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Cameroun-Michel Kamga : « Certains parents estiment que les langues maternelles ne sont pas importantes »

Le cinéaste, homme de culture et patriarche, fait une analyse de la régression de l’usage des langues locales par les…

Michel Kamga, cinéaste et homme de culture

Le cinéaste, homme de culture et patriarche, fait une analyse de la régression de l’usage des langues locales par les jeunes au sein de la société camerounaise.

 

Pourquoi les jeunes parlent de moins en moins les langues maternelles dans notre pays ?

Pour expliquer le phénomène, nous pouvons convoquer quelques facteurs endogènes. Comme première cause, je citerais la non maîtrise par les parents de ces langues. Je pense spécialement aux femmes qui sont les personnes les plus en contact avec les enfants et les seules à leur enseigner la langue à parler. On ne peut donc pas s’attendre à ce qu’elle enseigne à son enfant ce qu’elle ne connaît pas elle-même.

Ensuite, pour les parents qui en ont la maîtrise, il faut leur reprocher leur manque de volonté. Ils accusent très généralement le défaut de temps alors qu’ils leur parlent la langue des autres.

Par ailleurs, certains parents estiment que les langues maternelles ne sont pas importantes. Surtout lorsque les 2 parents parlent des langues différentes.

Enfin, je pourrai parler de complexe d’infériorité. On estime que c’est la langue des autres qui est bonne. Il y a comme facteurs exogènes et cela me semble être la cause la plus importante, l’envahissement de notre univers par la technologie des autres. Puisque la langue est le moyen de transmission de la culture. Tous les médias sont utilisés pour nous coloniser. Et là, personnes n’échappe.  Tout ce qui passe à le télé,  sur les réseaux sociaux et autres gadgets sont exprimés dans la langue des autres. À titre d’illustration, tous les films nigérians qui, au départ étaient tournés en yoruba ou à la limite en français, sont diffusés en français depuis que Nollywood est passé entre leurs mains. Donc la langue est devenue un outil de colonisation

Quel est l’impact du recul des langues maternelles au sein de la jeunesse camerounaise ?

Nos enfants sont perdus, éloignés de leur culture. Leur éducation n’est plus la même. Avant, la formation se résumait aux contes et aux rites de socialisation. Avec l’arrivée des autres et donc de la colonisation, nos valeurs culturelles se sont évaporées. Et forcément aussi on fait face à l’acculturation, à la perte de notre identité culturelle. Nous pouvons relever la prolifération des centres de formation en langues étrangères dans nos cités. Cela nous renseigne sur les enjeux de la guerre des cultures. Et nous alors dans tout ça ? Je suis sûr que je n’aurai pas d’étudiants s’il m’arrivait d’ouvrir un centre pour former en langues camerounaises.

Que faut-il faire pour amener la jeunesse à s’intéresser aux langues maternelles dans un monde de pus en tournée vers les nouvelles technologies ?   

Prendre déjà conscience que la langue est le vecteur de transmission de la culture. Et à ce niveau, retenir que notre culture ne doit pas rester en marge. À titre d’exemple, nous devons comprendre que le ghomala porte en lui les belles couleurs des cagoules, des masques et autres ornements culturels. C’est une langue chargée d’histoire et de cosmogonie. D’ailleurs ce que je dis pour le ghomala est valable pour toutes les langues bantoues et semi-bantoues. Après cette prise de conscience, il est impérieux d’obtenir des tranches d’antennes dans les diverses chaînes de radio et télévision.  Il faut obliger les enfants à parler et à écrire. Pour ce faire, les langues maternelles doivent davantage être enseignées dans les écoles.  Elles doivent prendre le pas sur les autres langues.

 

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