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Les données proviennent du premier volume de la série de communications du Pr. Viviane Ondoua Biwole publié ce 23 juin 2026 et accessible sur la toile. La spécialiste du management public et de la gouvernance fait le point sur le dépassement des mandats légaux dans les entités publiques, en tire les conséquences, et formule des recommandations.

 

L’illégalité est érigée en norme dans la gouvernance des entreprises et établissements publics au Cameroun. Malgré les balises fixées par le cadre légal et réglementaire depuis 1999, les autorités détentrices du pouvoir de nomination peinent à respecter les dispositions des lois qu’elles ont elles-mêmes promulguées. Et les conséquences économiques et financières sont légion.

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En 2026, 77 présidents de conseils d’administration ainsi que 36 directeurs généraux des entreprises et établissements publics exercent au-delà de la durée légale de leur mandat. Celle-ci est de trois ans renouvelables une fois pour les PCA et de trois ans renouvelables deux fois pour les DG et DGA, selon les lois jumelles du 12 juillet 2017. Cette illégalité engendre des pertes nettes cumulées de près de 40 milliards de FCFA, peut-on lire dans le premier volume de la série.

Dans ce volume réparti en six chapitres entourés d’une préface, d’une conclusion et des annexes, l’auteure, ressort en chiffres et en maux, la gravité de l’illégalité qui fait son nid dans les entreprises et établissements publics. La publication repose sur une base de données consolidée portant sur 89 entreprises et établissements publics camerounais.

Des dépassements de mandats exorbitants

Au terme de l’analyse qui dure déjà plusieurs années et dont les données sont actualisées à date, l’irrégularité est devenue la norme, en particulier au sommet des conseils d’administration où la longévité est hors norme. Le nombre de PCA illégaux va croissant passant de 71 en 2025 à 77 en 2026. Les cas les plus illustratifs sont entre autres celui de Luc Ayang PCA de l’Office national du cacao et du café de 1991 à son décès le 14 octobre 2025. Près de 35 ans pour un dépassement d’environ vingt-neuf ans par rapport au plafond. Son siège demeure vacant. Francis Fai Yengo, PCA de l’Agence d’électrification rurale a dépassé le plafond légal de l’ordre de vingt ans. Mme Rose Gana Fomba Leke PCA de l’Institut de recherche médicale et d’études des plantes médicinales cumule dix-huit ans au poste. Fabien Monkam Nitcheu (BUCTEP) et Jules Doret Ndongo (Crédit foncier du Cameroun) affichent chacun 15 ans d’ancienneté.

Des Cumuls et vacances emblématiques

La communication relève aussi 16 cas de cumul de présidence de conseils d’administration. A ce sujet, 16 présidents siègent simultanément à la tête de plusieurs conseils d’administration. C’est le cas de Louis Paul Motaze, PCA Caisse autonome d’amortissement, PCA Hydro-Mekin, PCA de BDEAC, par ailleurs ministre des Finances. Deux autres cas illustrent cette situation. C’est ceux de Madeleine Tchuinté PCA d’ARSAN, PCA d’IRGM, ministre de la Recherche scientifique ; FAI YENGO Francis PCA d’Agence d’électrification rurale et PCA du BUNEC.

A ces cumuls s’ajoutent des cas de postes restés vacants à leur décès. Ces cas de vacance se trouvent à la présidence du Conseil d’administration de l’ONCC après décès de Luc Ayang, à l’Arsel depuis juin 2024 ; au FNE depuis mars 2020. Par ailleurs, le poste de DGA du Crédit foncier est vacant depuis le décès de Jean Calvin Tjonog en juin 2025 ; de même que celui de la CNPS depuis le décès de Mme Lysette Ngatchou en 2019.

Défaut de conformité totale des entités

Le constat va plus loin en ce qui concerne l’illégalité à la surveillance et la gestion des entreprises et établissements publics. Dans 29 entités, le président du conseil et le directeur général sont l’un et l’autre au-delà de leur mandat légal. Dans vingt d’entre elles, le directeur général adjoint l’est aussi pour un défaut de conformité total. Dans 55 entités, l’irrégularité ne frappe qu’un seul organe, le plus souvent le président du conseil d’administration, le directeur général ayant été nommé pour sa part récemment, constate le document.

Sur une base documentée de 85 directeurs généraux, huit entreprises et établissements publics présentent un écart à la durée légale supérieure à dix ans. Seize présidences de conseil d’administration sont exercées en situation de cumul, concentrées sur une dizaine de personnalités seulement. 13 entités n’ont pas de directeur général adjoint soit parce que les textes ne le prévoient pas, soit parce que le poste n’est pas pourvu : la SODEPA, ALUCAM, CDC, CENAME, Cameroun Hotels Corporation, CNPS, EDC, LANAVET…

 Des conséquences personnelles et économiques multiformes

Ces différents cas d’irrégularités entraînent des conséquences négatives sur le fonctionnement et la performance des entreprises et des établissements publics. Au 31 décembre 2022, neuf entreprises affichaient un résultat net négatif, de près de 40 milliards de francs CFA en une seule année. Quatre sociétés publiques camerounaises se trouvaient au bord de la faillite en 2022, dont SONARA, CDC, CICAM, CRTV.

D’autres conséquences négatives concernent le risque de nullité des actes pris par les personnalités illégales à commencer par les délibérations des conseils d’administration tenus hors mandat ; la responsabilité administrative des dirigeants concernés qui peuvent écoper jusqu’à la révocation, ainsi que la responsabilité pénale. Les concernés étant exposés à des peines d’emprisonnement à vie pour détournement de deniers publics.

L’auteure recommande en guise de solutions…

Face à cette panoplie de conséquences, l’universitaire recommande des actions à court, moyen et à long terme. A l’immédiat, il faut traiter l’urgence en régularisant en priorité les 20 entreprises où les trois organes PCA, DG et DGA sont simultanément hors mandat. Pourvoir aux postes vacants ; activer les mécanismes de sanctions administratives. Dans les prochains six mois, soumettre SONARA, CDC CICAM, CRTV qui sont en situation d’insolvabilité à un plan de redressement formel. Au-delà de 18 mois instituer un suivi annuel et public de la conformité des mandats et de la performance financière de l’ensemble des entreprises et établissements publics. Clarifier, par un texte d’application ou une circulaire interministérielle, les modalités précises d’activation du mécanisme d’intérim prévu par les lois de 2017 entre autres.

L’ouvrage intitulé ‘’Mandats échus, Quand l’illégalité a un prix’’ une série en quatre volumes est en libre téléchargement sur internet. Deux premiers volumes sont disponibles ce 23 juin, journée mondiale de la fonction publique : le volume 1, ‘’Le triple naufrage des entreprises publiques camerounaises et le volume 2 ‘’Une irrégularité devenue la règle’’. Les autres volumes paraîtront les 6 et 12 juillet, date anniversaire des lois jumelles de 2017.

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