structure de l’État pour lutter contre ce banditisme appelé le SIGIPES, une autre structure budgétivore.
Bref, le travail dans notre pays est un véritable calvaire. Il ne nous éloigne aucunement du vice, de l’ennui et du besoin. Au moins ceux qui en ont malgré les tares que je viens d’évoquer. Que dire de l’essentiel des jeunes qui sont au chômage et dans l’oisiveté ?
Séverin Hyacinthe BATSOK, enseignant chercheur



