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Meurtre de Diane Yangwo : la condamnation de son époux à 52 000 francs d’amende suscite une vague d’indignations  

Depuis la décision du juge du tribunal de grande instance du Wouri le 1er avril 2025 contre Eric Bekobo, l’époux meurtrier,…

Diane Yangwo

Depuis la décision du juge du tribunal de grande instance du Wouri le 1er avril 2025 contre Eric Bekobo, l’époux meurtrier, des femmes influentes et les organisations de défenses des droits de l’homme expriment leur déception.

La justice est devant la barre de la société suite à la condamnation le 1er avril dernier de Eric Bekobo à cinq ans de prison avec sursis et à une amende de 52 000 francs Cfa, dans l’affaire du meurtre de son épouse Diane Yangwo, survenu le 18 novembre 2023. La victime, enseignante de langue anglaise au Lycée bilingue de Nylon à Douala, a succombé à des violences conjugales décrites par l’autopsie comme violence physique compliquée d’hémorragie interne abdominale.

La justice saisie dans cette affaire a déroulé la procédure judiciaire en faisant placer le principal accusé, le mari de la défunte, en détention provisoire. 16 mois après, alors qu’il plaidait coupable des faits qui lui étaient reprochés, Eric Bekobo écope de la sanction indiquée plus haut. Difficile à comprendre comment le juge, Dany L’or Medou a retenu cette sanction qualifiée de « légère » par la majorité des réactions collectées, en tête desquelles celle de Universal Lawyers and Human Right Defense, rendue publique le 03 avril.

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L’organisation de défense des droits de l’homme dit avoir appris la décision de justice « avec consternation ». L’association est consternée d’apprendre qu’une personne qui a un passé de violence notoire (…) et ayant reconnu avoir porté un coup fatal soit ainsi facilement libéré dans une procédure criminelle dont on sait par ailleurs que la mission minimale est de faire prendre conscience à la société ». Universal Lawyers se dit « grandement préoccupé par le message de légèreté que porte une telle décision qui participe fortement à banaliser la mort ».

Djaïli Amadaou Amal, écrivaine et femme d’influence se dit chagrinée par la décision de justice. « Ce qui me chagrine malheureusement le plus, c’est le jugement de son époux qui n’aura écopé que d’une peine de prison avec sursis et d’une amende de 52.000 F CFA (79,27€) ! La Vie d’une femme au Cameroun vaut-elle 52.000 F CFA ? », s’interroge l’artiste littéraire. Elle revient par ailleurs, pour les condamner, sur les violences faites aux femmes et surtout sur les féminicides qui grimpent en nombre.

Clarence Yongo, journaliste et défenseur de la cause féminine, lance que « la justice nous montre un visage qui n’est pas favorable pour la protection des femmes ». Et parlant de la protection des femmes, toutes n’en reviennent pas en apprenant que le juge qui a rendu la décision est une dame. « Quand je lis que c’est une dame qui a jugé cette affaire, au vu du verdict, j’ai envie de vomir (…) la femme est un loup pour la femme », conclut Cathy Meba, conseillère régionale Rdpc dans la régionale du Sud.

Kareyce Fotso, artiste musicienne se demandait pourquoi la recrudescence des féminicides au Cameroun. Depuis le verdict du tribunal de grande instance sur l’affaire Diane Yangwo, elle dit avoir trouvé la réponse : « La justice donne la liberté aux criminels ». Elle s’interroge à la suite de la sanction judiciaire. « Quand une femme est assassinée par son mari, on attend de la justice qu’elle protège les victimes, qu’elle rende un verdict exemplaire pour dissuader d’autres violences. Mais quand le meurtrier s’en sort avec 5 ans de prison avec sursis, que nous dit cette justice ? Qu’une vie de femme ne vaut rien ? Que frapper, humilier, tuer une épouse ne mérite qu’une tape sur les doigts ? », peut-on lire.

L’affaire, surtout le jugement rendu par le tribunal remet en débat la problématique des violences faites aux femmes et des féminicides en particulier. Pour l’année 2024, les organisations de défense des droits des femmes ont enregistré au moins 76 féminicides dont 24 crimes conjugaux au Cameroun. Elles espèrent s’appuyer sur la justice pour obtenir des sanctions exemplaires contre les bourreaux. Et la juge Dany L’or Medou semble constituer un obstacle au mouvement de lutte contre les féminicides. Sans toutefois tenir compte de la liberté de la justice et de la conscience des juges, une pétition a été lancée sur la Toile en vue de sa destitution.

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