Attaques terroristes, criminalités en zones urbaines, cybercriminalité, tribalisme et autres menacent fragilisent la paix jadis vantée au Cameroun. Malgré la riposte organisée sur tous les fronts, le danger persiste.
Le Cameroun traverse en ce mois de septembre 2026 l’une de ses périodes les plus sombres sur le plan sécuritaire. De l’Extrême-Nord aux régions anglophones, en passant par l’Ouest et les grandes métropoles, le pays fait face à une fragmentation de la menace. A la guerre asymétrique s’ajoute désormais une insécurité urbaine, une cybercriminalité galopante, ainsi qu’une tendance au repli identitaire.
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Extrême-Nord : le retour en force de Boko Haram
Le village de Madegoua, à 9 km de Makary dans le Logone-et-Chari, s’est réveillé dans l’horreur le 17 septembre 2026. Vers 2 heures du matin, des assaillants présentés comme des éléments de l’Etat Islamique en Afrique de l’Ouest –Iswap-, ont fait irruption alors que les habitants dormaient. Bilan : 13 personnes tuées sur place, 2 décédées à l’hôpital de Makary, plusieurs enlevées et des blessés évacués. Le maire de Makary, Abakar Abba, parle d’une première pour ce village : « La population est plongée dans la peur et la désolation ».
Selon des sources municipales, il pourrait s’agir de représailles après la saisie il y a quelques mois d’un important stock de munitions destiné aux djihadistes. Cette attaque d’envergure attribuée à l’Iswap marque le prolongement de la crise sécuritaire qui dure plus d’une décennie déjà et indique l’intervention d’un groupe armé autre que Boko Haram. Face à la menace, des habitants de certaines localités quittent leurs villages.
Nord-Ouest et Sud-Ouest : la rentrée scolaire sous tensions
La crise anglophone, qui a déjà fait plus de 6000 morts depuis 2016 selon l’ONU, connaît une rentrée 2026-2027 sanglante. A Bamenda le 14 septembre 2026, trois personnes ont été tuées et plusieurs blessées lors d’une fusillade dans un établissement de loisirs, le snack-bar Asanji Plaza au carrefour Mile 4 Nkwen. Des assaillants armés à moto ont ouvert le feu sur les clients. L’attaque survient en pleine deuxième semaine consécutive de « lockdown » – ville morte – imposée de force par des factions séparatistes pour paralyser la rentrée scolaire.
A Wum, le 8 septembre, un commissaire de police a été tué et cinq enseignants kidnappés à l’ENIEG de Wum dans la région du Nord-Ouest. Les cinq enseignants ont été libérés 48h plus tard.
La contagion à l’Ouest
La violence anglophone déborde. Le week-end du 13-14 septembre, à Ngwenfon à Bangourain dans le Noun, région de l’Ouest, sept membres d’une même famille ont été kidnappés par des personnes reconnues comme des assaillants ambazoniens. C’est une première extension notable qui fait craindre un élargissement géographique du conflit qui oppose les forces de défense et de sécurité aux combattants séparatistes.
Yaoundé, Douala et autres villes : l’insécurité du quotidien
Dans des villes, ce n’est plus seulement le grand banditisme. Début septembre, les autorités ont annoncé avoir secouru à Yaoundé un groupe de près de 20 enfants, dont le plus jeune avait 18 mois. Ils auraient été retenus captifs dans une résidence suite à un signalement anonyme. Trois personnes ont été arrêtées. A Douala et dans d’autres villes, les agressions à domicile avec armes, les enlèvements de bébés deviennent récurrents. Aussi, la montée du phénomène de féminicides et d’abus sur les enfants s’ajoute aux cas habituels d’insécurité.
Symbole de la tension : le 16 septembre, un officier du BIR de 29 ans, Ntsama Biting Benoît, a été arrêté à l’intérieur même du Palais de l’Unité à Yaoundé après avoir déclaré être venu « prendre le pouvoir », avec du cannabis sur lui. Les enquêteurs privilégient la thèse d’un acte isolé lié à une détresse psychologique.
Le front invisible : la cybercriminalité
C’est le nouveau champ de bataille. Dans son African Cyberthreat Assessment Report 2026 publié en août, Interpol cite le Cameroun parmi les pays vulnérables aux fraudes liées aux applications de crédit mobile, au phishing, aux arnaques sentimentales et aux fraudes BEC (Business Email Compromise).
Les modes opératoires se multiplient : piratage de comptes WhatsApp de commerçantes à Douala pour extorquer plus de 5 millions FCFA à leurs clients, vol de téléphones suivi de vidage de comptes Mobile Money en devinant les codes via les dates de naissance, faux opérateurs télécoms non agréés que le régulateur (TRB) tente de lister dans son annuaire 2026 dont la collecte s’achève le 30 septembre.
En mars, la plateforme camerounaise Loozap a vu 34 000 comptes utilisateurs divulgués avec mots de passe et données personnelles.
Une paix en miettes ?
Ce qui frappe, ce n’est plus une crise, mais quatre crises simultanées : une menace terroriste persistante à l’Extrême-Nord qui profite de la précarité agro-pastorale. Une guerre civile larvée au Nord-Ouest/Sud-Ouest qui sacrifie l’école avec plus de 223 000 enfants hors école et qui s’exporte à l’Ouest. Une criminalité urbaine qui touche les plus vulnérables. Une cyber-insécurité qui sape la confiance dans l’économie numérique.
Le dénominateur commun est l’impunité et la précarité. Tant que la réponse restera uniquement sécuritaire, sans réforme politique du code électoral, sans dialogue inclusif dans les régions anglophones et sans éducation numérique, le Cameroun risque de vivre avec une paix à géométrie variable. A l’occasion de la journée internationale de la paix célébrée ce 21 septembre sous le thème ‘’Investir dans la paix : pour tous, partout, chaque jour’’, le défi n’est plus de gagner une guerre. Mais celui d’éviter que le pays ne s’habitue à vivre avec au moins quatre guerres à la fois.



