Cameroun, problème anglophone: Olivier Bilé se prononce

Par Olivier Bilé, président de l’Union pour la Fraternité et la Prospérité

Grèves et manifestations d’avocats et enseignants de la partie anglophone, forte implication des populations de Bamenda dans lesdites manifestations de rue, revendications diverses des étudiants de l’université de Buea, émeutes, mouvements d’humeur et sentiment généralisé d’ostracisme et surtout d’assimilationnisme de la part de nos concitoyens de culture anglo-saxonne, interventions lourdes et brutales des forces de l’ordre dans les différents théâtres de manifestation..

Depuis le 21 novembre 2016, la zone anglophone de notre pays est en effet soumise à des convulsions et des soulèvements de différents corps sociaux, qui attestent d’un malaise profond exhalant ce qu’il est convenu d’appeler le problème anglophone au Cameroun. Considérant l’extrême gravité de la situation, l’UFP, en tant que force de proposition, soumet à la communauté nationale, sous-forme d’une réflexion en 2 points, sa lecture de la situation ainsi que sa solution pour une sortie durable de crise. La substance de ladite contribution peut se résumer en une phrase : « La zone anglophone s’apaisera et le pays prospérera durablement à la faveur, uniquement, de la restauration de la Vérité historique, de la Justice et de la modernité politico-institutionnelle ».

Les causes profondes du problème anglophone
Après une séparation de 45 ans (1916-1961) finalement lourde de conséquences politico-culturelles, les Camerounais des deux rives du Moungo, dans un élan de fraternité réel et profond, manifestèrent l’ardent désir de se retrouver au sein d’un même État. Mais dans cette dynamique politique nouvelle, les intentions des leaders de part et d’autre, n’étaient visiblement pas les mêmes s’agissant de la forme que ledit État devait avoir. Un adage populaire dit : « qui sème le vent récolte la tempête ».

En effet, les agitations et soubresauts récurrents sur le territoire de l’ancien Southern Cameroons depuis au moins le début des années 1990, sont indiscutablement la conséquence du « péché originel » et de l’entourloupe fondatrice accomplis à ciel ouvert par le président Ahmadou Ahidjo à l’égard des John N. Foncha, Augustin Ngom Jua, Salomon T. Muna, ses interlocuteurs anglophones de l’époque. En violation des accords de Foumban et déférant, comme convenu longtemps auparavant, aux instructions de Paris qui entendait faire librement main basse sur certaines ressources locales, Ahmadou Ahidjo, unilatéralement, décide de l’organisation du référendum du 20 mai 1972 en vue de défédéraliser l’État pour le mener plutôt vers l’unification. De surcroît, chose éminemment inacceptable, les bulletins de vote de ce référendum truqué portaient les mentions « Oui » et « Yes ».

Sans émotion excessive, il y a simplement lieu de parler d’escroquerie politique sans précédent. Si les tenants d’une politique qui ne serait que mensonge et tromperie peuvent s’en accommoder, le promoteur de la démocratie théiste et intègre que je suis, a le devoir de rappeler à chacun, les conséquences à court, moyen ou long termes de tels actes au sommet d’un État. Qui sème le vent récolte en effet la tempête. Soi-même ou ses héritiers spirituels. Voilà pourquoi nous en sommes encore là aujourd’hui. Je voudrais donc d’abord, amener les Camerounais à prendre véritablement conscience de ce boulet historique que nous trainons en forme de malédiction politique à exorciser impérieusement.

Esquisse de proposition au problème
Ensuite, dans une démarche scientifique, je veux inviter à une réflexion et un examen collectifs de l’environnement international, et notamment un examen du modèle d’organisation institutionnelle et de la forme des États du monde, qui à l’instar du notre, ont un fondement objectivement et officiellement bi ou multi-culturaliste. A cet égard, la Suisse (français, allemand, italien, romanche) la Belgique (francophones, néerlandophones, germanophones), le Canada (français et anglais) peuvent indiscutablement nous servir de sources d’inspiration. La remarque fondamentale à faire au sujet de ces États est que tous bénéficient d’une organisation de type fédérale ou confédérale, qui confère une importante autonomie locale (principe de subsidiarité) permettant de faire valoir les spécificités de communautés culturellement distinctes.

Le Cameroun serait-il l’exception qui confirme une règle qui semble universellement établie par la science politique et le droit constitutionnel ? Il y a lieu d’en douter. En tout cas, l’histoire et l’actualité attestent bien d’un phénomène d’incompatibilité lourde au sein du système que nous avons tenté d’imposer au forceps. Common law, Sous-système éducatif anglophone et bien d’autres déterminants socioprofessionnels sont la marque d’une culture, d’une singularité et d’une identité communautaire issue de la tradition culturelle et identitaire anglo-saxonne qui refuse d’être absorbée par la tradition culturelle voltairo-napoléonienne. Ce système de nivellement et d’harmonisation ne peut fonctionner. Il risque du reste être source de crises plus récurrentes et plus violentes. Au demeurant, il est capital de rassurer les Camerounais en précisant que fédéralisme ne signifie pas séparatisme ou sécessionnisme. Les citoyens des pays suscités, quel que soit leur État d’origine, éprouvent le même sentiment d’appartenance et de solidarité, sont soumis aux mêmes devoirs et bénéficient des mêmes droits.

Aussi, me semble-t-il urgent de convoquer des États généraux de la nation (politiques, société civile, universitaires, pays amis et proches sur le plan sociologique) afin de mener une réflexion collective sur la forme de l’État qui correspond le mieux aux exigences du monde contemporain (belle occasion au reste pour dénouer les autres goulots d’étranglement politiques du pays). Par-delà le modèle fédéral bi-culturaliste et bi-communautariste de 1961, ladite réflexion consensuelle pourrait également prendre en compte les insuffisances criardes de la décentralisation actuelle, ainsi que la complexité sociologique issue du nouveau contexte démocratique d’après 1990. La robustesse, la proximité et l’efficacité dans la conduite de nos politiques publiques pourrait assurément aussi, être tributaires d’un certain réaménagement institutionnel conséquent. En ce qui concerne l’UFP et sans vouloir influencer cette discussion, le modèle canadien d’organisation étatique, plus proche, pourrait être une source pertinente d’inspiration. Concomitamment, des stratégies intelligentes devraient être envisagées pour approfondir la conscience nationale et réduire l’influence des legs coloniaux sur le long terme.

Finissons par ce mot de Francis Léonard, éminent spécialiste suisse de sciences sociales : « Pour apprécier réellement tous les mérites du fédéralisme, l’étranger doit admettre qu’il est la forme de gouvernement adéquate pour tout pays multiculturel puisque le principe de subsidiarité permet de tenir compte des particularités des différentes parties. C’est pourquoi la mosaïque culturelle suisse ne tient pas seulement au tissu de liens sous-jacents, mais aussi à la liberté laissée aux différentes composantes locales de répondre au plus près à leurs spécificités ».

Chers concitoyens, allons aux solutions structurelles. Réfléchissons ensemble, sans peurs ni crispations, mais bien conscients de ce que « La zone anglophone s’apaisera et le pays prospérera ‘durablement’ à la faveur, exclusivement, de la restauration de la Vérité historique, de la Justice et de la modernité constitutionnelle ».
Que Dieu bénisse le Cameroun !!!


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Communication sur la conjoncture sécuritaire au Cameroun

Par Dr Olivier Bile, Président du Bureau exécutif national de l’UFP

Communication liminaire du Dr Olivier Bile lors de la conférence de presse sur «la conjoncture sécuritaire au Cameroun», tenue à Yaoundé le 22 septembre 2015.

Mesdames et Messieurs du monde de la presse, Respectables serviteurs de Dieu toutes obédiences confondues, Mesdames et Messieurs en vos qualités, fonctions et titres, Distingués invités, Mesdames et Messieurs,

Le monde actuel est marqué par l’émergence du phénomène du terrorisme islamiste qui se réclame du Djihad, la guerre sainte. La globalisation dudit phénomène est interprétée par certains spécialistes comme la manifestation de la 3e guerre mondiale, ladite guerre étant perçue par d’autres, malgré les débats controversés sur la question, comme un véritable conflit de civilisation opposant le monde arabomusulman au monde judéo-chrétien.

