Condamnée avec son père pour inceste, une mère purge sa peine avec son nourrisson à la prison de Mfou. Une situation qui relance le débat sur l’urgence d’appliquer des peines alternatives à la détention.
Le verdict rendu le 21 avril 2026 par le Tribunal de Mfou continue de susciter des réactions contrastées. L’artiste Atangana Atangana Désiré Dieudonné, connu sous le nom de St Désir Atango, a été condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme pour inceste et pratiques de sorcellerie. Sa fille aînée, Atangana Armandine Darline, a écopé de trois ans de prison pour avoir entretenu une relation incestueuse avec son père, dont est né un bébé aujourd’hui âgé de dix mois.
Si plusieurs organisations de défense des droits des femmes et des enfants ont salué la fermeté de la justice face à un crime grave, une autre réalité dérange : celle d’un nourrisson incarcéré avec sa mère. Pour l’ONG Nouveaux Droits de l’Homme Cameroun (NDH-Cameroun), cette situation constitue une violation flagrante des engagements internationaux du Cameroun.
« Faire payer à un bébé de 10 mois les fautes de sa mère ne participe pas de l’intérêt supérieur de l’enfant », dénonce l’organisation, qui s’appuie sur la Convention relative aux droits de l’enfant. Ce texte impose que « l’intérêt supérieur de l’enfant » prime dans toute décision le concernant. Or, le nourrisson, totalement étranger aux faits reprochés, subit les conditions carcérales de la prison de Mfou.
NDH-Cameroun rappelle également les dispositions de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, qui recommande explicitement des alternatives à l’emprisonnement pour les mères de jeunes enfants. Le texte prévoit notamment d’éviter la détention, de promouvoir des mesures de substitution et, surtout, d’interdire l’incarcération conjointe de la mère et de l’enfant.
Au-delà de ce cas, l’ONG souligne une problématique plus large. Plusieurs femmes incarcérées au Cameroun vivent avec leurs bébés en prison, à l’image de cas signalés à Bamenda depuis juin 2025. « Les autorités ne doivent pas laisser un enfant passer les premières années de sa vie en détention », insiste NDH-Cameroun, évoquant des risques graves pour le développement et l’avenir de ces enfants.
Dans un contexte de surpopulation carcérale chronique, l’organisation appelle à une réforme urgente des pratiques judiciaires. Elle plaide pour l’application effective de peines alternatives, notamment pour les mères, afin de concilier impératif de justice et respect des droits fondamentaux des enfants.
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