L’obtention du récépissé N°000332 pour la convention du 17 octobre n’est pas une simple formalité administrative. C’est la première victoire politique de l’après-Kamto, et elle dit beaucoup sur la stratégie de survie du MRC.
Pendant 10 mois, le MRC vivait dans une fiction juridique. Le ministre de l’Administration territoriale -Minat, le 19 août dernier, avait été clair. Il ne reconnaît plus rien depuis la 3ème convention ordinaire des 9 et 10 décembre 2023. Tout ce qui a été fait après – y compris la visioconférence du 21 décembre 2025 qui avait reconduit Maurice Kamto – est frappé de nullité à ses yeux. Par conséquent, le parti était comme sans direction légalement reconnue, puis décapité par deux démissions coup sur coup, celle du président Maurice Kamto et celle de son numéro 1 historique Mamadou Mota. Dans ce vide, qui pouvait parler au nom du MRC ? Le Minat a répondu indirectement ce 28 septembre : il faut choisir la personne. Mais avant, la démarche suivie pour obtenir le récépissé n’est pas anodine.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Le choix de l’homme qui dépose la demande est un message juridique
Ce n’est pas Tiriane Balbine Noah la présidente par intérim qui dépose. C’est Justin Roger Noah, Secrétaire Général Adjoint n°1. Il est issu de la dernière direction reconnue par le Minat, celle de décembre 2023. En acceptant son dossier, le sous-préfet de Yaoundé IV, et à travers lui le Minat qui publie le récépissé sur sa page, reconnaît de facto qu’il est un interlocuteur légitime.
C’est une rupture avec novembre 2025, où ce même arrondissement avait interdit la convention de Kamto. Cette fois, l’administration dit oui. Cela signifie qu’elle considère que la démarche de l’équipe intérimaire rentre dans la légalité de 2023, pas dans l’illégalité de 2025.
Pour Tiriane Noah, présidente par intérim, c’est une légitimation par procuration. Elle ne pouvait pas déposer elle-même sans que le Minat ne conteste sa qualité. Elle passe par le SGA1, qui lui, est inattaquable sur le plan administratif.
Fin de la stratégie de la chaise vide
Après les démissions, deux options s’offraient au MRC. La première était le pourrissement. Rester dans la contestation de la décision du 19 août, crier à l’acharnement, et ne pas tenir de convention. La deuxième était le réalisme. Revenir à la case départ légale de 2023, et refaire tout le processus dans les règles exigées par le Minat pour exister à nouveau.
Tiriane Noah et ceux qui l’entourent ont choisi l’option 2. Sa tournée à Ngaoundéré et Garoua ce week-end, l’installation d’un bureau régional, la présentation d’une liste pour le 17 octobre, et maintenant ce récépissé, sont les étapes d’une même stratégie qui vise à reconstruire la légalité par le bas.
Le soutien de Mamadou Mota, devenu coordonnateur de sa campagne, est essentiel dans ce schéma. Mota était l’autre démissionnaire. En revenant comme parrain, il colmate la fracture morale laissée par les départs et évite que le MRC ne soit perçu comme un parti abandonné par ses chefs.
Le vrai test de la convention du 17 octobre
Avoir ‘’l’autorisation’’ de tenir la convention est une chose. Faire reconnaître son procès-verbal par le Minat en est une autre. C’est là que tout s’est bloqué en décembre 2025. Le parti avait tenu sa convention malgré l’interdiction, et le Minat avait refusé de reconnaître les résolutions. Cette fois, si la convention du 17 octobre se tient à Odza, sans incident, et que le procès-verbal est déposé avec deux listes concurrentes annoncées, Tiriane Balbine Noah et Pierre Emmanuel Binyam, le Minat sera obligé de se prononcer. S’il reconnaît le PV, le MRC renaît légalement et pourra investir des candidats pour les législatives et municipales de 2027.
S’il refuse à nouveau, le parti retombera dans le vide juridique, mais cette fois, il ne pourra plus accuser l’administration de l’avoir empêché de se réunir. Le récépissé du 28 septembre n’est pas la fin de la crise du MRC. C’est la fin de l’excuse administrative. Après Kamto et Mota, Tiriane Noah a obtenu le droit de jouer. Maintenant, elle doit gagner le match du 17 octobre. La seule menace qui plane encore sur cette convention, est une éventuelle décision judiciaire découlant d’une saisine de l’un des anciens membres exclus, en particulier Thierry Okala Ebode et Willy Mengue.