Le Cameroun, depuis au moins le 19 février 2013, est confronté au péril du terrorisme islamiste à travers la secte boko haram, désormais l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest. Il y a du reste lieu, d’entrée de jeu, de saluer cet esprit de tolérance laïque entre les divers groupes confessionnels opérant dans l’espace camerounais en dépit des inquiétudes formulées par certaines organisations (Crisis Group) qu’il ne faudrait toutefois pas négliger.

De la mutation du modus opérandi de boko haram commencé par des enlèvements d’étrangers sur fond de réclamation de rançons, des attaques à main armée des assaillants de cette secte islamiste contre nos populations, nos forces de défense et de sécurité aux plus récentes opérations kamikaze d’élimination de foules entières par des engins explosifs, le risque est grand aujourd’hui, en dépit des efforts déployés par nos pouvoirs publics et nos forces de sécurité, d’assister à la banalisation du phénomène des attaques kamikazes compte tenu de leur récurrence dans l’extrême nord du pays.

Si l’UFP a décidé de donner la présente conférence de presse, ce n’est point pour revenir sur des choses déjà dites et entendues. Il s’agit pour nous, d’attirer l’attention de la communauté nationale sur la lecture toute singulière que nous faisons du phénomène du terrorisme islamiste dont le caractère énigmatique n’échappe à personne. Nous voulons par conséquent vous en proposer une grille d’explication profonde, allant aux racines mêmes du phénomène et ensuite un corpus de solutions dont certaines sont tout aussi inédites.

I. LES CAUSES DU PERIL SECURITAIRE

1. La responsabilité du monde actuel
De nombreux pays à travers le monde subissent les dérives du fondamentalisme religieux dont l’irruption dans nos espaces publics semble en effet procéder d’un vrai mystère. Issu de la partie septentrionale de la république fédérale du Nigeria, boko haram est une aberration politico-religieuse produite par une société lourdement gangrénée par la corruption, les déviances de toutes natures ainsi que les déséquilibres sociopolitiques et socio-économiques. L’intention de répandre davantage la charia, loi canon islamique, de même que le désir de créer un califat dans la zone du bassin du lac Tchad, participent de ce projet d’imposer un islam salafiste et fondamentaliste à des gens, souvent eux-mêmes musulmans, considérés comme des «incroyants» et des impies.

La question que l’on peut alors se poser à ce niveau est la suivante : Pourquoi assiste-t-on seulement dans l’époque actuelle à cette montée en charge du phénomène du fanatisme religieux islamiste avec son cortège d’enrôlements et de radicalisations aussi subits qu’inexplicables ? Pourquoi certains Etats sont-ils davantage touchés que d’autres par ce phénomène terroriste ? Comment comprendre l’implication de notre propre pays dans ce phénomène du terrorisme islamiste charrié par boko haram?

Etant donné que la conjoncture sécuritaire impose désormais de faire une analyse la plus approfondie possible de la situation et qu’au demeurant, le terrorisme islamiste a depuis longtemps pris une envergure mondiale au point d’inquiéter l’humanité toute entière qui ne semble pas lui trouver de réponse satisfaisante, il n’est plus possible d’éluder, au plan métaphysique, les facteurs fondamentaux dus aux égarements et déviances du monde actuel comme autres causes profondes et déclencheurs non négligeables du péril et de la barbarie djihadiste.

Dans ce registre, l’on peut relever des facteurs tels que les logiques prédatrices et hégémoniques ainsi que les injustices et les égoïsmes du capitalisme mondial générateur de tant de misère, d’injustices et d’inégalités ; les dérives sexuelles de toutes natures et le libertinage galopant en matière de m urs (pédophilie, zoophilie, nécrophilie, homosexualité de masse et maritale) ; le paganisme charrié par l’ésotérisme et les pratiques magico-occultes étrangères (rose-croix, franc-maçonnerie, crimes rituels, magie), le fétichisme et le maraboutisme locaux n’étant pas en reste dans ce registre des rituels qui relèvent des cultes de Baal. De tels comportements et pratiques ont, dans l’histoire de l’humanité, lorsqu’ils ont atteint des proportions massives et insoutenables, invariablement suscité, d’une manière ou d’une autre, la déchéance des peuples à l’instar de ce qui arriva aux cités historiques de Sodome et Gomorrhe.

2. La responsabilité du peuple
Notre thèse, notre conviction profonde est que ce qui nous arrive est aussi au plan interne, la conséquence sur la durée, d’un redoutable ‘boko haram mentalitaire’ de grande ampleur, entretenu par nous-mêmes Camerounais, qu’il est urgent de soigner à la racine. Disons-le sans complaisance, le peuple camerounais est redoutablement passif, insouciant et démissionnaire. Pourtant, Martin Luther King nous dit que « les grandes nations sont l’ uvre de leurs citoyens » lorsque dans la même veine, Ruben Um Nyobe nous instruit de ce que «la politique touche à tout et tout touche à la politique. Dire que l’on ne fait pas de politique c’est avouer que l’on n’a pas le désir de vivre».

Les Camerounais espèrent-ils simplement être miraculeusement libérés par une deus ex machina prête à passer l’éponge sur toutes leurs petites lâchetés et démissions ? Disons-le clairement, cela est parfaitement impossible car, même les écritures disent «qu’il te soit fait selon ta foi», c’est-à-dire, selon tes aspirations et tes convictions les plus intimes. Mais alors, la nature ayant horreur du vide, quel sort peut être fait à un peuple qui dans son écrasante majorité, ne manifeste ni aspiration, ni engagement pour un dessein politique et un avenir quelconque?

Au bout du compte, un peuple qui vit ainsi dans les ténèbres, aux sens propre et figuré, spectateur passif de sa propre destinée, qui ne manifeste clairement aucune aspiration à autre chose qu’à la boue dans laquelle il est englué, ne risque t-il simplement pas, même inconsciemment, de susciter, d’attirer toutes sortes de difficultés, tant il est vrai que l’homme ne saurait être que le produit de ses rêves et désirs les plus ardents?

D’autre part, comment un peuple peut-il à ce point se complaire dans la corruption, la comédie et le faire-semblant, la bière et la futilité, le tribalisme, l’égoïsme et la quête du petit profit personnel, tout en espérant échapper aux démons de l’autodestruction qu’il suscite et charrie inévitablement chaque jour depuis des décennies? Existe-t-il même encore ici quelque prédicateur et objecteur de conscience pour rappeler lucidement et courageusement à ce peuple démissionnaire, quel est son devoir et sa responsabilité dans l’orientation et l’action, relativement à la destinée et l’avenir du pays ? Au lieu de se complaire dans l’indolence et l’inaction, tout citoyen digne de ce nom, sérieux et responsable, devrait donc inlassablement rechercher dans la réflexion et l’action, le bien de sa nation tout en priant Dieu en sa faveur car son bonheur à lui dépend du sien. Il est urgent de rétablir la démocratie dans sa définition élémentaire de gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

3. La responsabilité de l’élite dirigeante
L’autre niveau de responsabilité du boko haram mentalitaire camerounais se situe au niveau de l’élite dirigeante qui depuis plus de 50 ans maintenant, soumet le pays à une gouvernance adossée sur les logiques de la terreur sournoise ; la corruption et l’achat des consciences ; la tricherie et le mensonge ; le tribalisme et le clanisme ; les égoïsmes, les injustices et les inégalités sociales ; la rareté et les pénuries diverses ; la culture et l’esprit du pacte colonial.

Par la terreur, le peuple est soumis à une répression soit brutale soit subtile qui l’installe dans tous les cas dans une psychologie de la peur, tout en brisant la plupart de ses ressorts de résistance citoyenne et politique. La conséquence directe en est, malgré le slogan incantatoire de démocratie apaisée, un état de dépolitisation massif et quand il existe, un militantisme majoritairement opportuniste de la part de la petite « élite » fonctionnaire, bourgeoise et affairiste, au sein des rangs du parti au pouvoir faisant alors office de cambusier et de distributeur des rôles et prébendes.

Par la corruption, la plupart des acteurs de la scène nationale ainsi que des pans entiers de la société sont tout simplement achetés et soumis soit à la loi du silence complice et coupable, soit à d’aussi soudaines que brusques entrées dans les rangs du parti organisateur pour prétendument assurer chacun sa propre survie ainsi que celle des siens.

