Entre recettes en hausse et facture énergétique alourdie, le Cameroun subit de plein fouet les paradoxes d’un marché pétrolier volatil.
Le Cameroun illustre à lui seul le paradoxe d’un pays à la fois producteur de brut et dépendant des importations de produits raffinés. Une situation qui expose les finances publiques à des soubresauts parfois contradictoires. Selon le Ministère des Finances du Cameroun, « le choc pétrolier agit comme une arme à double tranchant », dopant les recettes tout en creusant les dépenses.
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Portées par la reprise post-Covid, les exportations d’hydrocarbures ont bondi de 48,4 % en 2021 pour atteindre 1 223 milliards de FCFA, contre 824 milliards un an plus tôt. L’emballement des cours mondiaux, amplifié par le conflit russo-ukrainien, a ensuite propulsé ces recettes à 2 147 milliards en 2022, soit une hausse spectaculaire de 75,6 %. Mais cette dynamique s’est essoufflée : sur les trois dernières années, les exportations ont progressivement reculé pour s’établir à 1 056 milliards en 2025.
Dans le sillage de cette volatilité, les revenus fiscaux pétroliers ont suivi une trajectoire en dents de scie. Les redevances ont culminé à 774,5 milliards en 2022, contre 409 milliards en 2021, avant de refluer à 622,8 milliards en 2023 puis 530 milliards en 2024. L’impôt sur les sociétés pétrolières a également progressé, atteignant 254,2 milliards en 2023, contre seulement 73,2 milliards deux ans plus tôt.
Mais cette manne reste largement compensée par une facture énergétique croissante. Entre 2020 et 2023, les importations de carburants et lubrifiants ont plus que doublé, passant de 529 milliards à 1 128 milliards. Malgré un léger reflux attendu à 788 milliards en 2025, sous l’effet de la détente des prix internationaux, le déséquilibre persiste.
« Cette dépendance aux importations de produits raffinés limite l’impact positif des hausses de prix », souligne le ministère. En clair, chaque flambée du brut enrichit les caisses à l’export, mais renchérit simultanément le coût de l’approvisionnement intérieur.
Au final, le pétrole apparaît moins comme une rente stable que comme un facteur d’instabilité budgétaire. Une équation complexe pour les autorités, appelées à accélérer la transformation locale afin de capter davantage de valeur et amortir les chocs extérieurs.



