Portées par l’élan suscité par la visite du souverain pontife, des organisations de la société civile camerounaise appellent à l’ouverture urgente d’un dialogue inclusif pour mettre fin à la crise anglophone, dénonçant une décennie d’occasions manquées et de violences persistantes.
La visite du pape Léon XIV au Cameroun, du 15 au 18 avril 2026, continue de résonner comme un tournant. À Bamenda, devant une foule marquée par des années de conflit, le geste des colombes de la paix et l’appel à un dialogue sincère ont ravivé une attente longtemps étouffée. « Ce message ne doit pas rester sans réponse », martèlent les organisations de la société civile réunies au sein de la plateforme Civil Action 237.
Leur prise de parole intervient dans un contexte alarmant. Un rapport publié quelques jours plus tôt fait état de 136 incidents crédibles de violations des droits humains en 2025 dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. La violence s’y est enracinée, alimentée par une économie de guerre et une impunité devenue systémique. Femmes, enfants et civils en paient le prix le plus lourd, tandis que les restrictions de mouvement et les exactions se banalisent.
Pour ces organisations, la conclusion est sans ambiguïté : « Une réponse strictement sécuritaire ne peut résoudre durablement la crise ». Elles rappellent avoir, dès 2017, plaidé pour un dialogue direct avec les parties prenantes. Le Grand Dialogue national de 2019, jugé incomplet, n’a pas permis d’aborder les causes profondes du conflit, notamment en l’absence d’acteurs clés et de mécanismes de suivi crédibles.
Les tentatives de médiation internationale, portées notamment par la Suisse et le Canada, ont nourri un espoir rapidement dissipé après leur interruption unilatérale. « Ces occasions manquées ont prolongé les souffrances et renforcé le sentiment d’un traitement superficiel de la crise », dénoncent-elles.
Aujourd’hui, la société civile formule une exigence claire : l’ouverture immédiate d’un dialogue direct, inclusif et structuré. Celui-ci devrait intégrer toutes les sensibilités de la sécession à l’unité , inclure les leaders détenus, bénéficier d’une facilitation indépendante et s’attaquer sans tabou aux questions de fond, y compris la forme de l’État. Elle plaide également pour une implication active des ONG, une observation internationale et la mise en place d’un processus de justice transitionnelle.
Au-delà des chiffres, les organisations rappellent la réalité humaine du conflit : familles brisées, enfants privés d’avenir, communautés plongées dans la peur. « Refuser la normalisation de cette violence, c’est refuser que l’avenir se construise sur le silence », insistent-elles.
Dans cet appel, la visite papale apparaît comme une opportunité rare. Aux autorités désormais de transformer l’élan symbolique en acte politique. « Elles ont su organiser. Qu’elles démontrent maintenant leur capacité à écouter et à agir pour la paix », conclut la société civile.
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