Par la tricherie et le mensonge, une prétendue compétition démocratique est proclamée et entretenue depuis quasiment 25 ans, dans un environnement où les règles éminemment inéquitables du jeu politique et électoral en vigueur et à tous les niveaux, ne sont en vérité que la négation même de l’idéal démocratique. Lorsqu’une société est à ce point subvertie par ses propres dirigeants, c’est-à-dire ceux-là mêmes qui devraient être les plus soucieux de son avenir, il est constant, quand on se réfère à l’histoire de l’humanité, qu’elle s’expose à terme, naturellement ou surnaturellement, la vie étant constitutive de ces deux réalités placées en tout cas sous le contrôle vigilant du Régulateur suprême et éternel, à un processus de décomposition et de déréliction inéluctable.

Résultat des courses : De la longue crise économique et financière amorcée au milieu des années 1980 ; de la très profonde crise morale à la pollution mentale généralisées ; des innombrables scandales politico-financiers sur fond de détournements de la fortune publique jonchant la trajectoire historique du pays jusqu’aux plus spectaculaires prises de l’opération Epervier au sein des sphères les plus élevées du pouvoir ; du ressentiment légitime et des ranc urs historiques dues aux blessures incommensurables de notre histoire coloniale, des injustices et inégalités sociales et autres souffrances insupportables caractérisant encore et toujours le quotidien des Camerounais ; des frustrations politiques diverses issues du verrouillage du jeu démocratique, du phénomène des coupeurs de route à ceux des crimes rituels en tant qu’asymptote de la criminalité et de l’insécurité urbaines ; du chômage de masse avec son cortège d’aigreurs, de frustrations et de désirs de revanche ; de la rareté et des pénuries diverses en matière de commodités élémentaires telles l’eau, l’électricité, la route ou la santé, la liste est loin d’être exhaustive des signes qui n’ont eu de cesse de matérialiser la décomposition croissante et la prise d’eau des différents compartiments d’un bateau qui n’a jamais cessé d’être dans la tourmente.

Ces diverses tribulations auxquelles s’ajoute la nouvelle forme d’insécurité due à boko haram, sont encore une fois loin d’être le produit du hasard. Elles tirent leurs sources profondes du boko haram mentalitaire camerounais que nous avons essayé de décrire à travers les précédentes lignes en guise de sonnette d’alarme. Nous suggérons de nouveau et avec force que tout en travaillant à sécuriser davantage notre territoire en mettant en uvre tous les moyens nécessaires, nous nous attelions aussi et surtout à traiter le mal du boko haram mentalitaire à la racine, tant il est vrai que les deux phénomènes sont intimement liés.


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II. LA SOLUTION DURABLE A BOKO HARAM
La résolution durable et satisfaisante du péril lié au terrorisme islamiste en général et à boko haram en particulier réside dans la mise en uvre, dans une approche systémique, de plusieurs leviers qui nous semblent indissociables, les causes identifiées étant elles-mêmes plurielles. Dans le cas du Cameroun, il s’agit notamment de prendre les mesures ci-après:

1. Le rajeunissement et la diversification de l’équipe gouvernementale et de l’élite dirigeante
De nombreuses frustrations sont nées dans le pays du fossé séparant la génération aux commandes de l’Etat et celle des jeunes constituant la majeure partie de la population, qui ne cache pas son aspiration à un nouvel ordre générationnel national. Dans le même ordre d’idées, nombre de citoyens éprouvent un sentiment de discrimination, les sphères du pouvoir semblant confisquées par une catégorie particulière de Camerounais.

Un passage harmonieux de relais des seniors aux juniors est par conséquent aujourd’hui nécessaire, en vue d’assurer la préservation pacifique du lien intergénérationnel, en même temps que le lien social doit être ressoudé grâce à la représentation dans les instances du pouvoir, d’une palette d’acteurs compétents et reflétant véritablement la diversité nationale.

A l’instar de ce qui se fait ailleurs en contexte singulièrement difficile, cela passerait entre autres, par une robuste stratégie de rassemblement de toutes les forces vives les plus essentielles, en vue du salut de la nation. Plus concrètement, cela se traduirait par la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par un jeune et à forte coloration jeune.

2. Le renforcement de l’intelligence spirituelle
«Qui bâtit sans Dieu bâtit en vain», disent les Écritures. Lorsque l’action humaine est accompagnée de la bienveillance et du soutien divins issus de la prière, alors elle devient profondément fécondante et victorieuse. Et lorsque cette mobilisation spirituelle est menée à l’échelle de la nation parce que suscitée par les autorités elles-mêmes, alors son impact peut être considérable si l’initiative est sincère et volontariste. La mise en mouvement plus intense de l’armée de Dieu à côté de l’armée humaine est indispensable à travers la mobilisation de toutes les chapelles religieuses. Il est toutefois nécessaire que cette action spirituelle bénéficie de toute la légitimité nécessaire, laquelle provient de la probité et de la sincérité des dirigeants politiques et religieux, voire des croyants dans toute leur diversité.

Dans cet ordre d’idées, l’UFP prescrit l’instauration sur une base annuelle, d’une semaine nationale et officielle de prière à l’intention de l’ensemble du pays, toutes chapelles confondues. Précisons toutefois qu’il s’agit davantage d’une journée que d’une semaine de prière car en réalité, cette importante semaine est destinée à permettre à chaque obédience et à chaque citoyen, d’y choisir la journée qui lui convient pour la consacrer à sa prière au bénéfice du bien-être de la nation. Lors de ladite semaine, les musulmans pourraient se focaliser sur la journée de vendredi et les chrétiens sur celles du samedi et du dimanche correspondantes. La période que nous proposons à cet effet est celle de la dernière semaine du mois de janvier afin de permettre au pays de démarrer les années à venir sur des bases plus saines, plus positives et plus porteuses pour tous.

3. La promotion du patriotisme et du «winning spirit cameroon»
En tant que concept central de réarmement mental et moral, véhicule de l’idée forte selon laquelle la résolution des problèmes au sein d’un Etat ne saurait reposer exclusivement sur des considérations matérielles mais aussi sur des leviers psychologiques et mentaux, le Winning Spirit a vocation à inspirer l’émergence d’une mentalité et d’une culture dynamiques d’attachement au pays et de préoccupation forte pour soi-même, pour son prochain ainsi que pour la destinée de la cité dont nous sommes tous membres. Cela passe par la mobilisation et la promotion d’un référentiel éthique, civique et patriotique élevé eu égard à l’ampleur himalayenne des défis sécuritaires contemporains. Vigilance des citoyens, capacité d’indignation et de dénonciation, sortie de la lâcheté et de l’individualisme habituels, quête sans réserve de l’intérêt général, réarmement mental et redressement moral en vue triomphe de l’intérêt national, tels sont les réflexes devant animer le citoyen camerounais nouveau. S’il y a du reste lieu à cet égard déjà de se féliciter des progrès enregistrés en matière de patriotisme, notons qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.

4. Le renforcement de l’intelligence diplomatique et stratégique
Il passe par le dialogue et la concertation politiques au niveau national comme au niveau international, et notamment entre les Etats concernés par boko haram ainsi qu’avec d’autres Etats confrontés au même type de péril. Les rencontres au sommet et régulières entre Chefs d’Etat sont de nature, d’une part, à permettre de partager informations et expériences et, d’autre part, à favoriser une mutualisation de l’Action ainsi qu’une collaboration stratégique indispensables. Le facteur des ressources limitées des Etats pris isolément, milite également en faveur de cette coopération avec nos Etats voisins dans une approche panafricaniste.

L’intelligence stratégique est indispensable dans un conflit qui a changé de visage pour revêtir celui d’attaques sournoises par des kamikazes. Des réponses appropriées en termes d’affinement des techniques de collecte des renseignements, d’espionnage et d’observation des populations, de modernisation des instruments de détection des engins explosifs et autres armements, devraient également être apportées afin de rendre les interventions humaines plus efficaces sur le terrain. En dehors des activités militaires menées par nos forces de défense et de sécurité au niveau interne, l’action opérationnelle engagée dans le cadre mutualisé de la Force multinationale mixte (FMM) devrait permettre de donner plus d’efficacité et d’efficience à l’action de sécurisation des territoires du Cameroun, du Nigeria, du Tchad et de du Niger.

5. La mobilisation volontariste d’un projet politique original de rassemblement: la démocratie théiste
Le Cameroun qui est un Etat multiconfessionnel est aujourd’hui confronté au péril du terrorisme islamiste à travers la secte boko haram alors même que chrétiens et musulmans ont toujours vécu dans notre pays dans une atmosphère des plus pacifiques. Les leçons de l’histoire devraient cependant nous inviter à la vigilance, le mystère du terrorisme islamiste avec son cortège de subites radicalisations prospérant sur le socle de la pauvreté, de l’oisiveté, des frustrations et des inégalités étant loin d’être percé.

