Dans son message à la jeunesse du 10 février 2026, à la veille de la célébration du 11 février, le président Paul Biya a promis de « faire la part belle aux jeunes » dans le prochain gouvernement et à la tête des sociétés d’État. Une annonce qui relance le débat sur le renouvellement des élites après plus de quatre décennies de pouvoir.
L’engagement présidentiel suscite déjà des réactions contrastées. Conseiller municipal RDPC à la commune de Nkolmetet (Nyong-et-So’o), Pinon Omgba appelle d’abord à clarifier les termes. « Il y a une nuance entre rajeunir le gouvernement et nommer des jeunes. Nommer quelqu’un de 60 ans à la place d’un responsable de 70 ans, ce n’est pas promouvoir la jeunesse, c’est simplement rajeunir », tranche-t-il.
Pour lui, le message du 10 février semble viser les moins de 35 ans. Mais il s’interroge : « Depuis son accession à la magistrature suprême, à combien de jeunes de moins de 35 ans a-t-il confié des responsabilités importantes ? Est-il capable d’inverser la tendance après 43 ans de règne ? » Dubitatif, l’élu local dit « attendre de voir ».
Au-delà du scepticisme, Pinon Omgba insiste sur l’existence d’un vivier compétent : « Il y a au Cameroun des jeunes compétents, dans tous les domaines et originaires de toutes les régions. » Selon lui, ces profils seraient freinés par « un système qui refuse de s’adapter » et par des réseaux d’influence qui neutraliseraient les outils de gestion des ressources humaines. Il redoute que les nominations à venir ne soient dictées par « les réseaux qui s’affrontent pour la succession », plutôt que par le mérite.
Il plaide pour un suivi rigoureux des trajectoires éthiques, sociales et professionnelles des postulants et met en garde contre « la reproduction de l’élite actuelle par la promotion des membres de leurs familles ». À ses yeux, éviter le népotisme serait un signal fort pour remettre les jeunes « au travail dans l’espoir de mériter la reconnaissance de la nation ».
Journaliste, Edgard Effoudou Abate replace le débat sur le terrain institutionnel. « Nous sommes dans un modèle de nomination discrétionnaire, une black box dont le fonctionnement ne peut être intelligible. Nous connaissons les inputs par exemple les données de l’Observatoire des ressources humaines de l’État et les outputs, les décrets de nomination. Mais seul celui qui nomme sait comment les décisions sont prises », analyse-t-il.
Il propose une piste : s’inspirer des appels à candidatures expérimentés à la CRTV sous Amadou Vamoulké. « Le Président pourrait sélectionner, à partir d’une short list, des profils de moins de 50 ans, les auditionner et fixer des objectifs de performance. Après trois ans, une évaluation claire permettrait de reconduire ou de débarquer les responsables. »
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Entre promesse politique et exigence de réforme structurelle, la balle est désormais dans le camp du chef de l’État. Les prochaines nominations diront si l’ouverture annoncée marque un véritable tournant générationnel ou s’inscrit dans la continuité du système.




