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Centres fantômes et comptes vides : la fiscalité locale au bord de la faillite institutionnelle

Entre centres de fiscalité inexistants et fonds introuvables, la réforme fiscale locale révèle une crise profonde de gouvernance qui menace…

Entre centres de fiscalité inexistants et fonds introuvables, la réforme fiscale locale révèle une crise profonde de gouvernance qui menace directement le fonctionnement des collectivités.

L’illusion d’une fiscalité locale modernisée se fissure à mesure que l’on confronte les textes à la réalité des Collectivités Territoriales Décentralisées, analyse Peggy Kuate Todom, Docteur PHD en sciences politiques à l’Université de Dschang dans la Revue africaine des Sciences juridiques, administratives et Politiques.
Présentés comme la clé de voûte de la réforme de 2024, les Centres de Fiscalité Locale et des Particuliers (CFLP) devaient incarner l’efficacité et la proximité. Un an plus tard, ils symbolisent surtout une promesse creuse, presque cynique.
Créés par arrêté ministériel en mars 2025, ces centres étaient censés structurer le recouvrement fiscal au niveau local. Sur le terrain, le constat est accablant : structures inexistantes, bureaux vides, personnel absent, équipements introuvables. La réforme, vendue comme un tournant historique, se heurte à une inertie administrative devenue chronique. « Comment parler d’autonomie financière quand les structures censées la garantir ne fonctionnent pas ? », interroge l’auteure, pointant une contradiction flagrante entre ambition affichée et réalité observable.
Les contribuables, eux, paient le prix de cette désorganisation. Livrés à des plateformes numériques mal expliquées et rarement accessibles, ils naviguent à vue. Les campagnes de sensibilisation promises n’ont jamais vu le jour, creusant un fossé inquiétant entre administration et citoyens. L’impôt devient alors non pas un devoir partagé, mais une épreuve opaque, parfois arbitraire.
Mais le cœur du scandale réside ailleurs : dans l’opacité des circuits financiers. La réforme prévoyait l’ouverture de comptes dédiés à la CAMPOST pour sécuriser les recettes locales. Après un dépôt initial symbolique, plus rien. Les virements attendus n’ont pas suivi. Les fonds collectés semblent se volatiliser dans les méandres du Trésor, privant les communes de ressources vitales.
Conséquence immédiate : des collectivités asphyxiées, incapables d’assurer leurs charges les plus élémentaires. Salaires, entretien, services de base tout vacille. « L’ineffectivité de la loi se traduit par une chute brutale des recettes locales », constate Peggy KUATE TODOM. Une chute qui n’a rien d’abstrait : elle se traduit en services publics dégradés et en projets abandonnés.
Derrière ce fiasco, une question s’impose : à qui profite cette confusion ? Car loin de simplifier, la réforme semble avoir épaissi le brouillard administratif. Une couche supplémentaire de complexité, propice à toutes les dérives, et surtout à l’irresponsabilité.
À ce rythme, la fiscalité locale camerounaise ne sera pas un modèle de décentralisation réussie, mais bien « un cas d’école d’échec institutionnel ». Et dans cet échec, ce sont les citoyens qui, une fois de plus, paient l’addition.

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