Aussi, à l’UFP, sommes-nous convaincus d’avoir la solution radicale à ce problème au travers de la proposition originale de la Démocratie Théiste. Fusion pertinente de la démocratie chrétienne et de la démocratie islamique, il s’agit d’un projet politico-spirituel et d’une construction idéologique de rassemblement des citoyens-croyants, toutes obédiences confondues, sous le seul dénominateur qui leur est commun à savoir l’éthique de la Foi en Dieu et de l’amour du prochain, en vue de parvenir au triomphe de la Justice, de l’intégrité, de l’Equité et de la Prospérité. Les différences, voire les divergences religieuses étant perçues par certains comme un des périls majeurs de notre époque, il semble alors urgent de consolider notre vivre-ensemble sur les bases consensuelles et positives de la démocratie théiste qui au demeurant, est une solution pertinente pour les Etats multiconfessionnels de plus en plus nombreux dans le monde actuel. Ici chez nous, nous sommes plus que jamais convaincus que parce qu’ils sauront toujours se réinventer et fraterniser au sein de cadres sociopolitiques, économiques et culturels tolérants et adaptés au contexte, les différences religieuses ne sauront jamais diviser les Camerounais.

6. Autres leviers sociopolitiques et socioéconomiques internes
Quelques autres leviers d’ordre pratique devraient aussi être actionnés, qui seraient destinés à consolider le climat de liberté, de sécurité, de confiance et un environnement sociopolitique et socioéconomique véritablement favorables au plein épanouissement des acteurs divers, lesquels pourront ainsi répandre davantage leurs immenses virtualités et contribuer plus significativement au processus interne de création des richesses et de l’emploi, conditions majeures de production de la stabilité et de la paix sociale sur une base durable.

Il s’agit en fait, d’établir l’homme, le citoyen ordinaire et finalement les masses populaires camerounaises comme acteurs et bénéficiaires prioritaires des politiques publiques menées, notamment à travers une communication publique offensive sur la vision à mettre en uvre en vue d’une meilleure appropriation populaire, la connexion du peuple tout entier au processus productif national.

Il s’agit également, au plan sociopolitique, de revisiter le chantier politique et électoral afin de restructurer notre paysage politique et institutionnel et d’en modifier les mécanismes et règles du jeu en vue de lui conférer les nécessaires équité, transparence et modernité.

Il s’agit aussi, en ce qui concerne l’histoire politique de notre pays, de s’approprier résolument l’esprit de l’Ubuntu de Nelson Mandela. Cette culture du pardon pour les travers et les errements du passé, celle de la réconciliation nationale et du rassemblement des enfants du pays sans discrimination (ceux du terroir autant que ceux de la diaspora), philosophie que le monde entier admire et célèbre à travers la figure légendaire de Mandela. Les fractures politiques, sociales, tribales ou régionales qui, au plan physique ou métaphysique, plombent la destinée de notre pays, devraient y trouver réparation.

Cette plateforme est de nature, d’une part, à réconcilier le pays avec son histoire ainsi qu’avec nos héros et martyrs du passé; d’autre part, elle devrait permettre d’assurer une retraite paisible aux principaux animateurs du régime actuel dont l’actuel Chef de l’Etat, perçu qu’ils seront comme acteurs d’un passage de témoin volontairement bienveillant et soucieux de l’avenir et du destin national, aux nouvelles générations politiques de notre pays.

Que Dieu bénisse le Cameroun! Je vous remercie.

Dr. Olivier Bile
UFP)/n

Réaction du président de l’UFP à la nomination d’un nouveau DG des élections à Elecam

Par Dr. Olivier Bile, Président de l’UFP

Réaction du Dr Olivier BILE, Président de l’UFP, à la nomination d’un nouveau Directeur général des élections à Elections Cameroon

Le limogeage par Paul Biya de Mohaman Sani Tanimou et la nomination d’Abdoulaye Babale à la direction générale des élections à ELECAM nous inspirent la réaction en trois points suivante:

1. En déplorant préalablement l’immobilisme ainsi que l’inclination au pourrissement de l’exécutif à travers notamment le règlement bien tardif du conflit de personne et de compétence observé au sein d’ELECAM depuis des mois, on peut néanmoins escompter de cette mesure, un apaisement relatif de l’atmosphère au sein de cette institution.

2. Toutefois, il y a lieu de regretter le conservatisme manifeste d’une décision qui promeut un cacique et un baron de l’establishment dans un contexte où la désignation d’un acteur plus jeune et indépendant à l’égard du pouvoir aurait envoyé des signaux démocratiques plus positifs à l’opinion. On reste donc hélas, dans une logique d’acteurs tournée à la fois vers le passé que vers la préservation des intérêts et rentes politiques du régime RDPC.

3. Il n y a par conséquent pas lieu de pavoiser face à cette désignation qui ne remet du reste point en cause ni l’esprit ni la lettre des textes controversés régissant le fonctionnement d’ELECAM, et notamment cette bien curieuse disposition selon laquelle le Directeur Général est nommé pour un mandat de cinq ans «éventuellement renouvelable», laquelle traduit une fort élégante manière de tenir ses troupes et d’en faire d’éternels obligés.

Dr. Olivier Bile
Journalducameroun.com)/n

Problématique de l’intégration nationale: la grande tragi-comédie africaine

Par Olivier Bile, Président de l’UFP

En cette période de célébration de la 43e fête nationale dite de l’unité, au moment où, comme d’habitude, le festif l’emporte sur le réflexif, au moment où notre pays est confronté à toutes sortes de défis, voire de tribulations à la fois sécuritaires, sociopolitiques et socioéconomiques, il m’a semblé opportun, 25 ans après le retour au multipartisme, de questionner notre démocratie en tant que vecteur de mesure du degré d’intégration auquel nous sommes parvenus au Cameroun et dans les autres Etats africains. Au risque de naviguer à contre-courant des poncifs en vigueur, je soutiens qu’au lieu de promouvoir l’unité claironnée ici et là comme un v u pieux, la démocratie à l’africaine nous a fait basculer dans une gigantesque tragi-comédie où les replis identitaires de type tribalo-régionalistes prospèrent plus que jamais dans une atmosphère de sournoiserie et d’hypocrisie quasi-généralisées. Au point de créer un environnement où cette démocratie elle même ainsi que la société toute entière semblent manifestement égarées.

L’un des facteurs majeurs d’égarement de la démocratie africaine réside dans l’acte qui a consisté à méconnaitre l’anthropologie africaine fondamentale, constituée d’une juxtaposition importante de tribus, d’ethnies, de clans et parfois de religions. Ces différents éléments culturels dont la tribu est manifestement le plus redoutable, apparaissent alors comme de véritables cailloux dans la chaussure de la démocratie en Afrique. Le phénomène exacerbé des replis identitaires lié à la prégnance de la tribu en contexte africain apparaît, lorsqu’on se donne la peine de faire une analyse froide de la situation, comme un élément de contradiction, un paramètre antithétique, un facteur de négation, voire de répudiation du fait démocratique. L’Afrique des ethnies et des tribus n’est à l’évidence pas l’Europe des Etats nations où la démocratie a pu prospérer sur un socle linguistique et plus généralement culturel initial commun. Il est vrai que l’Europe elle-même a connu dans les siècles passés, des situations de balkanisation linguistique et régionale relativement comparables à celles que connaît l’Afrique. Et il fallut que quelques despotes éclairés travaillent à niveler ces différences socioculturelles pour favoriser l’instauration des conditions d’un vivre-ensemble harmonieux et durable dans le cadre d’une démocratie républicaine digne de ce nom.

Survient alors la question de savoir comment cette réalité de la complexité culturelle de l’Afrique a pu échapper aux promoteurs de la démocratie sur ce continent, lesquels auraient dû sinon bien évaluer au préalable le projet d’instauration de cette démocratie, du moins questionner la science afin de rechercher le modèle d’organisation démocratique compatible avec la difficulté et la singularité de la société multiethnique africaine. François Mitterrand et les acteurs de la réunion de La Baule auraient été bien inspirés de questionner préalablement et rigoureusement le projet de démocratisation de l’Afrique avant que les vannes ne fussent complètement ouvertes. Bien loin de remettre en cause le principe même de démocratie pour un environnement déjà largement plombé à l’époque par les errements délirants des régimes autocratiques, brutaux et dictatoriaux du continent, la question ici est plutôt celle de la manière dont cette importante mutation politico-institutionnelle a été entreprise.

