À mi-parcours de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), le Cameroun dresse un bilan contrasté. Dans un contexte international et sécuritaire particulièrement contraint, le pays a maintenu les grands équilibres macroéconomiques et engagé des réformes structurantes. Toutefois, la croissance reste inférieure aux cibles, la pauvreté recule peu et plusieurs indicateurs sectoriels accusent des retards.
Adoptée en 2020, la SND30 constitue la feuille de route de la seconde phase de transformation vers un Cameroun émergent, démocratique et uni dans sa diversité.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Une démarche participative associant administrations, parlementaires, collectivités territoriales décentralisées (CTD), secteur privé et société civile, s’appuie également sur les travaux du Comité National de Suivi-Évaluation (CNSE) et une collaboration avec la Banque mondiale dans le cadre du Country Economic Memorandum.
La mise en œuvre de la SND30 a été fortement perturbée par la pandémie de COVID-19, les effets de la crise russo-ukrainienne et les tensions géopolitiques récentes. À ces chocs externes se sont ajoutés des défis sécuritaires internes dans l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Sur le plan macroéconomique, la croissance est restée positive entre 2020 et 2025 (de 0,3 % à 3,8 %), mais nettement en dessous de la cible de 8,5 % attendue en 2025. Le déficit budgétaire a néanmoins été contenu à -1,4 % du PIB, proche de l’objectif, traduisant un effort de discipline budgétaire. Le déficit courant, après un pic à -5,2 % du PIB en 2023, s’est résorbé à -2,8 % en 2025. En revanche, le crédit à l’économie (17,5 % du PIB) demeure inférieur aux prévisions, limitant le dynamisme du secteur privé.
Pauvreté et inégalités : des avancées insuffisantes
L’objectif de réduction du taux de pauvreté à 25 % en 2030 apparaît ambitieux au regard des données de l’ECAM5 publiées en 2024 : en 2022, 37,7 % de la population, soit environ 10,1 millions de personnes, vivaient sous le seuil de pauvreté. La pauvreté reste majoritairement rurale (56,3 %), mais progresse en milieu urbain. Les inégalités demeurent élevées, avec un indice de Gini de 0,4 en 2022 (cible : 0,34 en 2030). Les disparités régionales persistent, notamment dans l’Extrême-Nord, le Nord et le Nord-Ouest.
Malgré ces difficultés, l’État a maintenu des mesures de soutien : subventions des carburants, revalorisation salariale, relèvement du SMIG et programmes de transferts sociaux et de reconstruction.
Pilier 1 : une transformation structurelle encore inachevée
Dans le secteur rural, la croissance du primaire est restée modérée (3,6 % en 2025 contre 7,6 % visés). La productivité stagne et la part du primaire dans les exportations recule. La baisse des exportations de grumes, en anticipation de leur arrêt en 2027, favorise toutefois la montée en puissance des bois transformés.
Les industries manufacturières peinent à décoller : leur part dans le PIB reste inférieure à 14 %, loin des 19,9 % escomptés. De même, leur contribution aux exportations n’a pas atteint les 30 % prévus.
Dans les infrastructures, les progrès sont réels mais insuffisants : 9,5 % du réseau routier est bitumé (cible : 12 %), le taux d’accès à l’électricité atteint 77,8 % (cible : 95 %) et la capacité installée s’élève à 2 280 MW (objectif : 3 500 MW). L’enjeu porte désormais autant sur l’extension que sur l’entretien et l’optimisation des infrastructures existantes.
Pilier 2 : capital humain, des résultats contrastés
L’éducation primaire enregistre des avancées notables, avec un taux d’achèvement estimé à 83,8 % en 2025, conforme aux prévisions. En revanche, le secondaire accuse un retard important, tant en matière de scolarisation que d’achèvement.
En santé, les indicateurs de mortalité maternelle et infantile s’améliorent au-delà des attentes. Cependant, la prévalence du paludisme (19,2 %) et le retard de croissance (25 %) dépassent les cibles. La densité médicale (1,68 médecin pour 10 000 habitants) et la part budgétaire allouée à la santé (5,5 %) restent inférieures aux objectifs et aux standards internationaux.
En matière de protection sociale, l’accès à l’eau potable progresse, mais la couverture sociale stagne autour de 23 %, loin de la trajectoire prévue.
Pilier 3 : emploi, une amélioration fragile
Le sous-emploi global recule légèrement, mais le chômage élargi augmente, atteignant 9,8 % en 2025. Le chômage des diplômés du supérieur progresse également (21,6 %), traduisant une inadéquation persistante entre formation et marché du travail.
Pilier 4 : gouvernance, des avancées et des fragilités
La décentralisation connaît une accélération notable : la part du budget transférée aux CTD dépasse le seuil critique de 15 %. Toutefois, des fragilités subsistent : faible taux d’exécution des décisions de justice (40,8 %), surpopulation carcérale (184,4 %), baisse de la part du Budget d’Investissement Public et contre-performances de certaines entreprises publiques.
La perception de la corruption reste élevée et la notation souveraine maintient le pays en catégorie spéculative, soulignant une vulnérabilité à la conjoncture internationale.
Accélérer pour préserver l’ambition d’émergence
Le retard moyen de croissance environ trois points par an constitue un risque pour l’atteinte de l’émergence. Toutefois, des marges de rattrapage existent : montée en puissance de projets industriels et miniers, renforcement de l’attractivité, amélioration de la compétitivité et mise en œuvre cohérente des réformes.
L’évaluation recommande notamment : la poursuite de la discipline budgétaire et de la réforme des finances publiques ; la viabilisation des entreprises publiques ; l’accélération de l’import-substitution agropastorale ; l’aménagement de zones industrielles stratégiques ; la réhabilitation des infrastructures énergétiques ; l’entretien prioritaire des corridors routiers ; l’élargissement de la couverture santé universelle ; la pérennisation des transferts sociaux ; et le renforcement des formations techniques et scientifiques.
À mi-parcours, la SND30 demeure un cadre pertinent. Sa réussite dépendra désormais d’une mise en œuvre plus efficace, mieux coordonnée et orientée vers des résultats tangibles pour la croissance inclusive et la transformation structurelle du Cameroun.



