Entre les rumeurs de grèves et les malentendus concernant les commissions des applications, un sentiment de tension s’est emparé du secteur du VTC.
Depuis quelques semaines, les rues et les cercles des réseaux sociaux des grandes villes du Cameroun bruissement d’un seul sujet : la taxation des revenus générés par les plateformes de mobilité numérique. Entre les rumeurs de grèves et les malentendus concernant les commissions des applications, un sentiment de tension s’est emparé du secteur du VTC. Cependant, derrière les titres se cache un mécanisme fiscal spécifique qui, une fois débarrassé des spéculations, révèle un changement structuré dans le fonctionnement de l’économie numérique du Cameroun.
Pour naviguer dans cette transition, il est essentiel de dépasser le bruit ambiant et de se concentrer sur les faits. La mesure qui suscite actuellement des réactions n’est pas une taxe privée, ni une lubie soudaine des plateformes numériques. Il s’agit d’une politique fiscale mandatée par le gouvernement, conçue pour formaliser un secteur devenu une partie essentielle de l’économie nationale. La taxation des revenus générés via les plateformes numériques a été introduite pour la première fois par le gouvernement camerounais dans la Loi de Finances de 2024. À cette époque, l’État avait établi le principe selon lequel les personnes percevant des revenus par le biais d’interfaces numériques, qu’il s’agisse de transport, de services ou de commerce, devaient contribuer au Trésor public. Le seul écueil se situait au niveau de la collecte de ces fonds, une situation que la Loi de Finances de 2026 clarifie, ajuste et met en œuvre après des consultations et un ajustement par le gouvernement.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Comprendre le taux de 1 %
Pour de nombreux conducteurs, la principale préoccupation est l’impact sur leur revenu net quotidien. Les autorités fiscales (DGI) ont opté pour une approche simplifiée afin de maintenir la charge fiscale gérable pour les travailleurs indépendants. Le calcul de cette taxe suit une logique en deux étapes : d’abord, une portion imposable de 20 % est appliquée au montant brut généré par trajet, puis une taxe de 5 % est appliquée sur cette base spécifique de 20 %. Cela reflète un taux d’imposition effectif d’environ 1 % du revenu brut total perçu par le conducteur. Par exemple, pour un trajet totalisant 2 000 FCFA, la taxe s’élèverait à environ 20 FCFA. Ce système simplifié a été conçu pour refléter les marges souvent faibles dans le secteur du transport tout en garantissant que les travailleurs numériques soient intégrés dans le système fiscal officiel.
Il convient de noter que des plateformes telles que Yango, Gozem ou d’autres applications de mobilité opérant au Cameroun ne sont pas les bénéficiaires de cet argent, elles ne sont que des agents de perception désignés par la Direction Générale des Impôts (DGI). Cela signifie qu’il n’y a pas d’augmentation des frais de service ou de commission, l’intégralité de la taxe collectée est transférée directement à la DGI. En prélevant la taxe à la source, le système épargne aux conducteurs individuels le fardeau administratif de remplir eux-mêmes des déclarations fiscales mensuelles complexes.
Ce rôle s’inscrit dans une tendance internationale plus large où les autorités fiscales tirent parti des intermédiaires numériques pour rationaliser la collecte des revenus dans l’économie des petits boulots. Il garantit que l’impôt est collecté de manière transparente et parvient aux caisses de l’État sans qu’aucune partie ne soit perdue en cours de route. Il serait erroné de considérer cela comme une mesure visant une entreprise spécifique. Cet impôt concerne l’ensemble de l’écosystème. Il s’applique à toutes les plateformes de mobilité numérique opérant sur le territoire national et à tous les chauffeurs indépendants utilisant ces plateformes pour générer des revenus.
L’objectif de la DGI est de garantir « l’équité fiscale ». Dans une entreprise de taxis ou de transport traditionnelle, les opérateurs sont soumis à diverses taxes locales et nationales. En mettant en œuvre cette mesure de 1%, le gouvernement s’assure que le secteur du transport numérique, qui a connu une croissance exponentielle au cours des cinq dernières années, fonctionne sur un pied d’égalité avec les secteurs traditionnels.
Vers un dialogue plus apaisé
Les transitions en matière de politique fiscale se font rarement sans friction, surtout dans un climat social sensible. Cependant, une grande partie de la frustration actuelle découle de la croyance que les plateformes augmentent unilatéralement leurs prix ou qu’une « nouvelle » charge a été brusquement imposée au secteur.
La réalité est celle de la formalisation. À mesure que l’économie numérique du Cameroun mûrit, elle doit passer d’une « zone grise » à un cadre structuré. En comprenant qu’il s’agit d’une initiative dirigée par l’État, que le taux est fixé à un 1 % gérable, et que les plateformes ne sont que des canaux pour la DGI, le débat public peut passer de la spéculation à une adaptation éclairée.
À mesure que ces mesures deviennent opérationnelles, l’accent reste mis sur le maintien de l’économie numérique en tant que source d’opportunités pour des milliers de Camerounais tout en contribuant équitablement au développement de la nation.