Si Jacques Chirac en son temps avait eu une certaine intuition sur le sujet, et avait flairé une évidente problématique en estimant que l’Afrique n’était pas mûre pour la démocratie, ce qui lui valut du reste une belle volée de bois vert de la part des Africains, l’on peut reconnaître aujourd’hui, avec le recul, que le problème soulevé par l’ancien chef d’Etat français était peut-être davantage une question de modèle démocratique à inventer que de maturité à l’égard du modèle de démocratie républicaine à l’occidentale.

En effet, les partis politiques créés dans la plupart des Etats dès le début des années 1990 l’ont été sur des bases tribalo-communautaristes. Afin de capitaliser plus facilement leur investissement politique, les partis de l’opposition se sont alors souvent organisés autour d’un fief électoral représenté par la région, le département, en somme, la localité d’origine du leader. Les origines du leader sont encore souvent en effet, l’élément qui suscite l’adhésion, aveugle et irrationnelle, ou les suffrages de nombreux citoyens dont la motivation est simplement ethnique et non idéologique. Et cela se vérifie même auprès de citoyens très éduqués et supposés civilisés et cultivés sur le plan politique. Et lorsque les partis d’opposition s’aventurent électoralement dans d’autres localités à travers le pays, il s’agit bien souvent de celles où ils peuvent compter sur une communauté plus ou moins importante de ressortissants de la région de leur leader, qui ont parfois effectué le choix de s’y établir depuis longtemps pour des raisons économiques ou professionnelles. Même les partis dominants au pouvoir, qui s’appuient sur les ressources humaines de l’administration et laissent une impression – en réalité bien factice – de représentation nationale, sont fondés en réalité sur un socle tribal qui contrôle l’essentiel du pouvoir.

Dans un tel contexte, de nombreux leaders sont aimés, adoubés ou détestés simplement du fait de leurs origines. On se souvient encore du fameux débat sur l’ivoirité en Côte d’Ivoire, qui a quasiment mis en évidence une certaine conception de l’accès au pouvoir et a motivé l’affrontement entre certains leaders du nord et du sud de ce pays, notamment dans le conflit postélectoral qui s’est cristallisé autour des figures de Laurent Gbabgo et Alassane Ouatara qui avait lui-même, auparavant déjà, été confronté sur le même fond thématique à Henri Konan Bédié après la disparition de Félix Houphouët Boigny. Au Rwanda, le conflit politico-ethnique opposant les Hutus et les Tutsis, qui a donné lieu à un épouvantable génocide en 1993, avait été favorisé par l’assassinat de Juvénal Habyarimana, éliminé en plein vol en compagnie du président burundais de l’époque, Cyprien Ntaryamira.

En Centrafrique, au Burundi, au Togo, au Congo, au Gabon au Tchad, au Cameroun et dans la plupart des républiques pluriethniques d’Afrique, la vie politique est plombée par une épée de Damoclès permanente représentée par les replis identitaires de type ethno-régionalo-religieux. Au Nigéria, on a encore pu voir lors de la dernière élection ayant porté le Général Muhamadu Buhari au pouvoir, qui était opposé à Goodluck Jonathan, à quel point ce facteur d’équilibre identitaire est devenu structurant et prégnant dans la société politique africaine. Les politiques d’équilibre régional qui sont alors souvent pratiquées ça et là dans le cadre de la représentation des acteurs ressortissant des différentes régions au sein de diverses instances du pouvoir et au-delà, et qui font souvent encore débat ça et là, apparaissent manifestement indispensables si l’on veut préserver la paix sociale aussi longtemps que la réalité de l’ordre multiethnique prévaudra. Hélas, la mise en uvre de ces politiques est tellement biaisée et viciée que ces politiques d’équilibre finissent parfois, à tort, par être contestées par certains.

Bien que cette réalité soit relativement tempérée dans les Etats bénéficiant d’un patrimoine linguistique commun à l’instar du Mali avec son bambara, du Sénégal avec son wolof ou des pays du Maghreb arabe, cette tendance lourde des replis identitaires demeure, d’autres facteurs culturels tels que l’inflexion religieuse, l’origine régionale ou tribale singulière du leader politique en présence étant les variables à travers lesquelles l’adhésion ou la sympathie politiques se structurent et s’établissent d’une manière générale. Le péril est manifestement bien réel.

A l’évidence, le facteur idéologique semble bien loin des préoccupations et des choix politiques dans un tel contexte.

Pourtant, démocratie rime profondément avec idéologie, et doctrine. Or le facteur tribalo-religieux semble répudier le critère rationnel des opinions argumentées et intellectuellement construites et structurées, contenues en principe dans l’idéologie et le programme politiques des candidats. Comment concilier alors la tribu et la doctrine ? Faut-il promouvoir un modèle ouvert de démocratie ethnique qui resterait entièrement à concevoir par les politologues, les sociologues et les anthropologues? Faut-il plutôt tenter de consolider et d’améliorer les expériences actuelles en s’obstinant à greffer la démocratie classique sur nos Etats multiethniques? Comment bâtir une intégration crédible, sincère et durable en pareil contexte? Là se trouve la quadrature du cercle pour la démocratie en Afrique. Là se trouve l’équation infiniment complexe à laquelle le Cameroun et l’Afrique devront trouver solution s’ils veulent sortir de la tragi-comédie des célébrations routinières et « façadières » de l’unité et de l’intégration nationale. L’Afrique – déjà largement soumise à d’autres périls dus notamment aux profanations constitutionnelles, aux émigrations massives à haut risque vers l’Europe, aux dispositifs politiques et électoraux viciés, à la rareté et aux pénuries diverses -, doit prendre conscience de cette situation et s’extraire hardiment de l’ornière et de l’égarement démocratiques dans lesquels elle est engluée sans encore s’en rendre vraiment compte.

Que Dieu bénisse le Cameroun et l’Afrique!

Olivier Bile
Journalducameroun.com)/n

Position officielle de l’UFP sur les débats socio-économiques de l’heure

Par Dr. Olivier Bile, Président de l’UFP

Position officielle de l’UFP sur les débats socio-économiques de l’heure : Ratification des APE, Hausse de 5% des salaires des agents publics ; augmentation des prix des carburants

A la suite d’une importante actualité ces derniers temps, liée d’abord à des questions sécuritaires puis sportives, la vie nationale est depuis quelques jours, le théâtre de non moins importants événements de nature socio-économique qui appellent, eux aussi, l’intervention de toute organisation politique soucieuse de la destinée – plus que jamais incertaine – de notre pays. En partant de l’actualité la plus récente vers celle qui l’est le moins, nous avons eu l’adoption par le parlement camerounais, d’un projet de loi autorisant le Président de la république à ratifier un accord d’étape vers un accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne ; la hausse de 5% du salaire de base de la fonction publique, consécutive elle-même à la décision gouvernementale du 30 juin 2014 de relèvement significatif des prix des hydrocarbures au Cameroun.

Après avoir longtemps disserté sur l’indispensable fondation sociétale de réarmement mental et de redressement moral dans notre pays, nous voici maintenant sur le territoire économique dont l’influence décisive sur la vie sociale n’est plus à établir. Ainsi, sur les décisions gouvernementales sus évoquées de même que sur la conduite de la politique économique générale du gouvernement, l’UFP rend publiques les réactions suivantes :

Sur les APE
Ces accords, flanqués de leurs clauses « préférentielles », elles-mêmes survivances de pratiques relevant d’une autre époque sont inacceptables. Et c’est bien pourquoi ils ont tant de mal à être acceptés dans les autres régions africaines. Les APE qui font suite aux accords ACP avec des relents plus brutaux, sont synonymes de perpétuation systématique de l’ordre économique du pacte colonial et de frein à nos modestes espoirs d’industrialisation. Le pacte colonial prescrit que nos pays soient fournisseurs de matières premières pendant que les ordonnateurs des APE sont producteurs et fournisseurs de produits manufacturés. La structure fondamentale de nos économies étant encore celle-là, l’esprit et la lettre des APE visent ni plus ni moins à préserver cet ordre et cet avantage économiques en faveur de l’UE.

