À quelques heures de la visite de Pape Léon XIV,des organisations de la société civile camerounaise brise le silence et exige la libération immédiate des détenus politiques. Entre répression post-électorale et dérive autoritaire, Yaoundé est sommé de répondre.
Le souverain pontife va fouler le sol Camerounais dans quelques heures. Le vernis diplomatique craque. Derrière les préparatifs officiels, une autre réalité s’impose : celle d’un pays où contester peut conduire en prison, parfois pour des années, souvent dans l’ombre.
Depuis la présidentielle d’octobre 2025, la répression s’est intensifiée à un niveau inédit. Arrestations massives, détentions arbitraires, recours systématique aux tribunaux militaires pour juger des civils : Des organisations de la société civile dénoncent une mécanique bien huilée visant à étouffer toute voix dissidente. Une simple revendication électorale s’est muée en crise profonde de l’État de droit.
Ce scénario n’est pas nouveau. Déjà après le scrutin de 2018, plusieurs figures de l’opposition, dont Maurice Kamto, avaient été arrêtées. Aujourd’hui encore, des cadres de son mouvement croupissent en prison, à l’instar de Olivier Bibou Nissack ou Alain Fogue Tedom, condamnés à de lourdes peines. À leurs côtés, des milliers d’anonymes, souvent jeunes, interpellés sans mandat, parfois au seul motif de leur origine.
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Les chiffres donnent le vertige : plus de 3 000 arrestations recensées depuis 2018, des milliers de détenus encore sans jugement, des dizaines de morts en détention. Tortures alléguées, extorsions, privations de droits élémentaires le tableau dressé par les ONG est accablant.
Plus inquiétant encore, le recours à la loi antiterroriste pour criminaliser des comportements politiques ordinaires. Porter un t-shirt, scander un slogan, participer à un rassemblement : autant d’actes susceptibles de conduire devant un tribunal militaire. Une dérive dénoncée comme une violation flagrante des normes internationales.
Dans ce contexte, la visite de Pape Léon XIV prend une dimension hautement symbolique. Figure d’un catholicisme engagé, le pontife est interpellé comme une autorité morale capable de peser là où les voix locales peinent à se faire entendre. La société civile lui demande explicitement d’intercéder auprès du président Paul Biya pour obtenir la libération des prisonniers politiques.
Au-delà des frontières camerounaises, c’est la crédibilité même des principes démocratiques qui est en jeu. Car aucune stabilité durable ne peut naître de la peur. À Yaoundé, le choix est désormais clair : libérer pour apaiser, ou persister au risque de fracturer durablement la nation.




