L’enseignant chercheur, dans une réaction, jette un regard analytique sur la saisine de l’Union africaine par le MRC au sujet du »changement anticonstitutionnel de gouvernement’’ au Cameroun ainsi que la réaction du ministre Jean de Dieu Momo. Lire l’intégralité de la réaction…
‘’La saisine de l’UA par le MRC à travers son président national, Maurice Kamto est légale et justifiée.
Elle s’inscrit dans la démarche du respect des institutions nationales et internationales. Il a donc le droit de saisir cette institution régionale qui assure le maintien de la Paix en Afrique.
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Cependant, lorsque le président national du MRC dit que le Vice-président nommé, appelé à succéder au Président élu, est une violation de la Constitution, cela pourrait être surprenant. Pourquoi, parce que nous étions dans la même configuration avec l’ancien président du Sénat qui était également nommé et qui était amené à succéder un président élu. Mais personne n’en évoquait.
Bref, Maurice Kamto est un entrepreneur politique qui a servi dans le gouvernement du régime actuel. Forcément il a des informations relatives à la personne qui sera nommée Vice-président et qui pourrait comme on l’a souvent vu en Afrique lever le verrou l’empêchant d’être candidat à l’élection qu’il organise en tant qu’intérimaire assurant la Vacance et se présenter à celle-ci pour une gestion ad vitam aeternam comme le président actuel.
On peut alors dire que le MRC veut juste prendre à témoin l’UA des éventuels troubles qui pourraient surgir si nous arrivons à ce que je viens de dire là parce que, croyez-moi nous ne sommes pas loin de là. La Paix au Cameroun, du moins dans les régions calmes, ne tient qu’à un fil.
»Le ministre Momo est dans son rôle, celui de défendre le régime en tant qu’allié politique’’
Quant à la réaction du ministre Jean de Dieu Momo, elle serait pertinente si on se trouvait en France qu’il évoque car là-bas, on fait au moins l’effort de respecter les lois et celles-ci ne sont pas avantageuses pour une seule partie, celle qui dirige. Par exemple lorsqu’il parle de Georges Burdeau et Maurice Duverger sur la différence entre les mécanismes de conquête du pouvoir et les mécanismes de continuité de l’État, il a raison.
Sauf que ces juristes qu’il cite ont travaillé sur la France et non sur le Cameroun. C’est une confusion qui montre bien que le ministre Momo est dans son rôle, celui de défendre le régime en tant qu’allié politique. Il est sans ignorer que nous sommes en Afrique et les exemples sont nombreux où le mécanisme de continuité de l’État s’est transformé en légitimité démocratique.
D’ailleurs le mécanisme qui a conduit à la création du poste de vice-président est plus un acte politique qu’un acte juridique car la création de ce poste intervient à la suite de la prorogation du mandat des députés par le président de la République, députés (et aussi les sénateurs dont cette création incombait également) essentiellement issus du parti au pouvoir.
Pour revenir sur la réaction du ministre Momo, il faut souligner que dans grand nombre des États d’Afrique noire francophone, les Constitutions sont des copiés collés de la Constitution française mais à la taille de celui qui dirige. D’ailleurs la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 prévoyait la limitation des mandats présidentiels mais cette disposition avait été levée au nom de ce que je pourrais appeler l’escroquerie politique à savoir les « appels du peuple ». Bref, la réaction du ministre Momo est celle d’un entrepreneur politique au sens weberien du terme tout comme la saisine de l’UA par le président national du MRC, Maurice Kamto.’’