Tous les pays industrialisés actuels ont eu besoin de pratiquer une sorte de protectionnisme formateur dans leur marche vers l’industrialisation. L’inondation de notre marché intérieur par quantités de produits manufacturés de toutes sortes issus non de la France seule mais des 27 pays de l’Union européenne, signifie, en dépit des discours officiels sur cette prétendue mise à niveau des entreprises locales, l’étouffement de toutes leurs velléités d’émancipation. Aucune compétition équitable ne peut valablement s’organiser entre acteurs aussi inégalement pourvus que des entreprises anciennes, souvent multinationales, suréquipées et bénéficiant déjà de rendements d’échelle et d’autres, aussi peu pourvues que les nôtres. Dispositif pire que le RDPC et toute l’armada étatique face aux modestes partis d’opposition. Dans sa quête de nouvelles parts de marché dans le commerce international en vue de conjurer son déclin économique actuel, l’UE conçoit les APE comme une bouée de sauvetage mais aussi comme outil destiné à lui permettre d’asseoir un avantage comparatif considérable face à ses concurrents relevant des pays émergents dont principalement la Chine qui ne cessent de lui tailler des croupières.

Les APE, en dépit de leurs avantages supposés, ne sont en aucune manière, chacun le voit bien, un instrument à notre avantage. Du reste, dans un contexte de généralisation du libre-échangisme, en ces temps de triomphe de l’économie libérale, il est curieux de voir ce type de pratique se perpétuer. Nous pensons que les entreprises de chaque pays devraient se moderniser, se rendre compétitives, à leur rythme, accompagnées en cela par les institutions nationales ou internationales de qualification normative dont elles dépendent directement. Ayant été initialement et le temps nécessaire, protégées pour acquérir cette maturité et cette compétitivité, elles peuvent alors les faire valoir, comme les autres, sur le marché mondial. Ces accords, adoptés en catimini et en force devront donc, le moment venu, être dénoncés et remplacés par des dispositifs plus raisonnables, plus conformes aux principes contemporains du commerce international et surtout, plus compatibles avec nos légitimes ambitions d’industrialisation.

Sur les Hausses du prix des hydrocarbures et des salaires
Cette actualité qui étale elle aussi l’état d’égarement et de confusion généralisés qui prévaut au Cameroun, met en lumière à quel point nombre d’acteurs et pas seulement ceux de la majorité, sont prisonniers d’une conception économique qui ne peut inéluctablement qu’être génératrice de rareté et de pénuries dans un contexte de sous-production et de sous-emploi chroniques. La rareté est ici celle face à laquelle se trouve un gouvernement qui, en quête de sources de financement pour quelques projets d’investissement annoncés, est à son corps défendant, contraint par le FMI, de sevrer sa population d’une partie la manne qui lui parvenait. Face à ce sevrage, la rareté c’est aussi une hausse bien insignifiante du salaire de base à la fonction publique de l’ordre de 5%. Dans un contexte où des pays comme la Côte d’Ivoire ambitionnent de mobiliser 20 000 milliards de F CFA pour des projets d’investissement générant un taux de croissance annuel de près de 10%, la rareté chez nous, c’est l’incapacité à lever des capitaux substantiels pour la réalisation des projets dits structurants. Et c’est bien pour rattraper quelques ressources budgétaires à leur consacrer nous dit-on, que la subvention en vigueur sur les carburants a été si considérablement amputée. Si nous souscrivons, comme toujours voire plus que jamais, à l’exigence d’assainissement des finances publiques et au sacro-saint principe d’utilisation la plus efficiente possible des ressources de l’Etat, nous voulons cependant attirer l’attention de tous sur le péril lié au modèle économique de pénurie qui plombera toujours tous nos efforts et hypothèquera sans cesse nos projets d’émancipation économique.

A cet égard, la question n’est pas en vérité de savoir s’il fallait oui ou non augmenter le prix des carburants car la hausse des prix dans une économie est une chose somme toute normale. A condition toutefois que l’inflation soit maitrisée par un pilotage économique stratège et un contrôle pertinent du niveau général des prix. La question qui nous semble aujourd’hui essentielle est celle de la politique économique, monétaire, industrielle et commerciale la plus appropriée et la plus pertinente pour créer l’abondance, la richesse et partant, accroître les revenus de la grande majorité de la population générale qui pourrait alors supporter les hausses maîtrisées des prix sans grand problème, comme on peut le voir ailleurs.

Au moment où l’essentiel de nos forces productives, celles des campagnes autant que celles des villes, sont totalement déconnectées des rouages économiques et productifs profonds et que leurs capacités ne sont toujours pas capitalisées par le pays, il est plus que temps de questionner les orientations idéologico-économiques actuelles. Il est possible que nous améliorions nos taux de croissance économique en raison des quelques investissements accomplis ça et là, qui profiteront du reste davantage aux opérateurs extérieurs, mais il est certain que nos masses populaires majoritairement oisives resteront exclues du processus de développement aussi longtemps qu’elles ne seront pas résolument branchées à l’appareil de production, aux mécanismes d’investissement et aux circuits de consommation. Et il serait par conséquent illusoire dans ce cas d’espérer quelque émergence que ce soit. Disons-le sans fioritures, il n y en aura pas dans les conditions actuelles. Pas tant que nous n’avons créé les conditions même de l’abondance car émergence rime avec abondance.

Au lieu de nous contenter indéfiniment de miettes avec les saupoudrages qui caractérisent la politique économique actuelle, nous pensons qu’il est impératif de sortir de nos entêtements et conceptions surannées pour changer résolument de paradigme économique. Pour y parvenir, car on ne peut faire d’omelette sans casser des ufs, nous devrions être prêts à opérer les mutations mentalitaires et institutionnelles indispensables aux accomplissements souhaitables et espérés. De l’éloge de la rareté si longtemps pratiquée, il serait peut-être temps de passer à l’apologie de l’abondance avec une robuste traduction de cette dernière en matière de formulation et de conduite de la politique économique et sociale.

Que Dieu bénisse le Cameroun !

Dr. Olivier Bile, Président de l’UFP
Journalducameroun.com)/n

Lettre de consolation aux Camerounais: un nouveau destin pour les lions

Par Dr. Olivier Bile, Président de l’UFP

La récente participation des Lions à la coupe du monde 2014 n’a point été un succès, loin s’en faut. Chacun peut constater à quel point les commentaires et les discussions dans les maisons, dans les bureaux ou dans la rue sont empreintes à la fois de colère, de violence, de ressentiment et surtout de désarroi. Ce sentiment s’explique tout simplement par le fait que nous semblons tous dépassés par les événements. Apparemment, c’est un peu le ciel qui nous tombe sur la tête, assaillis que nous sommes par tous ces multiples problèmes à la fois d’insécurité, d’eau, d’électricité, de santé, d’argent et maintenant d’une nouvelle débâcle à la coupe du monde sur fond de conflits de toutes sortes.

Bien conscient du très lourd malaise qui pèse ainsi sur le pays alors même que le football est généralement ce rare domaine d’activités qui nous a souvent -il y a certes longtemps déjà – procuré quelque apaisement face aux vicissitudes du quotidien, j’ai voulu, en toute sincérité, vous adresser la présente lettre de consolation, dont l’intérêt est aussi de jeter les bases d’un nouveau destin pour notre équipe nationale de football voire pour le mouvement sportif camerounais en général.

Mais avant de semer, dit-on, il faut désherber voire dessoucher. Dans notre cas, il me semble que nous devrions passer par un véritable processus cathartique voire d’exorcisme collectif auquel nul ne saurait échapper, tant il est vrai que la responsabilité de nos contreperformances successives depuis 1990, ne saurait être le seul fait des joueurs comme certains veulent le laisser croire.

Les conséquences de la culture de la foi négative
En effet, le phénomène qui me frappe depuis quelque années, est le niveau d’exigence que nous faisons peser sur nos Lions Indomptables alors même que la plus belle femme ne peut offrir que ce qu’elle a. Avec le recul, la bonne question qu’il faudrait en vérité se poser est la suivante : Une société comme la nôtre, si peu soucieuse de performance, est-elle en droit d’exiger tant de performances à l’équipe nationale de football qui émane précisément d’elle ? Autrement dit, une société ambitieuse, travailleuse et performante (avec partout, « the right man at the right place »), n’est-elle pas la condition préalable pour la production de sportifs performants ? Pouvons-nous franchement et uniquement culpabiliser les seuls Lions, en nous réfugiant derrière le prétexte du « la faute à l’autre » ou en les érigeant en bouc-émissaires ? ».

