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Décentralisation sous perfusion : l’autonomie locale, une illusion entretenue

Derrière les discours officiels, la fiscalité locale défaillante vide la décentralisation de sa substance au Cameroun. Privées de ressources réelles,…

Derrière les discours officiels, la fiscalité locale défaillante vide la décentralisation de sa substance au Cameroun. Privées de ressources réelles, les CTD restent dépendantes d’un État central omniprésent.

La décentralisation camerounaise serait-elle un trompe-l’œil ? Sur le papier, les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) disposent de compétences élargies et d’une autonomie proclamée. Dans la pratique, cette autonomie se heurte à un verrou majeur : l’ineffectivité persistante de la loi sur la fiscalité locale. « On passe du registre du pouvoir à celui de l’avoir », tranche Peggy Kuate Todom, Docteur PHD en sciences politiques à l’Université de Dschang mettant en lumière un déséquilibre profond entre compétences transférées et moyens réellement disponibles.
Car sans ressources suffisantes, l’autonomie financière reste un slogan. Les recettes locales, faibles et peu sécurisées, ne permettent ni planification fiable ni investissements durables. En 2025, de nombreuses CTD ont été contraintes d’abandonner leurs projets financés sur fonds propres, faute de trésorerie. Elles se sont repliées sur les crédits du Budget d’Investissement Public, dont l’usage est strictement orienté. « Les ressources financières sont le moteur de l’investissement », rappelle l’auteure. Encore faut-il qu’elles existent.
Ce déficit structurel entretient une dépendance chronique vis-à-vis de l’État central, en contradiction avec l’esprit même de la décentralisation. Le modèle participatif, fondé sur une approche bottom-up, peine à s’imposer face à une gouvernance toujours descendante. Les collectivités locales, censées être des moteurs de développement, se retrouvent cantonnées à un rôle d’exécutants.
À cette contrainte s’ajoute une gestion financière fragilisée, où la rareté des ressources accentue les arbitrages et les renoncements. Des projets pourtant validés dans les plans d’investissement annuels restent inexécutés. « À quoi servirait-il d’avoir des compétences financières importantes si les collectivités locales n’ont accès qu’à des ressources virtuelles ? », interroge encore Peggy Kuate Todom.
Au fond, la crise dépasse la seule question budgétaire. Elle touche à la crédibilité même de la réforme territoriale. Tant que la fiscalité locale ne sera pas pleinement opérationnelle, la décentralisation restera inachevée, et les CTD, des acteurs sous tutelle, loin de répondre aux attentes pressantes des populations.

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