Rien n’est moins sûr, surtout lorsque l’on se souvient un peu de tout ce qui a été à l’origine de la fronde des joueurs. Certes, le comportement desdits joueurs est blâmable à bien des égards et chacun d’eux sait exactement à quel niveau il a pu fauter et il leur appartient en conscience d’exprimer leur mea culpa. Je réitère cependant ici que leur comportement est tributaire de l’environnement général à la fois politique, économique, social, culturel et mentalitaire qui est celui du Cameroun actuel. En dépit de ce que ces footballeurs opèrent pour la plupart dans des clubs performants issus eux-mêmes de sociétés performantes, le conditionnement mental et l’esprit de travail des Lions lorsqu’ils revêtent le maillot de l’équipe nationale, sont hélas à ce moment, ceux du Cameroun tel que nous le connaissons dans sa nature intime.

Au moment où nous vouons les Lions du football aux gémonies, que faisons-nous entre autres, des Lions Indomptables de l’eau, de l’électricité, des médias, de la santé, de la justice, de l’éducation en général, ceux du gouvernement ou de l’administration, qui n’ont notamment pas eu la compétence élémentaire de régler intelligemment et honnêtement cette affaire des primes qui a été le détonateur de toute cette crise de 2014 ? Pouvons-nous vraiment affirmer que leur compétence, leur performance et leur intégrité à eux – je parle toujours des autres types de Lions – soient établies au quotidien, dans une société où l’argent et le matériel ont été érigés en idoles absolues ? C’est une question à méditer.

La culture de la Foi négative, socle de l’incommensurable pollution mentale qui est la marque de fabrique de notre pays, n’est-elle finalement pas la cause profonde de ces innombrables maux qui gangrènent notre société dans tous les domaines dont notre football est sans doute l’un des plus visibles ? Sinon comment comprendre que des co-équipiers ou mieux, des officiels à qui on ne saurait reprocher une impétuosité de jeunesse, dirigeant toute une délégation nationale, en viennent à se crêper le chignon devant les caméras du monde entier ? Que dire aussi de cette culture bien établie du conflit, de l’intrigue et de la foi négative qui en a souvent conduit plus d’un à souhaiter la défaite des Lions ?

Un adage célèbre, qui devrait nous inspirer à l’avenir dit « tel on fait son lit, tel on se couche ». S’il est vrai que nous avons le devoir de construire une société aussi performante que possible, si nous avons l’obligation de produire des acteurs performants dans tous les domaines de la vie sociale, les sportifs en général et les Lions en particulier ne pourront que tirer avantage de cet indispensable effort général de nivellement de la société vers le haut. C’est pourquoi je pense que tous les contempteurs actuels des Lions devraient être invités à davantage de modestie et de tolérance tant il est vrai que les modèles sont pour le moins rares chez nous. Le mouvement de redressement souhaité est de la responsabilité conjointe des dirigeants d’abord mais aussi du peuple tout entier. A cet égard, les décisions fortes et courageuses qui s’imposent en pareille circonstance, sont attendues du Chef de l’Etat. Il est plus que temps pour nous tous, peuple comme dirigeants, de sortir de nos cécités et de nos surdités volontaires pour constater que la situation étant plus que jamais critique, il faut en urgence changer résolument de mentalités et de politique.

Un nouveau destin pour les lions
Le projet de rebâtir une équipe performante, qui puisse nous faire de nouveau vibrer, rencontre alors celui de l’indispensable refondation spirituelle, culturelle, économique, politique, administrative et sociale de notre pays car encore une fois, il ne saurait y avoir de Lions forts sans un Cameroun fort. Les sociétés humaines se déploient dans une logique systémique qui prescrit que les différents domaines de la vie soient totalement imbriqués. Un Cameroun fort c’est d’abord des institutions fortes ainsi que des dirigeants stratèges qui, à travers leur gouvernance robuste, décomplexée et éclairée, favorisent la propagation de la Foi positive et du Winning spirit dans tous les domaines dont le football. D’un mental de vains lutteurs contre tout et finalement contre rien, nous devons passer à un esprit de conquérants et de gagneurs.

Pour inverser la tendance en performances devenue structurellement baissière en ce qui concerne notre sport en général et le football en particulier, il faudrait alors entre autres choses, commencer par le débarrasser des logiques de corruption et de mafia qui le gangrènent, notamment en favorisant dès la base, l’émergence des meilleurs qui ne sont pas toujours ceux qui peuvent financer l’entrée dans une école de foot, les bakchich à verser aux encadreurs et sélectionneurs ou encore les frais importants requis par les managers et autres agents de joueurs en vue des recrutements à l’étranger.

L’implication au premier plan des anciens Lions dans la réflexion stratégique sur l’organisation et l’avenir du football, leur mobilisation dans l’accompagnement et l’animation de l’équipe nationale comme on peut le voir ailleurs, devraient être adoptés et appliqués comme principe cardinal. L’objectif de modernisation des méthodes de management administratif, financier, juridique et sportif de Lions devrait donner lieu à la production d’un nouveau dispositif législatif et réglementaire encadrant le fonctionnement de l’équipe nationale.

Il conviendra aussi, de songer à la promotion de l’ensemble du mouvement sportif et non seulement du football. Cela passe par la formulation et la mise en uvre d’un plan ambitieux de dotation du pays de véritables infrastructures sportives. A cet égard, nos régions et surtout nos communes devront impérieusement jouer un rôle déterminant dans la réalisation d’un ambitieux programme d’équipement du pays en complexes sportifs pluridisciplinaires. Permettant aux sportifs de tous les âges et sexes de s’exprimer dans la discipline de leur choix, ils favoriseront l’identification des meilleurs talents dans de nombreuses disciplines. De la natation au tennis, du sprint à la course de fond, du football au basketball et j’en passe, la production d’une flopée de sportifs deviendra réalité. L’on pourrait alors en escompter une bien meilleure compétitivité sur la scène internationale, à la faveur d’un plus grand intérêt des sponsors destiné à un environnement sportif plus rayonnant.

Je considère enfin que la santé publique ainsi que l’humeur générale dans le pays – si malmenée ces derniers temps-, feront aussi partie des plus grands bénéficiaires de cette nouvelle dynamique de gouvernance sportive. C’est aussi et enfin, le gage d’un meilleur destin et d’un avenir meilleur pour les Lions Indomptables du football. Gardons l’Espoir !

Que Dieu bénisse le Cameroun !

Dr. Olivier Bile, Président de l’UFP
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Lettre ouverte aux Camerounais contre un «Boko Haram mentalitaire»

Par Olivier Bilé, président de l’UFP

Depuis au moins le 19 février 2013, notre pays est sous les feux de la rampe car soumis à des vagues d’instabilité aux frontières, abondamment relayées par les médias internationaux. Cette instabilité se traduit dans la partie septentrionale par des enlèvement d’étrangers et autres attaques à main armée contre nos forces de sécurité, lesquelles sont menées par des commandos de la désormais célèbre organisation militaro-islamiste Boko Haram alors que dans la partie orientale, elle avait commencé un peu avant les premiers rapts de Boko Haram, par des attaques meurtrières menées ensuite à intervalles plus réguliers par des éléments de la SELEKA centrafricaine. Avec le recul du temps, il m’a semblé nécessaire de questionner sérieusement cette inédite situation et de proposer ma modeste lecture de cette soudaine avalanche de soubresauts sur le territoire d’un pays jusqu’ici préservé de ce type de problèmes.
Je voudrais avant tout dire que si, malgré son instabilité politique structurelle que venait encore de confirmer la toute récente actualité faite de nouvelles tueries, la Centrafrique pourrait à moyen terme connaitre un certain apaisement au cas où, sous la houlette et la vigilance de la communauté internationale, des élections honnêtes et équitables y sont organisées par la présidente intérimaire Samba Panza, il y a par contre de bonnes raisons de craindre que le péril BOKO HARAM demeure voire s’intensifie, en raison de son mode opératoire et de son inscription dans la géopolitique des conflits intercivilisationnels contemporains.

En me réjouissant de la récente libération des otages italiens et canadien – religieux kidnappés eux aussi dans le septentrion – ainsi que de tous ceux qui les ont précédés, la question récurrente des modalités et conditionnalités desdites libérations rejaillit toutefois de manière plus lancinante, tant il est vrai qu’elle soulève l’autre problème qui est celui du renforcement des capacités opérationnelles de BOKO HARAM et son corollaire qui est la perpétuation voire la montée en dangerosité de son action à moyen et long termes. Mais la question bien plus fondamentale qu’il convient de se poser est celle de savoir pourquoi tout cela nous arrive aujourd’hui. Comment comprendre ce bouleversement de la conjoncture sécuritaire actuelle en ce qui concerne notre pays en particulier ?

La responsabilité du peuple
Ma thèse, ma conviction profonde est que ce qui nous arrive est la conséquence sur la durée, d’un redoutable Boko Haram mentalitaire de grande ampleur, entretenu par nous-mêmes Camerounais, qu’il est urgent de soigner à la racine. A cet égard, j’identifie deux principaux niveaux de responsabilité dont l’un se situe très clairement au niveau du peuple lui-même. Disons-le sans complaisance, le peuple camerounais est redoutablement passif, insouciant et démissionnaire, chacun le sait désormais. Pourtant, Martin Luther King nous dit que « les grandes nations sont l’ uvre de leurs citoyens » lorsque dans la même veine, Ruben Um Nyobe nous instruit de ce que « la politique touche à tout et tout touche à la politique. Dire que l’on ne fait pas de politique c’est avouer que l’on n’a pas le désir de vivre ».

Les Camerounais sont-ils donc si las de vivre ? Ou alors, espèrent-ils être miraculeusement libérés par une deus ex machina prête à passer l’éponge sur toutes leurs petites lâchetés et démissions ? Disons-le clairement, cela est parfaitement impossible car, même les écritures disent « qu’il te soit fait selon ta foi », c’est-à-dire, selon tes aspirations et tes convictions les plus intimes. Mais alors, la nature ayant horreur du vide, quel sort peut être fait à un peuple qui dans son écrasante majorité, ne manifeste ni aspiration, ni engagement pour un dessein politique et un avenir plus ou moins précis ? Quel destin peut être réservé à un peuple dont l’indolence, l’individualisme et l’hypocrisie (notamment sur le slogan d’une illusoire émergence en 2035) ont atteint les extrémités que nous connaissons ?

Au bout du compte, un peuple qui vit ainsi dans les ténèbres, aux sens propre et figuré, et qui ne manifeste clairement aucune aspiration à autre chose qu’à la gadoue dans laquelle il est englué, ne risque t-il simplement pas, même inconsciemment, de susciter, d’attirer toutes sortes de difficultés, tant il est vrai que l’homme ne saurait être que le produit de ses rêves et désirs les plus ardents ? Sinon en effet, il ne serait rien d’autre que l’ombre de lui-même, une coquille vide, creuse et sans le moindre avenir. Chacun peut observer la manière avec laquelle, sous d’autres cieux, les peuples règlent leurs comptes aux dirigeants impopulaires. Hale Dwoskyn, célèbre penseur américain nous recommande à cet effet que « si vous êtes contre un politicien en particulier, proclamez plutôt que vous appuyez son adversaire parce que souvent, les suffrages favorisent la personne à laquelle les gens s’opposent le plus, car toute leur énergie et leur attention sont dirigées vers elle ». A bon entendeur…

D’autre part, comment tout un peuple peut-il à ce point manquer de sérieux au point de se complaire dans la corruption, la comédie et le faire-semblant, la bière et la futilité, le tribalisme, l’égoïsme et la quête du petit profit personnel, tout en espérant échapper aux démons de l’autodestruction qu’il suscite et charrie inévitablement chaque jour depuis des décennies? Existe-t-il même encore ici quelques prédicateurs et objecteurs de conscience pour rappeler lucidement et courageusement à ce peuple démissionnaire, quel est son devoir et sa responsabilité dans l’orientation et l’action, relativement à la destinée et l’avenir du pays ? Au lieu de se complaire dans l’indolence et l’inaction, tout citoyen digne de ce nom, sérieux et responsable, devrait donc inlassablement rechercher dans la réflexion et l’action, le bien de sa nation tout en priant Dieu en sa faveur car son bonheur à lui dépend du sien. Il est urgent de rétablir la démocratie dans sa définition élémentaire de gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Je suis par conséquent intimement persuadé pour ce premier niveau d’analyse que nos mentalités doivent radicalement changer sur cette cruciale et vitale question de l’engagement pour le pays, faute de quoi, nous susciterions encore d’autres Boko Haram, càd d’autres facteurs d’instabilité infiniment plus graves. Chacun l’aura bien compris, ce propos n’est rien d’autre qu’une sincère et fraternelle mise en garde de mes concitoyens, relativement aux périls de plus en plus imprévisibles qui nous guettent. Par conséquent, mon exhortation au peuple à cet égard est « Debout le Cameroun ! ».

La responsabilité de l’élite dirigeante
L’autre niveau de responsabilité du Boko Haram mentalitaire camerounais se situe au niveau de l’élite dirigeante d’obédience néocoloniale qui depuis plus de 50 ans maintenant, soumet le pays à une gouvernance adossée sur les logiques de la terreur ; la corruption et l’achat des consciences ; la tricherie et le mensonge ; le tribalisme et le clanisme ; les égoïsmes, les injustices et les inégalités sociales ; la rareté et les pénuries diverses ; la culture et l’esprit du pacte colonial.

Par la terreur, le peuple est soumis à une répression soit brutale soit subtile qui l’installe dans tous les cas dans une psychologie de la peur tout en brisant la plupart des ressorts de résistance citoyenne et politique. La conséquence directe en est, malgré le slogan incantatoire de démocratie avancée, un état de dépolitisation massif et quand il existe, un militantisme majoritairement opportuniste de la part de la petite « élite » fonctionnaire et affairiste, au sein des rangs du parti au pouvoir faisant alors office de cambusier et de distributeur des rôles et prébendes. Par la corruption, la plupart des acteurs de la scène nationale ainsi que des pans entiers de la société sont tout simplement achetés et soumis soit à la loi du silence complice et coupable, soit à d’aussi soudaines que brusques entrées dans les rangs du parti organisateur pour prétendument assurer chacun sa propre survie ainsi que celle des siens.

Par la tricherie et le mensonge, une prétendue compétition démocratique est proclamée et entretenue depuis quasiment 25 ans, dans un environnement où les règles éminemment inéquitables du jeu politique en vigueur et à tous les niveaux, ne sont en vérité que la négation même de l’idéal démocratique. Lorsqu’une société est à ce point subvertie et entourloupée par ses propres dirigeants, cad ceux-là mêmes qui devraient être les plus soucieux de son avenir, il est constant, quand on se réfère à l’histoire de l’humanité, qu’elle s’expose à terme, naturellement ou surnaturellement la vie étant constitutive de ces deux réalités placées en tout cas sous le contrôle vigilant du Régulateur suprême et éternel, à un processus de décomposition et de déréliction inéluctable.

Résultat des courses : De la longue crise économique et financière amorcée au milieu des années 1980 ; de la très profonde crise morale à la pollution mentale généralisées ; des innombrables scandales politico-financiers sur fond de détournements de la fortune publique jonchant la trajectoire historique du pays jusqu’aux plus spectaculaires prises de l’opération Epervier au sein des sphères les plus élevées du pouvoir ; du choléra, des inondations et autres souffrances insupportables caractérisant encore et toujours le quotidien des Camerounais ; du phénomène des coupeurs de routes à ceux des crimes rituels en tant qu’asymptote de la criminalité et de l’insécurité urbaines ; du chômage de masse, de la rareté et des pénuries actuelles en matière de commodités élémentaires telles l’eau, l’électricité, la route ou la santé, la liste est loin d’être exhaustive, des signes qui n’ont eu de cesse de matérialiser la décomposition croissante et la prise d’eau des différents compartiments d’un bateau qui n’a jamais cessé d’être dans la tourmente.

Ces diverses tribulations auxquelles s’ajoute la nouvelle forme d’insécurité due à Boko Haram, sont encore une fois loin d’être le produit du hasard. Elles tirent leurs sources profondes du Boko Haram mentalitaire camerounais que j’ai essayé de décrire à travers les précédentes lignes en guise de sonnette d’alarme. Je suggère de nouveau et avec force que tout en travaillant à sécuriser davantage notre territoire, nous nous attelions aussi et surtout à traiter le mal du Boko Haram mentalitaire à la racine. A l’instar de ce qui se fait ailleurs en contexte singulièrement difficile, cela passerait entre autres, par une robuste stratégie de rassemblement de toutes les forces vives les plus essentielles, en vue du salut de la nation.

Que Dieu bénisse le Cameroun !

Olivier Bilé, Président du Bureau Exécutif National de l’ Ufp
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